‹ Œuvres complètes;Chapitre 115 sur 436 · A Paris, ce i'*^ d'avril · texte numérisé non relu

A Paris, ce i'*^ d'avril

Monsieur, je n'ai rien à vous écrire ; mais je ne saurois faire un paquet en Provence qu'il n'y ait une lettre pour vous. Nos nouvelles de guerre ne sont plus nouvelles, elles sont vieilles depuis le temps qu'il y a qu'elles sont nées : il est vrai que tous les jours quelque bruit les rajeunit. Nous avons encore des incrédules; mais pour moi, qui ne suis guère fin, je m'arrête au sens littéral le plus que je puis, et n'allégorise que quand il ne me rend point satisfait. J'ai toujours cru que nous aurons la

7. Lisez : « depuis quatre jours. » Elle mourut le ao mars. Voyez' tomel, pièce xlviii, p. 170.

LETTRES A PEIRESC. i55

guerre si ceux qui appellent notre secours ne s'appointent*. Le prince d'Anhalt' est ici depuis trois ou quatre jours; le Roi le mena mécredi à la chasse, et lui a promis aujourd'hui qu'il sera lui-même en l'armée : il y a de l'apparence que tout n'en ira que mieux. Le couronnement de la Reine est renoué à ce coup , et crois que ce sera tout à bon : jusques ici on en avoit douté, et y ajVoit eu des brouilleries là-dessus; mais tout est cessé. Pour les choses de moindre importance, nous tenons ici que le comte de Gramont , gouverneur de Rayonne, ayant trouvé Marfizian, son écuyer, qu'il aimoit uniquement, en quelque action déshonnête' avec sa femme*, l'a envoyé jouer en l'autre monde; on y ajoute qu'après l'avoir tué, il lui a fait faire son procès et trancher la tête : de la mort, elle est certaine, le genre en est incertain. On parle aussi diversement de la femme, mais la meilleure opinion est qu'il ne l'a point tuée. M. de Roquelaure, qui est son père, n'a pas laissé pour cela de faire festin aujourd'hui à toute la cour, au moins à la plus grande partie. Mme la princesse de Conty, samedi dernier, fut avertie de la mort de Madamoiselle sa fille : on la lui avoit celée quelque temps ; mais pource que l'on voyoit qu'elle en faisoit trop de cas, on n'a point voulu laisser croître cette affection davantage, de peur que la douleur de la perte ne fût plus malaisée à déraciner. M. de Gordes * est ici depuis trois ou quatre jours; le Roi lui a

Lettre 67. — i. Malherbe avait précédemmenl écrit le contraire : voyez entre autres la lettre 60, p. i33.

a. Jean-Georges, prince d'Anhalt, né le 9 mars iSfij, mort en 1618.

3. Les mots en quelque action déihonnête ont été ajoutés après coup, en interligne.

4. Louise de Roquelaure, fiUe d'Antoine de Roquelaure, maréchal de France.

5. Guillaume de Simiane, marquis de Gordes, capitaine des gardes (161 1), chevalier des ordres du Roi, mort en 1642.

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donné un régiment de cinq compagnies, de deux cents

hommes chacune.

Adieu, Monsieur : je vous baise bien humblement les mains et suis éternellement votre très-humble serviteur et à M. de Valavez. Je vous prie, Monsieur, de me faire ce bien, que Monsieur le premier président sache que je lui baise très-humblement les mains et suis son serviteur très-humble.

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