‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 37 sur 295 · Vovez plus loin, p. Lxxxvir et suivante · texte numérisé non relu

Vovez plus loin, p. Lxxxvir et suivante

2. Lettre à Conrart, du 23 janvier i(>5i, QEmres, ififiS, tome II, p. 900.

3. a II avoit souvent à la bouche, dit Sauvai, ces paroles assez libertines que le poète Prudence attribue à l'empereur Gallien : Co/e dsemonium quod col'it civ'itas. t) [Antiqidtcs de Paris, tome 1, p. 324-)

4. Aboyez plus loin, p. Lxxxviri. " Il disoit, quand on lui parloit de l'enfer et du paradis : œ J'ai vécu comme les autres, je veux mou- « rir comme les autres, et aller où vont les autres. » (Tallemant, tome I, p. 3o5.)

SUR MALHERBE. xliii

quelques pratiques de dévotion dont parle Racan. Ce qui semble dominer chez lui, c'est une sorte de philosophie stoïque qu'il avait peut-être puisée dans Sénèque' et qu'il aimait à manifester par « le mépris de toutes les choses que l'on estime le plus en ce monde, » mépris dans lequel il comprenait malheureusement l'art même où il excellait"-.

Malherbe n'avait jamais beaucoup aimé sa famille , avec laquelle il paraît avoir vécu en assez mauvaise intelligence, et il le lui prouva à sa mort. Il la déshérita complètement et choisit pour légataire universel Vincent de Boyer, fils d'un neveu de sa femme, Jean-Baptiste de Boyer, conseiller au parlement de Provence. Il disposa, en outre, d'une somme de trois mille livres en faveur d'un sieur Astruc, avocat chargé des poursuites contre les meurtriers de Marc-Antoine, et à qui Mme de Malherbe, par reconnaissance de ses bons soins et de l'amitié qu'il avait portée à son fils, laissa aussi la moitié de ses biens.

Mme de Malherbe survécut encore vingt mois à son mari. Elle mourut au commencement de juin i63o, probablement à Aix où régnait alors la peste. Son testament, daté du i*"" août 1629, est rempli du souvenir de son fils, dont elle demande

1. Cette philosophie était empreinte d'une sorte de fatalisme où n'entrait pour rien l'idée de Providence. « Qu'on die ce qu'on voudra de la prudence humaine, écrivait-il à son cousin Colombv, je ne la veux pas exclure de l'entremise de nos affaires, qu.nnd ce ne serolt que de peur de trop autoriser la nonchalance; mais pour ce qui est des événements, il faudroit d'autres exemples que ceux que j'ai vus jusqu'à cette heure, pour xrte faire croire qu'elle y ait aucune jurisdiction. Qui est jjeureux, ira aux Indes sur une claie ; qui est malheureux, quand il seroit dans le meilleur vaisseau du monde, il aura de la peine à traverser de Calais à Douvres, sans courir fortune de se noyer. »

2. « Un bon poëte, disait-il, n'est pas })lus utile à l'Etat qu'un bon joueur de quilles. » Vovez plus loin, p. ixxvii et lxxvi. Il avait sans cesse à la bouche des maximes comme celles-ci : « Cette vie est une pure sottise. — J'estime si peu le monde, que je n'estime pas en f|uel habit nous fassions le peu de clieuiin que nous avons à y faire. — Pour moi je tiens que le vivre parmi tous les délices n'est pas grand'chose. » On ne peut du moins lui reprocher de n'avoir pas mis ses préceptes en pratique; car l'unique chambre qui lui servait de logement et les cinq ou six chaises de paille qui composaient sou ameublement témoignent assez de son indifférence pour le luxe.

XLiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

instamment* à ses héritiers de venger la mort, désir qui ne (ut que bien imparfaitement exaucé. L'arrêt définitif dans cette triste affaire ne fut rendu quen i632. Le 29 avril de cette année, le parlement de Toulouse^ condamna le sieur de Fortia de Piles, « ce maroufle, » comme l'appelait Malherbe, à payer huit cents livres « pour faire prier Dieu pour le repos de l'âme de Marc-Antoine de INIalherbe, fils de la dame de Carriolis, à cause de l'assassinat commis en la personne dudit Marc-Antoine, ladite somme applicable à l'église où son corps avoit été enseveli' » : châtiment bien léger s'il y avait eu réellement assassinat. Quant à l'autre accusé, le baron de Bormes, il est probable qu'il s'était auparavant arrangé avec la famille. Ce qui est certain, c'est qu'en i638 il épousa une belle-sœur de ce même Vincent de Boyer, héritier de Malherbe*.

Les mémoires que Racan a rédigés à la prière de Ménage, et que Tallemant a reproduits en les augmentant, sont une source précieuse de renseignements sur la vie de Malherbe; mais, quoiqu'il les ait écrits sans aucun doute avec les meilleures intentions du monde, i! faut convenir qu'ils ne font guère honneur à son tact et à son discernement, et qu'ils ont peu servi la gloire de son maître. Je me garderai bien de vouloir représenter Malherbe comme un modèle de toutes les vertus, et de dire en style d'épitaphe avec Meusnier de Querlon qu'il fut « tout à la fois bon fils, bon père, bon mari, bon maître. » Ce qui précède fait justice de ces éloges ridicules ; toutefois, d'après sa correspondance, on voit qu'on aurait pu dire de lui autre chose que ce qu'en a rapporté son disciple favori. Malheureusement Racan vif&it au milieu d'une société corrompue et dans l'intimité du président Maynard, le poète le plus licencieux peut-être d'une époque où il v en avait beaucoup, et il paraît avoir spécialement pris plaisir à conserver dans ses souvenirs et à nous transmettre avec une crudité naïve ^

I. Roux-Alpheran, Reclierches, p. 43 et suivantes. 3. Nous avons inutilement fait chercher à Toulouse, dans les archives du parlement, le texte de l'arrêt.

3. Roux-Alpberan , Recherches^ p. 43- Cette somme revint à l'église des Minimes d'Aix, où Marc-Antoine a^ait été enterré.

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