‹ Œuvres complètes;Chapitre 130 sur 436 · A Paris, ce 26' juin · texte numérisé non relu

A Paris, ce 26' juin

Monsieur, j'attendois à vous écrire que nous vissions la fin de nos cérémonies; mais puisque ce porteur s'offre, il ne s'en retournera point sans que je vous en écrive une partie : vous serez moins importuné de les lire à deux fois. L'effigie du Roi a été en vue durant onze jours : elle en fut ôtée lundi au soir * ; le mardi et le mécredi furent employés à ôter les tapisseries d'or et de soie de la salle basse, et y en mettre de sarge* noire, avec une ceinture de veloux noir tout à l'entour; et lors le corps du feu Roi fut mis sur des tréteaux, au lieu même où avoit été l'effigie. Le jeudi, qui étoit le jour de la Saint-Jean, il ne se fit rien. Hier, qui étoit vendredi, le Roi lui fut donner de l'eau bénite; il partit pour cet effet de l'hôtel de Longueville, et vint au Louvre en cet ordre : le grand prévôt, habillé de sa robe et chaperon de deuil, entra le premier avec ses archers, qui sous leurs casaques avoient des robes de deuil; après venoient les cent gentilshommes avec leurs becs-de-corbin en la main ; ceux-ci étoient suivis de quatre-vingts ou cent gentilshommes, des principaux de la cour, et de quelques officiers, tous avec la robe de deuil. Le Roi étoit conduit par deux cardinaux, Joyeuse* à main droite, et Sourdy* à gauche ; il étoit vêtu d'une robe de sarge violette, et avoit sur la tête un chaperon de même couleur : sa robe avoit cinq queues; celles de devant étoient portées par M. le chevalier de Guise à main gauche, et M. le prince de Joinville à main droite ; les deux d'après, par M. le comte de Soissons à

Lettre 73. — i. Le ai juin. — 2. Sarge, serge,

3. François, cardinal-duc de Joyeuse, archevêque de Narbonne, puis de Rouen, mort doyen des cardinaux le 23 août 161 5.

4. François d'Escoubleau , cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux (iSgg), mort le 28 février 1628, à cinquante-deux ans.

Malherbe, in la

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main droite, et M. de Guise à gauche; celle du milieu, par M. le prince de Gonty. L'entrée de la salle étoit à la porte du bout, et pour cet effet le Roi et le convoi* entroit par la porte qui va au grand degré, où il étoit attendu par MM. les maréchaux de Laverdin, Brissac et Bois-Dauphin', au bas de trois marches qu'il falloit qu'il montât ; et au haut justement, sous la porte, étoit Monsieur le Grand : tous vêtus de robes de deuil, avec leurs colliers de l'ordre par-dessus. La queue de Monsieur étoit portée par M. de Béthune', celle de Monsieur le Duc' par le comte de Gurson ; derrière le Roi et Messieurs ses frères il n'y avoit que MM. de Montbazon et d'Espernon, comme ducs ; après eux il n'y avoit que de la confusion. Le Roi fut quelque temps dans la salle, et puis sortit avec sa suite par la porte du milieu de la salle qui est vis-à-vis de la porte du Louvre, et s'en alla à sa chambre par le degré du coin. Aujourd'hui, de matin, le parlement et la cour des comptes, et quelques autres, y sont venus; mais je me suis contenté d'y avoir vu le Roi. Les ambassadeurs y doivent venir, qui dit après dîner, qui dit demain : tant y a que la basse cour du Louvre demeure toujours tendue de quatre ceintures de sarge et une ceinture de veloux ; les sarges vont jusque devant la porte du Louvre, mais le veloux n'est que dans la basse cour. Je vous ai récité tout d'un train cette cérémonie, je retourne à celle de l'effigie. 11 se fit deux effigies par commandement, du Pré en fit l'une, et Grenoble ' l'autre ;

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