Voyez plus haut, lettre 4, p. 7, note
LETTRES A PEIRESC. ag
n'ayons vu le succès de votre ballet, pour en faire comparaison avec les nôtres. Il s'en est fait ici trois ou quatre, je veux dire à la cour; car les enfants de la ville en ont fait plusieurs. Il s'en fait un recueil, et de la course à la quintaine*, où le sieur Conchine' avoit acquis de l'honneur à bon marché, parce qu'en telles choses les tenants ont toujours de l'avantage. Mais par quelques réponses qui furent faites à son cartel, on le défia au dimanche prochain à rompre* en lice, armé ; à quoi, pource qu'il n'avoit point d'aimes ou pour' autres considérations tendantes à la conservation de l'individu, il ne voulut entendre. Cela fut couvert par une défense que le Roi fit de rompre; et pour la même raison, un cartel qu'avoienl baillé M. de Guise ' et M. de Termes, pour rompre en lice, ne fut point disputé. Là-dessus le Roi s'en alla à Chantilly, d'où il est revenu aujourd'hui sur les huit heures. Je crois qu'il est tout exprès venu si matin pour trouver la Reine en lieu où il put faire son appointement, car elle étoit un peu piquée*. Mlle des Essarts *" a fait ce voyage, et a couru à la chasse fort bravement, sous la garde de MM. du Bouillon et de Souvray **. L'on parle de sa faveur diversement.
4. « Pal, poteau ou jacquemart qu'on fiche en terre, où l'on attache un bouclier, pour faire des exercices militaires à cheval, jeter des dards, rompre la lance. Cet exercice est hors d'usage. » [Dictionnaire de Furetière.)
5. Concini, le célèbre maréchal d'Ancre. Malherbe écrit le plus ordinairement Conchin.
6. C'est-à-dire à rompre une lance. — 7. Pour est en interligne.
8. Charles de Lorraine, duc de Guise, mort le 3o septembre 1640.
9. Malherbe avait d'abord écrit piquée de ce voyage, puis il a effacé les trois derniers mots.
10. Charlotte des Essarts, comtesse de Romorantin, maîtresse de Henri IV, puis femme du maréchal de l'Hospital, morte en i65i. Elle porta d'abord le nom de INIlle de la Haye.
1 1 . Gilles de Souvré, gouverneur du Dauphin, maréchal de France, mort en i6a6, à quatre-vingt-quatre ans.
3o LETTRES A PEIRESC.
Quoi qu'il en soit, son train est dressé : le Roi Ta meublée de tapisserie et vaisselle d'argent; pour l'argent comptant et la pension, les uns disent deux mille livres, les autres trois. On dit que le Roi, en ce voyage, a dit qu'il la vouloit marier avec Montaubau*^, qui s'appelle autrement M. de Moissef, les autres tiennent que c'est une calomnie. Notre monde n'est revenu que ^' ce matin de ce voyage, si bien que je n'ai eu loisir d'en savoir rien de plus particulier.
Je crois qu'autrefois vous avez vu M. de la Liègue en Provence. Son fils " se battit, il y a environ quinze jours, avec Bouchereau, écuyer de M. d'Espemon, et se tuèrent tous deux ; Bouchereau demeura sur la place, et la Liègue vécut un jour ou deux. Ce jeune homme pouvoit avoir vingt ans et étoit un des agréables gentilshommes de cette cour, si bien qu'en un siècle pire que celui-ci, c'est-à-dire comme celui du feu Roi, il étoit capable de faire fortune. Il n'avoit qu'un mal, qu'il étoit fort vain et fort présomptueux. Je le voyois tous les jours et lui avois prédit que s'il ne changeoit d'humeur, il ne vivroit pas longtemps ; ma prophétie n'a été que trop véritable ; j'en ai été fort fâché pour la connoissance que j'avois faite à Aix avec son père. Bouchereau étoit celui que M. d'Espernon avoit pris pour son second, il y a un an, quand il fut appelé par M. le prince de Joinville **.
12. Financier dont il est souvent parlé dans Tallemant des Réaux. C'est lui qui a bâti le château de Ruel.
i3. Les mots ne («') et que sont en interligne.