‹ Œuvres complètes;Chapitre 315 sur 436 · A Paris, ce 4* de juillet · texte numérisé non relu

A Paris, ce 4* de juillet

Monsieur, ce n'est point ici pour vous donner des nouvelles; M. de laVerdière les sait toutes, vous les apprendrez de lui * : c'est seulement pour exercer ma diligence, et me garder de tomber en cette malheureuse paresse à laquelle je suis si porté de mon inclination. La cour s'en va demain à Orléans; pour moi, je ne bouge de Paris', à cause des années passées. Il est temps de me choyer; encore je me doute qu'avec tout mon soin et toutes mes étaies , le bâtiment ne sauroit pas être longtemps sans aller par terre. Je ne crois pas que le voyage d'Orléans soit long. Monsieur le Prince, quand ces Messieurs de Poitiers lui refusèrent les portes, leur demanda leur réponse par écrit * . Cette procédure me fait croire que tout se passera par les voies de la justice. Ces méchantes gens de Poitiers lui dirent qu'ils ne savoient ni lire ni écrire, mais qu'ils savoient bien tirer; ils ajoutèrent à cela que Monsieur le Prince prît à témoins de ce refus quelques écoliers qui étoieut là. Ne le croyez pas, mais croyez , s'il vous plaît , Monsieur, que je suis toujours votre très-humble et très-affectionné serviteur.

4 juillet.

Aujourd'hui, sur les cinq heures de soir, je suis parti du Louvre , où les nouvelles étoient que la Reine part

Lettre 164. — i. Dan» l'autographe, vous est précédé de duquel, effacé ; de lui a été ajouté au-dessus de la ligne.

2. De Paris est en interligne, et des années passées a été substitué à de mes années.

3. Les habitants de Poitiers, excités par leur évêque Henri-Louis de Chasteignier, avaient au mois de juin blessé quelques hommes de la suite du prince de Condé, lui avaient refusé l'entrée de leur viUe, s'étaient barricadés, et avaient chassé leur gouverneur. Voyez plus loin, p. 441; voyez aussi le Mercure, i6i4, p- 45 et suivantes, et le

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demain et s'en va coucher à Dolinville*, dimanche à

Etampes, lundi à Toury et mardi à Orléans. M. du Maine s'en va de sa part trouver Monsieur le Prince pour l'amener', il part demain en poste. Il a fort prié la Reine de ne bouger de Paris, et l'a assurée qu'il lui amènera Monsieur le Prince. La Reine a répondu qu'il lui sera encore plus commode de venir à Orléans qu'à Paris. La Reine, en toutes façons, quoi qui arrive, et quoi qu'on lui die, est résolue à ce voyage. Je lui ai ouï dire qu'elle ne veut parler à personne qui vienne de la part de Monsieur le Prince, mais qu'elle veut que lui-même vienne lui remontrer ce que bon lui semblera.

Messieurs du parlement, aujourd'hui sur le midi , la sont venus voir. J'étois lors chez Mme la princesse de Conty, de manière que je n'ai fait que les voir passer au travers de la cour. Un qui y étoit présent m'a dit que la Reine ne leur a nullement parlé de Monsieur le Prince, mais bien de M. de Vendôme; qu'elle s'approchoit de lui pour le faire obéir, suivant les articles à Sainle- Menehould. Je crois que cet acheminement sera un grand avancement aux affaires de Bretagne, et décidera celles de Poitou.

Vous aurez vu , dans la lettre que Monsieur le Prince écrit à la Reine, dont M. de Valavez vous envoyé la copie, qu'il y est fait mention d'un nommé la Fraiselière ' ; il est depuis trois ou quatre jours en cette cour. Je me trouvai hier devant la Reine auprès de lui , où je m'informai de toute cette affaire, qui me la conta comme

Procès-verbal de la révolte faicte par Messieurs de Poictiers à leur gouverneur, Monsieur le duc de Roannes, ifii6, i6 p. in-8°.

4 Ollainville , où Henri III avait bâti un magnifique château, à une demi-lieue environ d'Arpajon (Seine-et-Oise).

5. Probablement Isaac Frezeau, marquis de la Frezelière, maréchal de camp, tué au siège d'Hesdin le a8 juin ifiSg.

Monsieur le Prince la conte, hormis quelques particularités qu'il y ajouta. Le duc de Roanoys*, qui est gouverneur particulier de Poitiers, fut prié de sortir, pource qu'ils eurent opinion qu'il étoit partisan de Monsieur le Prince , et comme tel avoit dîné chez M. de Sainte- Marthe', qui est du même parti, où il avoit dit qu'il falloit pendre ces séditieux. Ce Sainte-Marthe, qui est maire de la ville, le procureur du Roi du siège présidial, et quelques autres, jusqu'au nombre de huit ou dix, qui étoient tous suspects d'être pour Monsieur le Prince , sont aussi sortis volontairement. Vous orrez dire que Monsieur le Prince a cinq ou six mille hommes de pied et deux mille chevaux ; vous réduirez tout cela à trois cents chevaux , au dire de la Fraiselière , et à cent vingt, au dire d'un autre qui dit en être parti depuis deux jours et être venu en poste. De sa façon de vivre, on en parle diversement : qui dit qu'il paye, qui dit le contraire.

M. le marquis de Gœuvres n'est point encore de retour, et, qui plus est, il n'a point écrit. Je crois que cet approchementne plaira guère à M. de Vendôme '. Si quelqu'un vous veut faire croire que la brouillcrie de Poitiers soit quelque chose, moquez-vous-en. Je crois que vous avez su que Mme de Remiremont', sœur du landgrave, qui

6. Louis Gouffier, duc de Roannès, né le a5 novembre i575, mort le ifi décembre 164a.

7. Gaucher Scévole de Sainte-Marthe, président et trésorier de France dans la généralité de Poitiers, mort le 29 mars 1623, à quatrevingt-sept ans.

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