A Paris, ce a3* avril
Monsieur, je crois que la dernière lettre que vous avez eue de moi l'a été par un nommé Etienne que vous aviez envoyé par deçà. Je vous écrivis lors tout ce que nous avions de nouvelles ; depuis il n'y a pas grand changement, car toujours les choses se disposent à la guerre. Il y a deux jours que nous eûmes des ambassadeurs des Etats, qui furent reçus avec beaucoup d'honneur. M. de Vendôme alla au-devant, avec environ deux cents chevaux et demie douzaine de carrosses, où se mirent ces messieurs les Flamands, qui étoient dans des chariots, sur de la paille. Tout ce malin le Roi s'est promené avec eux aux Tuileries. L'on dit qu'ils le viennent supplier de déclarer ouvertement la guerre à l'Espagne, et en ce cas offrent leurs biens et leurs vies pour sa querelle; que s'il ne veut faire qu'une guerre de trois mois, et puis faire la paix, ils le prient de trouver bon qu'ils se tiennent en l'état qu'ils sont. Je saurai demain la vérité de cette affaire ; mais le messager m'a dit qu'il faut qu'il ait ma lettre dès ce soir : voilà pourquoi je ne vous en dirai rien de plus certain. On lève ici force belles troupes, et crois qu'il ne se vit jamais rien de si beau et de si paré que notre armée; car ce ne sont qu'armes dorées, veloux
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et broderies extrêmement riches. Sa Majesté a déclaré qu'elle ne veut point qu'on porte d'écharpes, mais des croix blanches : cela ramènera l'usage des casaques ; la cornette blanche * en portera de veloux violet. L'on tient que le nombre de ceux qui s'y rangeront sera très-grand. Le Roi a dit qu'il veut avoir tous leurs noms pour en choisir ceux que bon lui semblera pour être auprès de lui, et qu'il fera mettre pied à terre aux jeunes gens pour combattre, une pique en la main, et M. le maréchal de Laverdin' à leur tête. On fait compte ici de cinquante mille hommes de pied, et neuf ou dix mille chevaux en l'arméC) tant en ce que fourniront nos partisans d'Allemagne qu'en ce qui y ira de France*. Du parti contraire, il se fait aussi de grandes levées. M. de Préaux Chàteauneuf , prenant congé du Roi pour s'en retourner à Bruxelles , Sa Majesté lui conmianda que s'il voyoit Spinola , il lui dît que s'il étoit sage il ne se trouvât point en son chemin, autrement qu'il s'en pourroit mal trouver. Pour la guerre de Milan, il arriva hier un appelé la Bretonnière, serviteur de M. de Nemours *, qui vient dire au Roi, de la part de M. de Savoie, que toute l'Italie, et particulièrement ses amis, s'offensent que il se sei've de huguenots, tellement que cela semble avoir un peu refroidi cette affaire. M. de Bassompierre m'a dit que M. des Diguières lui a mandé que quoi qu'il oye dire, il s'assure que il est en fort bonne intelligence avec M. de
Lettre 68. — i. On appelait cornette blanche la compagnie de mestre de camp général de la cavalerie. Elle avait vin étendard ou cornette de couleur blanche.
a. Jean de Beaumanoir, marquis de Laverdin (ou Lavardin), maréchal de France (iSgS), mort en 1612.
3. Qui y ira de France est en interligne , au-dessus de ces mots, qui ont été biffés : « que la France fournira. »