Ce n'est pas le seul hiatus de l'ode. Voy. v. fi
Captivent les affections
Des cœurs, clés yeux et des oreilles;
Forçant les personnes tVhonneur lo
De te souhaiter tout bonheur
Pour tes qualités nonpareilles.
Tu sais bien que je suis de ceux
Qui ne sont jamais paresseux
A louer les vertus des hommes; 1 5
Et dans Paris en mes vieux ans
Je passe en ce devoir mon temps,
Au malheureux siècle où nous sommes.
Mais, las! la perte de mon fils.
Ses assassins d'orgaieil bouffis, 20
Ont toute ma vigueur ravie ',
L'in^atitude et peu de soin
Que monti'ent les grands au besoin,
De douleur accablent ma vie.
Je ne désiste pas pourtant 2 5
D'être dans moi-même content
D'avoir bien vécu dans le monde,
Prisé (quoique vieil abattu)
Des gens de bien et de vertu :
Et voilà le bien qui m 'abonde. So
Nos jours passent comme le veut; Les plaisirs nous vont décevant ; Et toutes les faveurs humaines Sont bémérocalles d'un jour;
34. Il V a ici pléonasme, ctiv lienitiocalles signifie a licantés d un jour. »
POÉSIES, CV. a87
Grandeurs, richesses et Faniour 3 5
Sont fleurs périssables et vaines.
Nous avons tant perdu d'amis,
Et de biens, par le sort transmis
Au pouvoir de nos adversaires ;
Néanmoins nous voyons du port 4 o
D autrui le débris et la mort ,
En nous éloignant des corsaires.
Ainsi puissions-nous voir longtemps
Nos esprits libres et contents,
Sous rinfluence d'un bon astre. 4 5
Que vive et meure qui voudra !
La constance nous résoudra
Contre Teffort de tout désastre.
Le soldat remis par son chef,
Pour se garantir de méchef, 5o
En état de faire sa garde,
N'oseroit pas en déloger
Sans congé, pour se soulager.
Nonobstant que trop il lui tarde;
Car s'il procédoit autrement, 5 5
Il seroit puni promptement,
Aux dépens de sa propre vie.
Le parfait chrétien tout ainsi ,
Créé pour obéir ici,
Y tient sa fortune asservie, <>"
11 ne doit pas quitter le lieu Ordonné par la loi de Dieu ; Car rfmif qui lui est commise,
i8S POÉSIES, CV.
Félonne ne doit pas fuir
Pour sa damnation n'encourir, 65
Et n'être en l'Erèbe remise.
Désolé je tiens ce propos,
Voyant approcher Atropos
Pour couper le nœud de ma trame ;
Et ne puis ni veux l'éviter, 7 o
Moins aussi la précipiter ;
Car Dieu seul commande en mon âme.
Non, Malherbe n'est pas de ceux
Que l'esprit d'enfer a déceus
Pour acquérir la renommée 7 5
De s'être affranchis de prison
Par une lame, ou par poison,
Ou par une rage animée.
Au seul point que Dieu prescrira.
Mon âme du corps partira 8 o
Sans contrainte ni violence ;
De l'enfer les tentations,
Ni toutes mes afflictions
Ne forceront point ma constance.
Mais, la Garde, voyez comment 8 5
On se divague doucement,
Et comme notre esprit agrée
De s'entretenir piès et loin ,
Encor qu'il n'en soit pas besoin ,
Avec l'objet qui le récrée. 90
fiS. Damnation devrait avoir ici quatre syllabes, comme tentation et affliction, qui se trouvent un peu plus loin (v. 8a et 83). 74- Déceus, déçus.
J 'a vois mis ma plume à la main ,
Avec riionorable dessein
De louer votre sainte Histoire ;
Mais l'amitié que je vous dois,
Par delà ce que je voulois 95
A fait débaucher ma mémoire.
Vous m'étiez présent en l'esprit,
En voulant tracer cet écrit ',
Et me sembloit vous voir paroître
Brave et galant en cette cour, 100
Où les plus huppés à leur tour
Tâchoient de vous voir et connoître.
Mais ores à moi revenu ,
Comme d'un doux songe advenu
Qui tous nos sentiments cajole ; 1 o 5
Je veux vous dire franchement ,
Et de ma façon librement ,
Que votre Histoire est une école.
Pour moi, en ce que j'en ai veu
J'assure qu'elle aura l'aveu i i o
De tout excellent personnage ;
Et puisque Malherbe le dit ,
Cela sera sans contredit,
Car c'est un très-juste présage.
Toute la France sait fort bien i i 5
Que je n'estime ou reprends rien
Que par raison et par bon titre ,
Et que les doctes de mon temps
Ont toujours été très-contents
De m'élire pour leur arbitre. i ?.»
lAI.HEKIir.. I 19
ago POÉSIES, CV.
La Garde, vous m'en croirez donc,
Que si Gentilhomme fut onc
Digne d'éternelle mémoire.
Par vos vertus vous le serez,
Et votre los lehausserez 125
Par votre docte et sainte Histoire.
POÉSIES, CVI. agi
GVI
A MONSIEUR DE LÀ MORELLE , SUR LA PASTORALE DE l'amour CONTRAIRE.
SOJ«VKT.
Je dois à l'oliligeaiice de M. Marty Laveaux d'avoir pu retrouver ce sonnet, oublié jusqu'ici, et qui est placé en tète de PitUine ou t Amour contraire, Pastoralle, par le sieur de la IMorelle, Paris, ifiSo, in-8°. Le libraire, dans VAvis au lecteur, dit que cette pièce a été représentée bien des fois sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne et dans les meilleures maisons de la France, et que ce sont des amis de l'auteur et entre autres Malherbe qui l'ont invité à la publier. — La Morelle est encore l'auteur d'iw^V'wiort, tragi-comédie, Paris, 169.7.
Si Ton peut acquérir par la plume la gloire D'un des plus beaux esprits qui soit en Tunivers, Je veux laisser juger aux filles de mémoire La grâce et le parler de tes amoureux vers :
Il semble en les voyant que Ton lise une histoire 5
Traversée en amour d'accidents tous divers, Dont le discours parfait à tout chacun fait croire Que la prose n'est rien au prix de tes beaux vers.
Quand elles auront vu ce sujet qui ravi
Si doctement dépeint, si dignement suivi , i o
Sans doute elles diront, ainsi que je le pense,
Que pour favoriser les hommes et les Dieux
Et purger d'ignorants tout ce qu'on voit des cieux,
il te faut marier avecque l'éloquence.
PIECES