D'Espernon
i6o. — [aô* mai.]
Monsieur , depuis ma dernière lettre , que je vous ai écrite par le sieur de la Palu, le temps n'a rien produit, si bien que je n'ai sinon à vous remercier de vos honnêtetés accoutumées*. Je fis voir à Mme de Guise ce que vous m'écriviez des amazones de Manosque* ; elle y prit un plaisir extrême, mais il eût été plus grand si vous eussiez conté l'histoire plus particulièrement. Il y a trois ou quatre jours que je baillai à M. de Valavez les articles de la paix et le pouvoir de nos députés pour le vous envoyer ; je crois que s'il ne l'a fait, il le fera par cette commodité. Nous voilà en repos, à bon escient; j'espère que la bonté de Dieu et la sagesse de notre grande reine nous y conservera. L'on avance toujours fort le logement de la petite reine, ou, pour mieux dire, celui de la Reine mère qui sera*, car elle* quittera son appartement d'en haut à la petite reine, et viendra loger à celui d'en bas, qui sera plus magnifique que l'autre. Nous attendons le retour des absents; qui dit qu'ils seront ici bientôt, qui dit qu'ils voudront faire leur quarantaine comme pestiférés; quant à moi, je ne doute point qu'ils n'ayent quelque honte de ce qui s'est passé. Je ferai bien tout ce que je pourrai pour voir leur première arrivée ; et si ce n'est qu'ils viennent à l'habiller de la Reine, je crois que ce plaisir-là ne m'échappera pas. Nous n'avons point encore de nouveau chevalier d'honneur, et ne peut-on deviner à qui la Reine a destiné cette charge. Pour la Bastille, il n'y a non plus rien de résolu ; toutefois il y en
Lettre ifio. — i. Le manuscrit porte : « honnêtetés et accoutumées. »
a. Nous croyons qu'il s'agissait d'une cavalcade que les femmes de Manosque avaient organisée pour aller au-devant du duc de Guise.
3, Qui sera, c'est-à-dire future. — 4. Marie de Médicis.
4a4 LETTRES A PEIRESC.
a qui croyent que M. de Noirestan' l'aura, par la faveur de M. de Villeroy. Vous aurez en un mémoire à part quelques autres particularités. Je viens, il y a environ quatre ou cinq heures, de recevoir vos dernières lettres, avec les nouvelles du traitement fait au comte du Bueil*. M. de Savoie est grand prince ; mais quand Malherbe n'auroit que vingt ans, il ne se résoudroit jamais à le servir. J'ai tout aussitôt envoyé chez mon compère, mais il n'est point chez lui. Dans quatre ou cinq jours, il partira un gentilhomme en poste, par lequel je vous rendrai compte de cette affaire à laqiaelle, ni à rien que vous me mandiez et commandiez , je ne manquerai ni de soin ni de diligence. Je n'ai point encore vu Pierre le savetier, ni par conséquent l'huile que vous lui avez baillée pour m' apporter ; mais quelques faveurs que je reçoive de vous, n'en espérez plus de remerciements , car vous m'avez si souvent obligé que vous avez tari mon éloquence, qui de soi n'étoit guère copieuse. Leurs Majestés avoient déjà nouvelles du partement de Rome de M. de Brèves'; car il y a deux jours que le Roi, en se jouant avec Monseigneur, lui fafsoit la guerre de sa venue ; mais à la vérité il ne s'en étonnoit guère. Je vous ai par deux fois prié de prendre la peine de m'envoyer un extrait d'une certaine inscription antique qui est en la muraille de Notre-Damedes -Lassez, du côté du chemin en venant de la ville. Il me souvient qu'il y a un mot Threption qui m'en a autrefois rendu l'interprétation difficile; je pense en avoir trouvé l'explication. Je vous supphe, Monsieur, commander à quelqu'un des vôtres d'en tirer une copie, et
5. Philibert de Lignerac, marquis de Nérestang, conseiller d'État, maréchal de camp, tué aux Ponts-de-Cé en 1620.
6. Amiibal Grimaldi, comte de Bueil, et son fils venaient d'être jetés en prison par le duc de Savoie, qui les fit mettre à mort en 1621.