‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 237 sur 295 · ÉPITAPHE DK HE?.-RI, PREMIER FILS DE MALHERBE · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DK HE?.-RI, PREMIER FILS DE MALHERBE

Passant, je suis mort, tu es mortel. Je suis à ma fin, tu t'en vas à la tienne, et déjà tu n'as lu mot de cette écriture que tu ne t'en soies approché d'un pas. Ce que je t'en dis n'est pas pour le renvoyer triste en ta maison ; car à quel propos voudrois-tu vivre avec autre condition que tout ce qui jamais a vécu par le passé, qui vit à cette heure et qui vivra jamais à l'avenir? Et puis seroit-il possible que devant moi tu n'eusses jamais vu d'autres exemples de mortalité? Tourne tes yeux deçà, tourne-les de delà ; tu ne verras céans autre chose. Chacune de ces pierres couvre un corps et les vides sont autant de niches qui ne font qu'attendre les statues qui les doivent remplir au premier jour. Ce que je veux de toi, tu le demanderas aux autres, quand tu seras en l'état où je suis : c'est que tu me donnes autant de temps qu'il en faut pour lire en ce tableau ce que je te veux dire de ma vie. Elle fut courte : l'histoire n'en sera guère longue. Je naquis en la ville d'Aix, en Provence, le dimanche xxi de juillet, en l'année mdxxcv, entre cinq et six heures du soir. Monseigneur Henri d'Angou- I lème, frère naturel du Roi, gouverneur et lieutenant général

1. Henri naquit à Aix en i585, et mourut le 20 octobre iSHj. Son père fit placer cette épitaphe sur sa tombe dans nne église de Caen ; elle a été pul)liéo pour la première fois en 1840 par IV] . Roux- Alpheran dans un Appendice à ses Rec/ierc/tes (4 p. in-8°). Il l'avait tirée d'un manuscrit de la bibliothèque du cbàteau de Tournefort. Elle existe en double à la Bibliothèque impériale, Papiers de Haltize, ms. i33(f°s 41, 43).

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pour Sa Majesté dans ce pays, assisté de ^Inie Marthe Faiire de Vercors, femme de M. Louis de Carriolis , président au parlement, mon grand-père maternel, me fit cet honneur de me tenir sur les fonts et de me donner son nom. ^lon surnom fut Malherbe, de ceux de Saint- Agnan, desquels l'ancienne extraction ne veut autre témoignage que les hermines mouchetées qu'ils portent sans nombre en leurs armes. Ma mère, en làge de onze mois, nie fit apporter en ce pays et me conduisit elle-même, non sans beaucoup de sollicitudes et d'incommodités. Enfin, comme si la nature ne m'eût donné les pieds que pour m'en aller au sépulcre, et la bouche pour dire à mes parents l'adieu pitoyable d'une si longue séparation, à grandpeine avois-je commencé de m'en servir que l'usage m'en fut ôté par une mort précipitée, et mes yeux qui n avoient vu la lumière que deux ans trois mois et sept jours, le mercredi XXVIII d'octobre mdxxcvii, en^-iron dix heures du soir, demeurèrent enveloppés d'une obscurité f|ui seroit éternelle sans l'espérance du jour du jugement. Dieu sait de quelle affection et diligence les moyens de ma guérison furent recherchés ! combien de remèdes furent essayés en terre et combien de vœux adressés au ciel ! Mais enfin toutes peines demeurant inutiles, il fallut obéir à la nécessité. En cet accident si funeste et si déplorable, François mon père, et Madeleine ma mère se procurant une triste consolation par le moyen d'un objet qui leur représente la souvenance perpétuelle de ce qu'ils ont aimé si chèrement, et faisant le dernier office à celui duquel, si la mort eût considéi'é les âges , ils le dévoient recevoir, m'ont avec des larmes qui ne sécheront jamais, posé ce lamentable monument. Passant, ne cherche rien de certain en l'incertitude du monde. Dis les bonnes paroles à mon omlire ; asperge mes cendres et t'en va. f. .m. p. p.

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