Il y avait d'abord simplement : « Le Roi étoit en haut, n
allé dîner et n'étoit point encore revenu, afin qu'il le lui présentât. M. de Souvray venu, on fit entrer cet ambassadeur, qui dit au Roi que Monsieur le Prince lui baisoit très-humblement les mains, et lui avoit baillé cette lettre pour lui rendre, avec commandement de l'assurer qu'il étoit son très-humble serviteur. Le Roi répondit : « Que fait-il? comme se porte-t-il? » et là-dessus lut la lettre; puis* dit à M. de Souvray qu'il vouloit aller ouïr vêpres aux Gordeliers, ce qu'il fit sans dire autre chose au comte de Crissey. L'on n'a point encore pourvu aux charges de M. de Ghâteauvieux. La Reine dit, il y a quelques jours, que Monsieur le chancelier lui en avoit parlé pour son frère le commandeur*, mais qu'elle vouloit un cordon bleu et une barbe grise pour chevalier. On attend l'élection qu'en fera Sa Majesté, et croit- on qu'elle ne se résoudra pas sitôt, ou pour le moins qu'elle ne fera pas sitôt savoir son intention. Mlle de Ventadour décéda jeudi dernier, à quatre heures de matin. Le même jour, on envoya un exempt quérir le baron de Benac, qui est entre les mains du parlement de Pau, pour avoir appelé M. de la Force. C'est un grand seigneur de Béarn, qui, avec tout le pays, s'est opposé à la survivance que M. de la Force a eue pour son fils de lieutenant général de ce pays-là. Ils prétendent que par leurs privilèges ils doivent avoir un seigneur du pays, et que si la considération du feu Roi leur a fait accepter M. de la Force, ils ne veulent pas que cela soit tiré en conséquence. De cette querelle générale s'est formée cette particulière pour laquelle M. de Benac ayant fait appeler M. de la Force, M. de la Force, ayant demandé le lieu où il étoit
4. Entre puis et dit, Malherbe a effacé les mots : « sans dire autre chose; » et plus loin, à la même ligue, messe, devant vêpres.
5. Le commandeur de Sillerj. Voyez plus haut, letti-e 87, p. 231, note 6.
4a2 LETTRES A PEIRESC.
pour l'aller trouver, l'envoya prendre et mettre entre les mains du parlement de Pau.
J'avois envoyé quelques livres à Marc- Antoine, que, suivant ma hardiesse ou impudence accoutumée , j'avois mis avec un paquet que l'on vous envoyoit; je vous supplie, Monsieur, me mander si vous en avez rien appris. L'on m'a écrit de Provence que celui qui avoit ensorcelé ces pauvres religieuses est découvert ; mais l'on me mande que vous m'écrirez le reste, ce que toutefois vous n'avez point fait. Je serois bien aise d'apprendre ces particularités de vous, comme du meilleur lieu dont je les pourrois savoir. Souvenez- vous aussi, s'il vous plaît, de Threption^ dont je vous ai ci-devant écrit. J'oubliois à vous dire qu'il y a cinq ou six jours que quelques soldats qui se débauchoient des gardes pour aller trouver Monsieur le Prince furent découverts; et y en eut deux pris. Cela fut dit au Roi, qui demanda ce que l'on en avoit fait; on lui dit qu'on les réservoit pour le retour de M. d'Espernon, qui les feroit pendre*. 5o' répondit : « 6i ' est cruel. » Monsieur, si je savois quelque chose de meilleur, je le vous dirois; je vous baise donc les mains, et vous conjure de me tenir en vos bonnes grâces et en celles de Monsieur le premier président, comme votre très-humble et très-obligé serviteur.
6. A la suite du mot pendre, il y a un quart de ligne écrit en chiffre, qui a été biffé et est entièrement illisible. La petite phrase : c 5o répondit : 6i est cruel, j» est sur une petite bande détachée, qui a été collée à la fin de la lettre.