‹ Œuvres complètes;Chapitre 141 sur 436 · Sans date · texte numérisé non relu

Sans date

Monsieur, je ne vous écris pas si souvent comme je ferois si je n'avois peur de vous divertir de quelque meilleure occupation; toutefois, puisque vous le voulez, je vous donnerai très-volontiers ce contentement pour vous tenir lieu de service que je suis si peu capable de vous rendre. Les obsèques du Roi sont bien les plus sérieux discours dont je vous saurois entretenir; mais c'est chose si longue, que je ne m'oserois fier à ma mémoire de le vous réciter fidèlement ; je m'en remettrai à ce qui s'en imprimera, et vous l'envoyerai sitôt qu'il sera hors de la presse : pour cette heure, je ne vous en dirai que les principaux points, et ce que je crois être plus digne

Lettre 76. — i. Peiresc n'a écrit au dos que le chifîfre de l'année, 1610. — Cette lettre, qui n'est point de la main de Malherbe, est certainement la transcription de celle qu'il écrivit à la Ceppède, et qu'il envoya ouverte à Peiresc, qui en prit copie. Voyez la fin de la lettre précédente et la fin de celle-ci

d'être su. Les archers de la ville, divisés en trois compagnies, commencèrent la pompe, et furent suivis de toute sorte de religieux, pauvres, prêtres de paroisses, chanoines de Notre-Dame, de la Sainte-Chapelle, et autres; l'Université, le Châtelet, les hautbois et douze tambours de la chambre, la caisse couverte d'étamine, battant fort lamentablement ; maistre de camp et capitaines des gardes, grand prévôt et ses archers, Suisses de la garde du corps, les deux compagnies des cent gentilshommes, officiers de la maison du Roi, commençant par les moindres et finissant par les maîtres d'hôtel, qui se treuvoient les plus prochains du chariot au côté droit de la rue , et au côté gauche étoient Messieurs des comptes, des aides, des monnoies, du trésor, et autres officiers de finances; et cela étoit jusques au chariot d'armes. Ce chariot, où étoit le corps du Roi, étoit traîné par six coursiers couverts de velours noir, avec de grandes croix de satin blanc; le chariot, couvert d'un drap de même matière et croisé de même, semé de vingt-quatre écussons de France et de Navarre. Devant le chariot étoit M. de Rodes à cheval, portant une bannière qui s'appelle panon', et dit-on que c'est l'enseigne de la maison du Roi ; et de fait, quand à l'enterrement qui se fit le lendemain, le héraut, étant dans la fosse où étoit le corps du Roi, appela ceux qui a voient des charges, il cria : « M. de Rodes, premier valet tranchant, apportez le panon dont vous avez la charge. » Derrière le chariot marchoient à pied les capitaines des gardes du corps; après venoient, la tête nue, douze pages de la grande écurie, vêtus de robes de velours noir, et montés sur douze coursiers couverts aussi de housses de velours noir, tellement que rien n'en paroissoit que les yeux ; les

i. Panon, pennoii.

housses étoient croisées de satin blanc. Après venoienl les honneurs, à savoir les éperons, les gantelets, Técu, la cotte d'armes, le heaume timbré à la royale ; les quatre premiers portés par quatre écuyers de la grande écurie, et le dernier par M. de Liancourt, premier écuyer de la petite écurie. Après marchoient force abbés et aumôniers du Roi; puis quatorze évêques à pied, mitres; puis les ambassadeurs de Savoie, de Venise et d'Espagne, à cheval, et vêtus de grandes robes à queue pendantes à terre, et portées par de leurs estafiers. Les nonces du Pape, l'ordinaire et l'extraordinaire, suivoient, conduits par des évêques', montés sur des mulets, entre lesquels je vis Messieurs d'Aix et d'Embrun * , avec des chapeaux bordés de vert; après eux venoient MM. les cardinaux de Joyeuse et de Sourdy, vêtus de robes violettes, avec des chapeaux rouges ; puis venoit le clieval d'honneur, tout couvert d'une housse de veloux* violet semé de fleurs de lis d'or; puis Monsieur le grand écuyer, à cheval, vêtu de deuil en forme et sa queue portée; il portoit l'épée royale, qui a un fourreau de veloux violet semé de fleurs de lis d'or, pendue à un baudrier de même ; les écuyers de la grande écurie le suivoieut à pied avec les valets de pied du Roi. Après marchoit la cour de parlement en robes rouges, et au milieu d'eux l'effigie du Roi, telle qu'elle étoit dans la salle quand on alloit donner de l'eau bénite au corps; elle étoit portée par de certaines gens que l'on appelle anouarts*, por-

3. Au-dessus du mot évéques, il y a arclievêques , dans TuiterUgne.

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