Paris, ce 24 mars
Monsieur, je crains de vous écrire des nouvelles, pource qu'elles ne sont pas encore assurées; puis ayant comme vous avez des avis de gens qui sont du conseil, ce n'est pas pour faire cas de celles qui ne viennent point de plus avant que la basse cour, comme sont les miennes. Je n'y saurois que faire : je vous entretiendrai de ce qui se dit, sans vous répondre de la vérité. Monsieur le Prince fait deviner tout le monde en quelle part il peut être. On l'avoit cru jusques ici du côté de l'Italie : à cette heure on nous dit qu'il a pris le chemin de Prague. Madame la Princesse est près de l'Infante à Bruxelles ; Monsieur le connétable est résolu de la ravoir, et le dit ainsi à tout le monde, même à Madame la Princesse douairière. Le Roi a dit tout haut qu'il veut prêter son armée à son compère pour cet effet ; tellement que si les Allemands s'accordent, pour cela nous ne sommes pas sans sujet de guerre. Mme d'Angoulême est sur le point d'y aller faire un voyage de la part de Monsieur le connétable. Je vois peu d'apparence qu'ils s'accordent; mais la peur qu'a l'Archiduc des armes du Roi fait tout espérer. Il a passé par ici un Bastien Spinola, auquel Sa Majesté a fait fort bonne chère, et entre autres choses lui parlant de la guerre de Clèves, il lui dit que son passage s'adressoit par Luxembourg, qu'il croyoit que l'Archiduc étoit de ses amis, et qu'il ne lui empêcheroit pas ; mais que, quand il le feroit, il menroit^ cinquante canons qui le lui feroient bien ouvrir. On bat le tambour aux terres de l'Archiduc,
Lettre 66. — i. Cette lettre, dont notre manuscrit ne contient qu'une copie assez fautive, ne semble pas, d'après la lettre qui précède, avoir été adressée à Peiresc, mais plutôt à du Vair ou à la Ceppède. Seulement Peiresc en aura pris copie.
a. Menroit, mèneroit.
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et a-t-on jeté force gens dans Cambray. Je crois que les Flamands voudroient que Clèves, Juliers , et généralement tous les sujets de guerre, fussent aussi loin d'eux qu'ils en sont près. Il est venu un homme de la Boderie, qui est en Angleterre , qui assure que le roi d'Angleterre contribuera à cette armée douze mille hommes de pied et mille chevaux ' ; les Etats y en envoyent quatre mille ; le Roi fait compte de vingt mille hommes de pied, et quatre mille chevaux, qu'il accompagnera de cinquante canons. Il dit, il y a cinq ou six jours, que indubitablement il seroit au rendez-vous à la fin du mois qui vient, quand il n'y auroit que six mille hommes. Il manda vendredi dernier à Monsieur le procureur général qu'il fît vider la salle du Palais, afin de la préparer pour le couronnement de la Reine : il se doit faire le i8 du mois qui vient, si le terme n'est prolongé. Leurs Majestés, et surtout la Reine, pressent fort cette affaire. Pour la guerre du Piémont, il n'y aura rien de certain jusques à ce que M. des Diguières ait vu M. de Savoie. La semaine passée, on fit marché, dans le conseil, avec quatre qui ont entrepris la fourniture de la cavalerie : il me semble qu'elle se monte à quarante muids d'avoine par jour; chaque muid a seize setiers , chaque setier douze boisseaux, et chaque boisseau six mesures : si bien qu'à raison d'un boisseau par chaque cheval par jour, ce sera pour environ sept mille chevaux. Il ne me souvient d'autre chose pour cette heure. Quant aux autres nouvelles, le Roi fut dimanche dernier ouïr le Portugais *, à Saint-
3. Dans une lettre de Henri IV à la Boderie, en date du 27 février, il n'est question que d'un secours de quatre mille hommes de pied à fournir par Jacques ler.
4. Jacques Suarez, cordelier portugais, " du couvent de Lyon, fort habile homme, écrit Gillot à Scaliger, et celui-là est le plus estimé en savoir, comme de vérité il est, sans comparaison, plus versé en la
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Nicolas des Champs; il arriva demie heure après que le " sermon fut commencé. Il entretint fort Madame la marquise, et après le sermon il ouït vêpres et complies avec elle, et lui donna encore assignation, à la sortie, au logis de Madame sa mère, où Tun et l'autre se rendirent; ce fut la récompense de ne l'avoir point vue depuis dix mois. Je ne sais si ce feu se rallumera ; il seroit quasi à désirer, mais il est malaisé : elle dit qu'elle est la bête du Roi; et son explication, c'est qu'ordinairement on fait peur aux petits enfants de la bête, quand on ne peut en venir à bout d'autre façon, et que le Roi fait de même d'elle ; que quand il veut fâcher le monde, il dit qu'il verra la marquise. Elle a toujours des bons mots. Mme des Essarts est ici plus belle que jamais; mais pour cela il ne s'en parle pas autrement. Mme la comtesse de Moret est toute à la dévotion, encore qu'elle ne peut persuader beaucoup de gens que ce soit à bon escient ; mais vous savez comme le monde est mal disant et mal pensant : cela a toujours été et sera toujours. M. le prince de Jomville a envoyé ici procuration pour conclure son mariage avec Mlle du Maine. Le Roi est un peu fâché avec Monsieur de Reims*; cela pourra reculer sa promotion au cardinalat* : il est vrai que les colères du Roi sont de verre, et puis il ne se plaint d'autre chose de lui que de quelques débauches de jeunesse ; l'on tient que c'est qu'il veut que M. de Verneuil ait le chapeau premier
philosophie et la théologie. » Epistres françaises des personnages illustres à M. J. J. de la Scala, p. 427' Après la mort du Roi, Suarez se signala par ses attaques en chaire contre les jésuites.
5. A cause de Mme des Essarts. Voyez la lettre précédente, p. i49» note i6.
fi. La copie porte par erreur; sa procuration au cardinal, ce qui n'offre aucun sens. Quatre lignes plus bas, il faut lire probablement : « premier que lui. »
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• qu'à lui. Nous avons eu bien de la joie de [la] naissance de Mlle de Conty. Monsieur le prince son père en étoit hors de soi ; mais elle est décédée depuis deux jours', dont il est au désespoir. Madame sa mère, qui fait sa couche au LomTe, n'en sait rien; car l'enfant fut portée à l'abbaye de Saint-Germain aussitôt qu'elle fut née. M. d'Aiguillon est de retour de Soissons, où il étoit allé pour remettre le changement que la petite vérole avoit fait à son visage. M. le comte de Garces reçoit du Roi extrêmement bonne chère. Je ne vous en puis rien dire davantage, pource que je ne vais point au Louvre, depuis que le Roi m'eut commandé de lui faire une élégie. Je n'irai qu'elle ne soit faite, cela s'appelle jusques à Pâques : alors je saurai plus de nouvelles et de plus fines, et vous en manderai ce qui se pourra mander. Adieu, Monsieur : je vous baise bien humblement les mains, et vous conjure de me tenir en vos bonnes grâces, comme votre plus humble et plus ajBFectionné serviteur.