NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
OEiwres.
[Poésies, traductions, lettres, etc.)
. Les OEuvres de M'* François de Malherbe, gentil-homme ordinaire de la chambre du Roy. A Paris, chez Chailes Chappelain, m.dc.xxx. Auec priuilege du Roy. In-4.
Après le titre, se trouve un beau portrait de Malherbe (Z). Dumonstier p'm.rit. — Vosterman sciilp.).
Le volume contient :
1° Discours sur les œuvres de 31'' de Malherbe (22 feuillets non paginés). Ce Discours n'est pas signé, mais il est de Godeau, évèque de Vence, et parut séparément dès 1629, in-4. Quelques bibliographes l'indiquent à tort comme étant de Porchères.
2° Le privilège du Roy, dont voici la teneur : s Louys, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre. A nos amez et féaux conseillers, les gents tenants nos cours de Parlement de Paris, Tholoze, Rouen, Bordeaux, Dijon, Aix, Grenoble et Rennes, preuost de Paris, seneschal de Lyon, et à tous nos autres juges et officiers qu'il appartiendra, chacun en droit soy, salut. Nostre bien amé François d'Arbaud , escuyer, sieur de Porchères, nous a tres-humblement remonstré que le feu sieur de Malherbe, gentil-homme ordinaire de nostre chambre, son cousin, lui auroit peu auparavant son deceds recommandé et mis entre ses mains toutes les œuures par lui faites, composées, corrigées et augmentées, tant en prose qu'en poésie, pour les faire imprimer toutes en un volume, sans estre meslées ni accommodées auec aucunes œuures, comme auroient fait cy-deuant quelques imprimeurs et libraires, qui en auroient imprimé ou fait imprimer quelques pièces séparément, sous priuilege particulier, ce que nous ayant l'exposant tres-bumblement supplié luy permettre. Nous, voulant fauoriser l'intention dudit deffiuit de Malherbe, auons audit exposant permis et permettons par ces présentes, que pendant six ans il puisse faire imprimer par tel imprimeur et libraire que bon luy semblera, toutes et chacunes des œuures, tant en prose qu'en poésie, imprimées et non imprimées dudit deffunt sieur de Malherbe, les réduire et mettre
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE. xciii
en un seul volume, et en tel caractère que bon luy semblera; sans que pendant ledit temps aucuns autres imprimeurs, libraires ne autres personnes les puissent imprimer par pièces séparées, ne autrement en quelque façon que ce soit, à peine de deux mille li-\Tes d'amende, applicables moitié à nous et l'autre moitié audit exposant, auec confiscation des exemplaires qui se trouueront d'autre impression, et de tous dépens, dommages et interests. Voulant qu'en mettant par luy le contenu du présent priuilege au commencement ou à la fin de chacun desdits exemplaires, il soit tenu pour deuëment signifié; à la charge de mettre deux desdits exemplaires en nostre bibliothèque au couuent des Cordeliers à Paris. Car tel est nostre plaisir. Donné à la Rochelle le neufieme jour de nouembre mille six cens vingthuit, et de nostre règne le dix-neufîeme.
<t Par le Roy en son conseil. Le Long.
« Le sieur de Porchères a cédé et transporté à Charles Chappelain, imprimeur à Paris, le priuilege cy-dessus, pour en jouir avec tout le droit y contenu. A Paris, le quatorzième de décembre mil six cens vingt-huit.
« Acheué d'imprimer le vingt-deuxième de décembre mil six cens vingt-neuf, -a
3° Traitté des Bienfaits de Seneqiie (voyez plus bas la notice n" 9).
40 Le XA'XIII" livre de Tite Live, précédé d'une dédicace à Monseigneur le duc de Luynes, et suivi d'un advertissement.
5° Les Lettres de Af de Malherbe. Elles sont divisées en trois livres et sont au nombre de quatre-vingt-dix-sept. La pagination finit avec les lettres et recommence avec les poésies.
fi° Les Poésies de iW" de Malherbe. Elles sont divisées en six livres.
Malgré la date de V achevé d'imprimer (22 décembre 1629) le volume n'avait point encore paru en juin ifi3o, comme on le voit d'après une lettre de Peiresc à Dupuy en date du 16 juin i63o. (Bibliothèque impériale, manuscrits Dupuy, n" 717, f° 97.)
Nous avons eu à signaler quelques légères différences entre deux exem])laires datés de cette année i63o.
Je ne sais si ce fut Porchères qui donna ses soins à cette édition; ce doute m'est venu en lisant dans les correspondances inédites de Peiresc et de P. Dupuy la mention d'un sieur Granier qui, en 1629, préparait une édition des OEuvres de Malherbe, et pour qui on avait demandé à Peiresc communication des lettres qu'il possédait. Dupuy, le 18 mai 1629, écrit à son ami de Provence :
a Notre ami, qui entreprend les OEuvres de M. de Malherbe,
Xûiv NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.
s'appelle Granier, qui a riiouiicur d'être connu de vous et de Monsieur votre frère, vous prend au mot pour les lettres de M. de Malherbe qui serviroient de grand ornement à son édition ; que si n'avez le loisir d'en faire le choix et retrancher ce qui seroit inutile, il vous donne sa parole que les envoyant ici, il les reverra très-exactemeut et suivra l'ordre que lui prescrirez. Je vous prie, s'il y a moyen, de le favoriser en cela. La mémoire de M. de Malherbe semble vous y convier, et puisqu'il les avoit voulu examiner pour les polir, cela fait croire qu'il les jugeoit dignes de voir le jour. Mondit sieur Granier m'avoit , il y a quelque temps, fait cette prière que j'avois éconduite, crainte de vous faire une requête incivile. Mais puisque de vous-même vous vous y êtes comme engagé, je n'ai fait difficulté de faire cet office. Vous eu userez néanmoins comme le trouverez plus à propos, s [Bibliothèque de Carpentras , manuscrits Peiresc , Reg. 4i> ^ol. 2.)
Dupuy en parla encore plusieurs fois à Peiresc, qui lui répondit le i8 août suivant :
« Des lettres de feu M. de Malherbe , je vous écrivois la semaine passée ce que j'en avois trouvé. Je suis bien aise que vous ayez eu des nouvelles du recueil que feu M. de Malherbe avoit fait d'aucunes de ses lettres plus considérables et aucunes pièces dont il m'avoit aucune fois parlé , et m'avoit même demandé mes liasses de lettres qu'il m'avoit écrites pour y en insérer quelques-unes. Je craignois que cela fût perdu; car ^L le conseiller de Boyer qui est héritier, ou père de l'héritier dudit feu M. de Malherbe, ne l'avant pas trouvé entre ses papiers, étoit bien en peine où il pouvoit avoir recours. Je m'étonne fort que le sieur Icard ' lui aye voulu celer, puisqu'il étoit dépositaire et comme fidéi-commissaire de tous les livres et papiers du défunt, pour remettre le tout audit sieur de Boyer, à qui il a en effet rendu les livres et quelques papiers, mais, à ce que je vois, il avoit soustrait le meilleur. Il n'y avoit que deux jours que mondit sieur de Boyer étoit parti de cette ville pour aller du côté de Toulon, quand je reçus votre avis; mais à son retour je lui communiquerai l'avis, et ferai que lui en écrira comme il faut audit sieur Icard, auquel je ferai même écrire par Monsieur le premier président et par le marquis d'Oraison, qui sont ses meilleurs patrons et amis, et qui aimoient bien le pau-
I. Ou Ycard. C'était l'homme d'affaires de Malherbe, autant du moins que je puis le conjecturt r d'après la correspondance du poète avec Peiresc, où il en est parlé plusieurs fois.
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE. xcv
vre Malherbe. Je n'y ai pas du crédit pour mon particulier, pour certaines petites galanteries qui m'avoient été faites de sa main en affaire bien importante ; mais je le ferai prendre de tant de côtés qu'il aura bien de la peine à se parer de coup, où je serai bien aise d'agir pour l'amour du pauvre M. de Malberbe que j'ai aimé comme mon propre j)ère, et pour l'amour aussi de M. Granier, à qui j'ai de l'obligation, sans l'avoir jamais servi, dont je serois bien aise de me pouvoir revancher, mais principalement pour l'amour de vous, Monsieur, puisque vous vous en mêlez si charitablement. Je verrai aussi par même moyen s'il y avolt moyen d'arracher de mondit sieur le premier président et de M. le marquis d'Oraison quelques-unes des lettres que ledit sieur de Malherbe leur écrivoit, dont j'en ai autrefois vu de très-bonnes. M. de Boyer m'avoit dit, ce me semble, tout après le décès du sieur de Malherbe, que le défunt avoit laissé quelques siens écrits en dépôt en mains d'un sieur de Porchères, son parent (autre que le célèbre coiu-tisan) , pour prendre le soin de les faire revoir et imprimer. Je croyois que ce fût lui qui eût remis à M. Granier ce qu'il en avoit, et qui lui eût aussi remis le privilège dont j'avois autrefois ouï parler. Il sera bon de s'en éclaircir et m'en écrire , s'il vous plaît, au plus tôt que vous pourrez, pour s'assurer si c'est autre chose que le recueil dont ledit sieur Icard se trouve aujourd'hui saisi '. »
Le Granier en question est sans contredit Auger (ou Oger) de Mauléon, seigneur de Granier, qui, entré à l'Académie française le 3 septembre i63j,en fut chassé à l'unanimité le 14 niai suivant, pour avoir abusé d'un dépôt à lui confié par des religieuses. « C'étoit, dit Pellisson, un ecclésiastique, natif du pays de Bresse, homme de bonne mine, de bon esprit, d'agréable conversation, qui avoit même du savoir et des belles-lettres. Pour s'établir à Paris, il s'associa avec un libraire nommé Ghapelain, et depuis avec un autre nommé Bouillerot. Et comme il avoit été curieux de bons manuscrits, il en mit au jour quelques-uns qui étoient encore fort rares. Nous lui devons les mémoires de la reine Marguerite et ceux de M. de Villeroy, les lettres du cardinal d'Ossat et celles de M. de Foix*. » Ge libraire Chapelain ou Chappelain est précisément celui qui a été l'éditeur de Malherbe.