Le mot est écrit ainsi dans l'autographe
7. Devant Ton, le^,maiiuscrit porte les mots ce matiriy effacés.
8. « Quand il s'agit des grands, la folie doit être expiée, aussi bien que la fortune. » C'est une allusion au vers 107 du livre II des Tristes d'Ovide :
Scilicet in Superis etiam fortuna luenda est.
LETTRES A PETRESC. /.ag
fois en la petite montée qui va à la chambre de la Reine,
en cette intention. C'est un homme noiraud, d'envi- ^ '"* ron trente- quatre ou trente-cinq ans, de moyenne taille. Comme il fut mené en la chambre de M. de Vitry, il commença en ses réponses à faire le fou, mais d'une façon que l'on connoissoit qu'il y avoit de l'artifice. Il fut mis nu en chemise pour être fouillé, et alors il se mit à danser; tantôt il s'agenouilloit, tantôt il s'asseyoit. Il commença à s'étonner lorsque le sieur de Fouqueroles, enseigne des gardes du corps, qui est à cette heure en exercice, lui attacha les bras par derrière, et que l'on parla de l'envoyer en prison ; et alors il dit que c'étoit le diable qui l'avoit tenté. Il a été envoyé en la Bastille, du Four-l'Evêque où il avoit été mis premièrement. Il est de Nancy, et avoit tout plein d'affaires en cette ville pour des marchands de Lorraine, comme l'on a vu dans tout plein de lettres qu'il avoit dans un sac de cuir, lequel il avoit quand il fut pris. Tous ces marchands ne parloient point de lui autrement que d'un homme sage. U étoit logé à la Truanderie, chez une Mme Pasté, devant le Puits cl amour. Depuis qu'il est en prison, il a dit qu'il avoit un couteau, mais qu'il l'avoit laissé choir. J'ai su tout ceci de la bouche du sieur de Fouqueroles, qui fut celui qui l'interrogea et tourmenta eu la chambre de M. de Vitry.
Cette après-dînée M. de Praslin est arrivé sur les six heures, comme la Reine sortoit pour aller aux Tuileries.
M. du Maine arriva mécredi , et apporte la promesse de tous ces messieurs de la société, par laquelle ils désavouent M. de Vendôme s'il n'obéit, et se départent de toute l'association qu'ils pouvoient avoir faite avec lui : je crois qu'on n'en viendra point là.
Vous avez vu les articles de paix et les signatures;
43o LETTRES A PEIRESC.
mais elles ne se ' sont pas faites comme cela ; il s'est fait autant de copies comme ils étoient de concurrents en qualité. Monseigneur le Prince a signé en toutes, lui et M. de Longueville en une, et derechef lui et M. de Nevers, puis lui et M. du Maine, en chacun la sienne, pource que nul n'a voulu céder à son compagnon; M. du Bouillon a signé en celle de M. de Nevers, et M. de Luxembourg en celle de M. de Longueville.
L'on s'en va faire les baptêmes de Monseigneur et de la petite Madame : Monseigneur aura nom Gaston, et sera tenu par la reine Marguerite et M. le cardinal de Joyeuse ; la petite*" Madame aura nom Henriette, et sera tenue par Madame et par M, le cardinal de la Rochefoucauld, lequel on attend pour cet effet. Il y aura si peu de cérémonie que la Reine même n'y sera pas *, ce sera dans la chapelle du Louvre,
L'on m'a dit que mécredi dernier on tira de la Bastille quinze cent mille livres, et que depuis on n'a point parlé d'en tirer davantage.
Il y a trois ou quatre jours que Monseigneur étant au cabinet de la Reine, plusieurs, en lui faisant la gueiTe, l'appeloient don Gaston*, le Roi même en fut l'un, M. de Bassompierre et quelques autres ; et à tous il répondoit une même chose, qu'il vouloit bien qu'on l'appelât Gaston, mais non pas don.
Comme M. de Longueville eut vu le Roi, et lui eut tenu compagnie jusques à la moitié de son souper, il s'en alla aux Tuileries trouver la Reine : elle étoit au bout de la grande allée, où elle oyoit chanter le Yillars et un page, que la reine Marguerite y avoit amenés; la Reine
9. Le mot se a été ajouté après coup, en interligne. Trois lignes plus loin, après une, il y a autre, effacé.
10. Les mots la petite ont été ajoutés au-dessus de la ligne.
éloit debout. M. de Longueville, après deux gi-andes révérences, lui baisa le bas de la robe. Elle lui fit signe avec la main qu'il se relevât, ce qu'il fit, et se retira deux pas en arrière sans dire mot quelconque. Lors la Reine lui dit : « D'où êtes-vous parti aujourd'hui? >• Il répondit qu'il étoit parti de Trie, à cinq postes d'ici. Puis elle lui dit que la barbe lui étoit venue, et qu'il la falloit couper : ce fat là tout le discours. La Reine étoit masquée, qui fut cause que l'on ne put rien juger de sa passion par son visage.
i6a. — A Paris, ce lo* juin.
Monsieur, à la fin, à la fin, j'ai arraché le pourtraitdu Roi des mains de notre compère ; M. de Valavez le vous envoyé par ce porteur. Je crois que si vous n'êtes content de la diligence, vous le serez du reste, car il me semble fort bien fait. Quant aux nouvelles, vous n'en aurez point en celle-ci, car le porteur est Pierre le savetier, qui ne partira possible d'ici à quinze jours, et en sera vingt par les chemins ; de sorte que la marée ne sauroit être fraîche quand il arrivera. M. de la Verdière*, qui part tous les jours, ou le premier qui s'en ira en poste, vous portera ce que nous en aurons. Il me fut hier donné un petit liviet par son auteur, qui est M. le Maistre *, premier médecin de Monseigneur et de Mesdames; je le vous envoyé : vous y apprendrez des curiosités dont vous ne serez point marri. Le quelqu'un dont
Lettilb i6a. — I. Jean de Castellane, sieur de la Verdière, député de la Provence aux états généraux.
a. Probablement Rodolphe le Maistre, l'auteur du iV^^^rva/t/" </« fièvres malignes de ce tenu, 16 19, in-ia.
il fait assez souvent mention est M. Petit, qui fut, après M. Laurens, premier médecin du feu Roi; puis s'en lassa, et aima mieux être ce qu'il est aujourd'hui, médecin ordinaire de la Reine * . Ces deux hommes, comme vous verrez, ont toujours été mal ensemble. Hésiode pouvoit dire xa\ larpoç larpS, aussi bien que aoiâo; àotSûi * . C'est une maladie commune à toutes personnes de même profession. J'ai reçu la petite boîte qu'il vous a plu m'envoyer, dont je vous remercie, avec honte d'un si grand nombre d'obligations. Je vous remercie aussi de l'épitaphe et de l'interprétation que vous lui donnez, qui est, à mon jugement, très-véritable*. J'avois toujours été en peine de ce mot Threption ; mais certainement, comme vous* dites, ce n'est du tout rien que le nom de ce C. Voratius, et ne crois point qu'il y ait de mystère pour la relation de Paternus à Threption^ que j'ai toujours pris pour alumnus passif ou actif, comme en latin alumnus est l'un et l'autre'. Ce qui memettoiten peine, c'est que je ne savois pas, comme depuis je l'ai appris, et comme vous le dites fort bien, que Threption fût un surnom, n'ayant pu croire que ces noms grecs, qui se donnoienl ordinairement aux affranchis, se communiquassent aux gentilshommes et citoyens romains.