Sa a été substitué à la
Malherbe, in "
coutume chez son imprimeur, où étant il envoya quérir des bottes, prit un cheval de louage, et s'en alla à la première poste, où il prit la poste sans avoir compagnie que du postillon. On a envoyé après, et a-t-on trouvé qu'il a pris le chemin d'Allemagne : on ne sait si c'est pour aller à Gênes par les Grisons, ou s'il va à la foire de Francfort. L'on ne s'est point aperçu qu'il ait pris que cent quatre-vingts pistoles. Il y a quelques jours qu'il fut dit à la Reine qu'il avoit dit qu'il se vouloit faire roi à la pointe de l'épée, et qu'il n'étoit point né pour être autre chose que roi ; de manière que lorsqu'il voulut venir au Louvre on lui en * refusa l'entrée ; toutefois on ne lui en dit pds la vraie cause, mais que l'on avoit peur que lui étant mort une fille de la petite vérole, il n'apportât le mal au Louvre. Ainsi il s'en est allé, ou s'éventer, ou digérer sa douleur, on ne sait en quelle part. Dieu lui fasse la grâce que le changement d'air le remette en meilleur état ! car il est très-mal et empire tous les jours. Adieu, Monsieur : je vous ai entretenu de cela faute de mieux; excusez le plaisir que je prends de parler à ceux que j'honore comme vous.
Votre serviteur très-humble ,
Fr. Malherbe.
Je baise bien humblemen t les mains à Monsieur le premier président, et suis son très-humble serviteur.
5. Ici et à la fin de la ligne, en a été ajouté après coup, dans l'interligne. Cinq et six lignes plus bas, Malherbe avait mis d'abord : a en son premier état. »
i35. — A Paris, ce a8" de septembre.
Monsieur , je reçus mécredi votre dernière lettre avec les vers que vous dites être de Porchères * ; je ne suis pas en cela de votre avis , Porchères est meilleur maître que cela. Celui qui les a faits a eu des conceptions bien gentilles, mais il les a exprimées en un style si bas et si plat que sans doute ils ne peuvent être pris que pour l'ouvrage d'un apprentif. Pour les autres , vous n'aviez que faire de me les envoyer : ceux de qui vous les avez les avoient eus de moi avec d'autres que je sais bien qui vous ont été envoyés. Je ne vous écrii'ai point de nouvelles, pource que je suis à Paris et la cour à Fontainebleau; M. de Valavez s'y en va, qui verra s'il y a quelque chose, et vous en fera part. Adieu donc. Monsieur : il me suffit de vous témoigner que je me veux assurer l'honneur de vos bonnes grâces, en m'y ramentevant en toutes occasions comme votre serviteur très-affectionné à jamais,
Fr. Malherbe.
J'écrivis tleraièrement à Monsieur le premier président; voilà pourc[uoi je me contenterai pour cette fois de lui baiser les mains par votre entremise, et l'assurer que je suis toujours son serviteur très-ajQTectionné ; vous en direz, s'il vous plaît, de même à M. Ribier et M. Aleaume. que je crois qui sont à cette heure en vos quartiers. Vous
Lbttbb i35. — I. Peiresc avait envoyé ces vers le 3o août, et il avait écrit à Malherbe : c Vous y trouverez des phrases et locutions si (aussi) rares que les raretés qu'il a voulu décrire. » — Il y avait deux Porchères, tous deux poètes, tous deux académiciens et tous deux Provençaux : Honorât Laugier, sieur de Porchères, et François d'Arhaud, sieur de Porchères, élève de Malherbe. Nous avons parlé de celui-ci tome I, pages lxxxvii, xcii et xciii. M. Bazin conjecture avec raison qu'ici il s'agit du premier.
aviez bien de meilleures nouvelles à me mander que les vers que a'ous m'avez envoyés, mais je vois bien que vous faites le discret : si .cela est, je suivrai votre exemple. Adieu, Monsieur, encore une fois : pourvu que vous m'aimiez toujours, c'est le principal; je me passerai des accessoires.
i36. — A Paris, ce to« d'octobre.
Monsieur , il y a cinq ou six jours que je reçus votre dernière lettre, qui est du iS'' du passé; de vous dire par qui, je ne saurois : ma mémoire ne me sert pas si bien que cela. Tant y a que j'ai à me plaindre à bon escient des remerciements que vous me faites en des choses de néant, et crois que par là vous m'avertissez d'en faire de même, en tant d'occasions où tous les jours vous me faites connoître votre bonne volonté; mais vous avez beau faire et beau dire*, mon serment est de vivre sans cérémonie : je le sui^Tai, et vous l'endurerez, s'il vous plaît, comme mon meilleur ami. Vous me mandez bien que vous avez ouï la sarabande des Toupinamboux, mais vous ne me mandez pas, ni de la main de qui, ni ce qu'il vous en a semblé^. Son auteur, qui est Gautier, est tenu le premier du métier : je ne sais s'il aura réussi, et si le goût de Provence sera conforme à celui de la cour. Au demeurant, vous n'avez que faire de dire que vous l'avez dérobée à Marc- Antoine ; étant à lui, elle étoit par conséquent à vous, comme seront toujours les choses sur lesquelles lui ou son père auront quelque pouvoir. Je crois que vous aurez à cette heure reçu une autre petite
Lettre i36. — i. Les mots et beau dire ont été ajoutés après coup, en interligne; de même le premier ni, quatre lignes plus bas. 2. Voyez plus haut, lettre i3o, p. Say.
LETTRES A PEIRESC. 34i
médaille d'or, que j'avois baillée à M. de Valavez pour vous faire tenir; je ne sais que c'est, et ne suis pas d'accord là-dessus avec lui ' . Nous nous en sommes rapportés à vous; votre jugement, quel qu'il soit, sera sans appel. Je presserai le compère* de se souvenir de vous : ce n'est pas la coutume d'être bien servi quand la besogne est payée par avance ; mais il est trop honnête homme et trop votre obligé pour vous traiter comme le commun. De nouvelles, vous n'en devez pas espérer de moi : je ne suis pas au lieu où elles croissent. Bien vous dirai-je, pour le savoir de bon lieu , que les apparences de malveillance entre nos grands sont moindres qu'elles n'ont été par le passé. De l'intérieur. Dieu seul en est le juge; c'est à nous d'en penser ce qu'il nous plaira. Les comédiens', à ce que l'on m'écrit, commencent à être importuns ; c'est bien tôt : jugez ce que ce sera quand ils auront été ici quinze mois, puisqu'au bout de quinze jours l'on en est dégoûté. Voilà tout ce que je vous dirai de la cour; M. de Valavez, qui y est, fera le reste. A Paris, il n'y a rien. La reine Marguerite fut , il y a huit ou dix jours, à Notre-Dame-de- Victoire, auprès de Senlis. Le sieur de Villars ' étoit parti à quatre heures du matin , à pied, pour y aller payer un vœu qu'il avoit fait pour elle cependant qu'elle étoit malade. Elle, à deux heures de là, partit eu litière avec' quatre carrosses qui portoient sa suite, et s'en alla le suivre en ce voyage. Je devois aller apprendre sur le lieu ce qui s'y étoit passé, où sans doute il y aura eu, à l'accoutumée, quelque extravagance ;