DONT LA DATE EST INCERTAINE
GVIT
CHANSON
a Malherbe, dit Ménage, fît cette chanson et la suivante pour M. de Bcllcgarde, qui étoit amoureux d'une dame de la plus haute condition qui fût en France, et même dans l'Europe, » c'est-à-dire d'Anne d'Autriche, a. Ce fut son dernier amour, raconte Tallemant {Historiette de M. de nellegarcle). Il disoit quasi toujours : a Ah! je suis mort! a On dit qu'un jour, comme il lui demandoit ce qu'elle feroit à un homme qui lui parleroit d'amour : a Je le tuerois, dit-elle. — Ah! je c suis mort! » s'écria-t-il. » — C'est le refrain de la chanson de Malherbe.
Les deux pièces ont été sans aucun doute composées à la même époque. On pourrait donc les dater de ifiaS, si la seconde était la chanson de 4? vers dont parle assez mystérieusement Malherbe dans une lettre à Racan du 4 novembre de cette année. Elles ont été imprimées pour la première fois en i63o.
Mes yeux, vous m'êtes superflus ; Cette beauté qui m'est ravie Fut seule ma vue et ma vie , Je ne vois plus, ni ne vis plus.
Qui me croit absent, il a tort, 5
Je ne le suis point, je suis mort.
O qu en ce triste éloignement, Où la nécessité me traîne ,
Les Dieux me témoignent de haine,
Et m'affligent indignement ! i .•
Qui me croit absent, il a tort,
Je ne le suis point, je suis mort.
Quelles flèches a la douleur
Dont mon âme ne soit percée ?
Et quelle tragïqae pensée i 5
N'est point en ma pâle couleur?
Qui me croit absent, il a tort,
Je ne le suis point, je suis mort.
Certes, où Ton peut m'écouter,
J'ai des respects qui me font taire; 20
Mais en un réduit solitaire
Quels regrets ne fais-je éclater?
Qui me croit absent , il a tort ,
Je ne le suis point, je suis mort.
Quelle funeste liberté 2 5
Ne prennent mes pleurs et mes plaintes, Quand je puis trouver à mes craintes Un séjour assez écarté?
Qui me croit absent, il a tort ,
Je ne le suis point, je suis mort. i»
Si mes amis ont quelque soin De ma pitoyable aventure.
Qu'ils pensent à ma sépulture:
C'est tout ce de quoi j'ai besoin.
Qui me croit absent, il a tort , 3 5
Je ne le suis point, je suis mort.
POÉSIES, CVIII. 'lifj
GVIII
(JH ANSOJS.
Voyez la notice de la pièce précédente.
C'est assez, mes désirs, qu'un aveugle penser Trop peu discrètement vous ait fait adresser
Au plus haut objet de la terre ; Quittez celte poursuite, et vous ressouvenez
Qu'on ne voit jamais le tonnerre 5
Pardonner au dessein que vous entreprenez.
(Quelque flatteur espoir qui vous tienne enchantés , Ne connoissez-vous pas qu'en ce que vous tentez ,
Toute raison vous désavoue?
Et que vous allez faire un second Ixion , i o
Cloué là-bas sur une roue , Pour avoir trop permis à son affection ?
Bornez-vous, croyez-moi, dans un juste compas, Et fuvcz une mer, qui ne s'irrite pas
Que le succès n'en soit funeste ; i 5
Le calme jusqu'ici vous a trop assurés;
Si quelque sagesse vous reste, Connoisscz le péril , et vous en retirez.
Mais, 6 conseil infâme, ô profanes discours,
II. L'édition de i63o et toutes celles qui sont antérieures à Ménage portent le bas, ce qui est évidemment une faute d'impression.
agô POÉSIES, CVIII.
Tenus indignement des plus dignes amours a <»
Dont jamais âme fut blessée; Quel excès de frayeur m'a su faire goûter
Cette abominable pensée , Que ce que je poursuis me peut assez coûter?
D'où s'est coulée en moi cette lâche poison, a 5
D'oser impudemment faire comparaison
De mes épines à mes roses?
Moi de qui la fortune est si proche des cieux,
Que je vois sous moi toutes choses, Et tout ce que je vois n'est qu'un point à mes yeux. 3o
Non, non, servons Chrysanthe, et sans penser à moi, Pensons à l'adorer d'une aussi ferme foi
Que son empire est légitime ; Fxposons-nous pour elle aux injures du sorf,
Et s'il faut être sa victime 3.ï
En un si beau danger, moquons-nous de la mort.
Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités, Font dessus leurs tombeaux graver des qualités ,
D'où à peine un Dieu seroit digne ; Moi, pour un monument et plus grand et plus beau, 40
Je ne veux rien que cette ligne :
« L'exemple des amants est clos dans ce tombeau. »
36. Suivant Ménage, Malherbe avait mis d'abord : En si noble danger, et ce fut M. de Bellegarde qui lui fit faire le chajigement.
Sg. Encore un liIatHis. Il se trouve dans les éditions antérieures à Ménage, qui a corrigé et mis dont.
POÉSIES, CIX. ay:
GIX