De Bretagne
5. Trois étaient morts. Les trois survivants reçurent le baptême en grande pompe dans l'église des Capucins. — Le P. Claude d'Abbeville, dont nous avons parlé plus haut (p. 297), servait de truche-
tisés; s'il y a moyen de les voir sans être pressé, je le ferai; sinon, je m'en rapporterai à ceux qui y auront été. Il y a déjà des femmes prêtes pour eux . Je crois que l'on n'attend que leur baptême pour accomplir ces mariages, et allier la France avec l'île de Maragnan. Adieu, Monsieur; je vous baise bien humblement les mains et à Monsieur le premier président. Je lui ai écrit ces jours passés; je ne saurois que lui dire, sinon que je suis son très-humble serviteur. Vous le lui direz pour moi, s'il vous plaît; et croirez que je le vous suis aussi, très-affectionné et très-obligé.
L'on dit que le procès de M. de Bassompierre et de Mlle d'Entraigues est appointé au conseil. M. de Bassompierre y est allé tout assuré de vaincre : toutefois on dit à cette heure qu'il y a de quoi douter. Elle marche par Rouen en carrosse, suivie de* cinquante ou soixante chevaux. Toutes les femmes sont pour M. de Bassompierre, et les honmies pour elle. M. le maréchal de Fervaques, qui étoit à sa maison, est venu à Rouen par le commandement de la Reine, pour empêcher le désordre. L'on se promettoit qu'il seroit pour M. de Bassompierre; mais il y a de quoi craindre qu'il ne se range du côté d'un sexe pour qui il a eu toute sa vie tant d'inclination'. Nous en saurons cette semaine des nouvelles plus certaines , dont vous aurez votre part.
ment. Le Roi fut leur parrain, et les nomma Louis-Marie, Louis- Henri, et Louis-Jean. Voyez le Mercure, i6i3, p. 175.
6, Au lieu de suivie de, il y avait d'abord avec. Deux lignes plus bas, le maréchal a été ajouté au-dessus de la ligne.
y. Voyez les Mémoires de Bassompierre , année 161 3. — L'autographe porte : « pour qui il y a eu toute sa vie tant d'inclination. »
3i6 LETTRES A PEIRESC.
jg j 2 '^^' — -^ Paris, ce 29* de juin.
Monsieur, vous aurez su par M. de Valavez la cérémonie du baptême des Toupinamboux ', car la fortune l'y porta, et l'y plaça en si bon lieu, qu'il n'y a personne qui en sût rendre meilleur compte que lui. Les capucins, pour faire la courtoisie entière à ces pauvres g»ns, sont après à faire résoudre quelques dévotes à les épouser, à quoi je crois qu'ils ont déjà bien commencé. Tous les mariages ne sont pas si difficiles à faire que celui de M. de Bassompierre et de Mlle d'Entraigues; il y a quinze jours qu'ils sont à Rouen pour cela. Nous saurons cette semaine prochaine ce qui en réussira. La Reine avoit envoyé un exempt de ses gardes dire qu'on plaidât à huis clos; depuis il est venu quelque autre nouvelle, si bien que l'on en renvoya hier un autre pour tenir autre langage. Ce sera à M. de Bassompierre à choisir comme il voudra que l'on plaide ; la grande faveur est de ce côté-là, qui y en attire tout plein d'autres : toutefois on ne tient pas la chose hors de doute, et croit-on qu'ils seront appointés au conseil. Mlle d'Entraigues a récusé les présidents du Bourgtouroude et d'Anfreville*, et cinq conseillers. Si M. de Bassompierre en fait autant de son côté, il y a danger qu'il ne se trouve pas de juges assez, et qu'il ne les faille renvoyer ailleurs. Si cela est, on parle déjà de les envoyer à Aix' ou à Grenoble : toutefois je crois que ce sera plutôt au dernier qu'au premier, ou pource qu'il est le plus près, ou pour d'autres considérations que je n'ai que faire de vous écrire. Mmes d'Elbeuf et de la Tri-
Lfttbe 125. — I. Nicolas le Roux, baron de Rourgtheroude. — Jacques Poëtier, sieur d'Anfreville.
2. A A'ix a été ajouté dans l'interligne. Huit lignes plus loin, après le mot écrit, il y a pour cet effet, effacé ; et deux lignes après, fait réplique a été substitué à répliqué.
mouille sont aussi sur le jugement de leur procès. Les
sollicitations de côté et d'autre se font avec de gi*ands ^ ^ ^ ^ soins : je crois que cette même semaine y mettra fin. Je vous avois mandé que M. de Boinvillenousvouloit quitter pour aller servir le roi d'Espagne, et lui en avoit écrit. Depuis cinq ou six jours, il en a eu réponse à laquelle il a déjà fait réplique : je vous envoyé l'une et l'autre. Il y a quelques jours que Bergoin * , selon sa hardiesse accoutumée, voulut imprimer ici un livi*e nouvellement imprimé à Londres, qui s'appelle Homo novus; mais, ayant été découvert et mis en prison, il ne s'en est guère fallu qu'il ne lui en ait coûté la vie, le lieutenant criminel s'y étant porté avec une passion extrême, et y ayant eu commission expédiée pour le juger prévôtalement, c'est-àdire sans appel. Ses amis, par le moyen de la fête de saint Jean , eurent loisir de rompre ce coup, et y eut arrêt de la cour par lequel il fut commandé au lieutenant criminel de déférer à l'appel. Sa sentence a été qu'il est condamné à faire amende honorable au Palais et devant la maison du Nonce, voir brûler son livre en sa présence, et être banni pour toute sa vie de la prévôté de Paris. Nous verrons ce qu'en dira la chambre de l'édit*, où il en a appelé. Voilà, ce me semble, toutes nos nouvelles. M. le prince de Conty a, cette nuit, été en fort grand danger pour une apoplexie, laquelle s'est bientôt après terminée en paralysie ; à cette heure il est, grâces à Dieu, mieux qu'il n'étoit. Dieu veuille que ce soit pour longtemps ! Le reste de la cour est comme de coutume. M. le marquis d'Ancre s'en est allé depuis deux jours à Amiens,
3. ï*robablement Jean Berjon, calviniste, qui exerçait au commencement du dix-septième siècle la profession d'imprimeur à Paris.
4. On appelait chambre de l'édit le tribunal mixte institué en vertu de l'édit de Nantes dans les parlements de Paris et de Rouen, et où figuraient des protestants.
3i8 LETTRES A PEIRESC.
et M. d'Espernon ce matin à sa maison de Fontenay, d'où il reviendra* incontinent après cette fête : il est toujours fort bien. M. de Vendôme n'est point encore de retour. L'on croit que Madame l'amirale ' sera ici dans dix ou douze jours, si elle n'y est plus tôt; mais c'est chose dont il ne se parle presque point. Contentez-vous de cela pour cette fois. Je vous dirois que la paix est faite, mais vous êtes plus près que moi du lieu où se faisoit la guerre pour savoir ce qui en est ; tant y a que les compagnies furent hier contremandées, ce qui a trompé une infinité d'espérances. Ceux de Genève sont à cette heure en alarme de M. de Savoie ; mais je crois que c'est vainement. Je ne me suis point trompé en la guerre de Mantoue, n'ayant jamais pu me mettre en l'esprit qu'elle fût de plus longue durée que ce qu'elle a été. Dieu, qui nous a donné le repos, nous le continuera, s'il lui plaît; et vous, s'il vous plaît, m'aimerez toujours, comme votre très-humble et très-afifectionné serviteur,
Fr. Malherbe.
J'ai ce matin reçu une lettre de Monsieur le premier président; mais je lui ai écrit deux fois depuis quinze jours, si bien qu'il ne me reste que lui écrire pour cette heure. Si ce que je vous écris vaut la peine de le lui communiquer, vous le ferez, s'il vous plaît; sinon, vous vous contenterez de l'assurer que je suis toujours son très-humble serviteur. Je lui écrirai par la première occasion. M. de
5. Au lieu des mots : « d'où il reviendra, ï il y avait d'abord : a pour revenir. »
6. Marie-Félicie des Ursins, fille de Virginio Ursino , duc de Bracciano. Ce fut le le»" juillet qu'elle arriva à Paris, où elle venait épouser Henri II, duc de Montmorency, amiral de France , celui dont le mariage avec Mlle de Chemillé avait été cassé , comme il est dit plus haut, lettre 60, p. i33.
LETTRES A PEIRESC. iig
Boinville m'a dit qu'il lui envoyera la réponse qu'il a eue ■
d'Espagne, et sa réplique, et peut-être encore quelque autre ouvrage.
ia6. — A Paris, ce 8" de juillet.
Monsieur, vous aurez ce petit mot seulement pour vous dire que je suis votre serviteur. Les nouvelles ne sont point changées depuis ma dernière lettre. Mme la duchesse de Montmorency * arriva mardi au soir ; elle est logée au Louvre, où vous avez vu loger Mme la princesse de Conty; elle n'y logera plus quand elle sera mariée. Monsieur son mari est attendu au 20® de ce mois. Monsieur le connétable a mandé qu'on lui achète pour cent mille livi'es d'ameublement et de pierreries. L'hôtel de Montmorency est fort paré pour la recevoir. M. le prince de Conty se porte fort bien. Mme de la Trimouille a perdu son procès contre Mme d'Elbeuf. M. de Bassompierre revient demain de Rouen : il a été appointé au conseil ; mais c'est sans qu'on puisse faire production nouvelle, si bien que dans huit ou dix jours ils seront vidés. Sa partie fait ce qu'elle peut pour récuser le parlement de Rouen; mais il sera malaisé. La Reine a dit qu'elle veut avoir les plaidoyers, pour rire des galanteries qui s'y sont dites de côté et d'autre. Si je puis, j'en aurai une copie, et vous par conséquent. M. le marquis d'Ancre est toujours à Amiens; et M. du Maine à Soissons depuis deux jours. L'on parle d'aller à Monceaux pour dix ou douze jours. Adieu , Monsieur; je vous baise bien humblement les mains et à Monsieur le premier président. Je suis son serviteur et le vôtre très-humble et très-affectionné.
Lbtibs lafi. — I. Voyez la note 6 de la lettre précédente.
3«o LETTRES A PEIRESC.