A Paris, ce 2" février
Monsieur, par ma dernière lettre je pense vous avoir écrit que M. le marquis de Cœuvres devoit aller à Bruxelles ; à cette heure je vous dirai qu'il y est depuis huit ou dix jours * . 11 ne se passe guère jour qu'il ne vienne quelque courrier de sa part; les nouvelles jusqu'ici ne sont point mauvaises : il voit à toute heure Monsieur le Prince, qui, gi'âces à Dieu, ne s'est point encore engage avec l'Espagnol. Il a bien envoyé l'un des siens en Espagne, mais il n'a point encore de réponse; il passe cependant son temps aux exercices de la saison : le bal est chez lui trois fois la semaine. Le marquis de Cœuvres y a toujours été, non sans espérance que, comme il est sage et bien avisé, il gagnera quelque chose sur l'esprit de ce prince. Je sais bien que s'il le fait, ce sera contre l'opinion de beaucoup de gens; mais la fortune de notre roi a toujours été si grande, qu'il n'y a rien si hors d'apparence que l'on ne s'en puisse promettre. Pour la guerre de Clèves,
Lettre 60. — i . Voyez à ce sujet deux lettres de Henri IV à l'Archiduc et à l'Archiduchesse, dans le Recueil des lettres missives, tome VIT, p. 826 et 827.
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la plupart de notre monde se fait accroire que nous l'aurons; mais je crois que c'est pource qu'ils la désirent, par la même raison que je ne la crois point pource que je serai bien aise que nous demeurions où nous en sommes. Le Roi a protesté au comte de Mansfeld', ambassadeur du duc de Saxe, que si le duc de Saxe pouvoit faire avec l'Ejnpereur qu'il lui quittât la possession de cet Etat, il étoit prêt de sa part de laisser la protection de ses compétiteurs; mais qu'il doutoit que sous prétexte de son droit, la maison d'Autriche ne s'en voulût emparer, ce qu'il étoit résolu d'empêcher, tant qu'il lui sera possible. 11 est aujourd'hui venu nouvelle, je ne sais si elle sera véritable, que le Turc a rompu la trêve avec l'Empereur. Si cela est, il faut croire que nous n'aurons point de trouble du côté de l'Allemagne : l'apparence en est bien plus grande vers vos quartiers, c'est-à-dire en Lombardie. Si le mariage s'achève entre Madame et le prince de Piémont, de quoi la pension que le Roi lui a donnée de cent mille écus donne beaucoup d'apparence, il ne tiendra pas à M. des Diguières que Milan ne soit assiégé, ni à M. de Sully non plus. Il y a quelques jours qu'il dit qu'il avoit envoyé en Danemark pour avoir quatre mille chevaux d'artillerie ; je ne sais ce qui en est. Après ces nouvelles, qui sont de quelque importance, si vous en voulez ouïr de menues, je vous dirai que l'on tient le mariage de M. de Montmorency défait ' ; et ensuite de cela je sais de fort bon lieu que l'on a parlé de Mme la com-
2. Wolfgang, comte de Mansfeld, lieutenant général des troupes de Christian II, duc de Saxe. Celui-ci obtint de l'empereur Rodolphe II, le 27 juin 16x0, l'investiture de la principauté de Juliers, investiture qui n'eut aucun résultat.
3. Henri de Montmorency avait épousé l'année précédente, c'est-àdire à l'âge de quinze ans, Mlle de Chemillé, dont nous avons parlé plus haut, lettre 21, p. 5o, note la.
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tesse de Chemilly à M. du Maine, pour M. d'Aiguillon*. L'on m'a dit qu'on lui offre de lui faire valoir son bien sept cent mille écus; j'ai voulu réduire les écus en livres, mais on a persisté. L'on tient le mariage de M. le prince de Joinville assuré avec Mlle du Maine par quatre cent mille livres. On parle de celui de Mlle de Rohan, l'aînée de celles qui sont à marier, avec le fils de M. le maréchal de Brissac*. Pour celui de M. le comte de la Rochefoucauld avec Mlle de Liancourt', on le tient indubitable; et peut-être fùt-il plus avancé sans la maladie du comte. Je ne vous dis rien de la mort de M. le maréchal d'Ornane', qui fut il y eut jeudi dernier huit jours. Celui qui fit l'opération en a rapporté fort peu d'honneur : il y mit la main par soixante et dix fois, tandis qu'on lui étoit allé quérir son principal ferrement qu'il n'avoit point apporté. Imaginez-vous avec quelle douleur du pauvre patient se fit une si lourde faute ! Il avoit demandé d'être inhumé à Notre-Dame; mais Messieurs du chapitre le refusèrent, pource qu'ils disent qu'ils ne doivent sépulture qu'aux rois et aux princes du sang. On le portera à Bourdeaux. Monsieur le coronel * a eu le Château- Trompette et le droit d'ancrage à Bourdeaux, qui vaut deux mille cinq cents livres par an. M. de Roquelaure ' a la
4. Henri de Lorraine, duc d'Aiguillon, puis de Mayenne, fils de Charles, duc de Mayenne.
5. François de Cessé, duc deBrissac. Ce mariage ne se fit pas.
6. François, comte, ])uis duc (1622) de la Rochefoucauld, épousa en juillet 1611 Gabrielle du Plessis, fille de Charles, seigneur de Liancourt.
7. Il mourut de ropération de la taille le 19 janvier 1610, suivant l'Estoile.
8. Jeém-Baptiste d'Omano, fils du maréchal, fut comme lui colonel général des Corses et maréchal de France, Il mourut en 1626.
9. Antoine de Roquelaure, maréchal de France (ifiiS), mort en 1625, à quatre-vingt-deux ans.
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lieutenance de la province. J'oubliois à vous dire que cette semaine passée, le Roi étant allé à Saint-Germain*', eut avis que dans la forêt on avoit vu cinq hommes avec des pistoles" ; la forêt fut visitée, et ne trouva-t-on rien. On a su depuis que c'étoit une querelle particulière : ce n'est pas chose qui vaille être écrite; mais il n'y a point de mal qu'on sache que cet éléphant n'est qu'une mouche. Adieu, Monsieur : je vous baise les mains très-humblement, et suis à jamais votre très-affectionné serviteur ,
Malherbe.
IP' ne me reste qu'à vous faire part de mes nouvelles ; elles ne sont pas si grandes comme vous les figurez : Monsieur le Prince est à Bruxelles, où il passe son temps; le bal se tient trois fois la semaine chez lui; le marquis Spinola l'entretient fort, et lui a fait un festin très-magnifique, dont la description a été envoyée par deçà : le sommaire est qu'il a coûté deux raille huit cents écus. Monsieur le Prince a envoyé en Espagne, dont il n'a point encore eu de réponse; quoi qu'il en soit, jusques ici il n'a point pris de leur argent. M. le marquis de Coeuvres est là depuis huit ou dix jours, qui en donne bonne espérance; pour moi, je crois qu'il est malaisé qu'il se résolve à s'en revenir. Toutefois, quand je considère la bonne fortune de notre grand roi , je ne vois rien si hors d'apparence que je ne trouve possible. Quant à la guerre de Clèves, je crois que ce ne sera rien. L'alliance de Savoie nous pourra apporter la guerre à Milan, si elle s'achève ; on attend ici des députés pour
10. Malherbe avait mis d'abord et araturé Fontainebleau; après Saint- Germain il avait écrit //, second sujet superflu, qu'il aégalement effacé.
1 1 . Pistoles, pistolets.
13. Ce paragraphe, écrit au verso du dernier feuillet de la lettre de Malherbe, n'est pas de sa main : c'est probablement un extrait d'une autre lettre adressée à l'un de ses amis de Provence, et que Peiresc, comme nous avons déjà pensé qu'il l'avait fait précédemment, aura ajouté à celle qu'il avait reçue lui-même. Voyez plus haut, lettre 58, p. 119.
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cet effet. Je vis hier un gentilhomme qui vient de Flandres, qui dit que les Hollandois ne font qu'attendre le commandement du Roi pour se ruer sur l'Archiduc. Je crois que si nous avons la guerre, ce sera au grand regret de ce prince, qui fait tout ce qu'il peut pour conserver la bonne grâce du Roi.
6i. — A Paris, le samedi 6^ de février*.
MoNSiEOB, les nouvelles sont que le Roi a résolu le couronnement de la Reine pour ce mois de mai prochain. Le Roi vouloit que ce fût plus tôt ; mais à cause des grands préparatifs on l'a remis à ce terme-là.
Après avoir été couronnée à Saint-Denis, elle fera* son entrée à Paris, et ce sera une des belles cérémonies qui se puissent voir.
L'on a envoyé à Milan pour avoir deux mille aunes de toile d'argent et huit cents aunes de velours cramoisi violet.
La Reine entrera dans une litière découverte, et Mesdam de même.
Les princesses, femmes d'officiers de la couronne, et autres grandes, entreront sur des chevaux d'Espagne, vêtues de toile d'argent.
Les princesses auront des couronnes, et les autres dames des bonnets de velours blanc, tout couverts de pierreries.
La Reine couchera le soir de son entrée au Palais, et le festin se fera dans la grand'salle.
Jeudi 4"^ de ce mois. Monseigneur le Dauphin et Mme de Vendôme tinrent le fils de M. de Tresmes', où il se fit une col-
Lettre 6i. — I. Cette lettre n'est pas autographe; cette circonstance et son contenu nous font penser qu'elle n'était point adressée à Peiresc, mais à quelque autre ami de Provence, qui en aura donné une copie au savant conseiller. En tout cas, elle est, à divers endroits, annotée par Peiresc, qui l'a cotée au dos : Malerbe, 5 février ifiio.