Montigny
10. Probablement Georges d'Aubusson, comte de la Feuillade, lieutenant des chevaa-légers de la garde de Marie de Médicis, mort en i6a8.
valet de chambre et Montabene, qui est celui qui tua Prety et Condamine en deux duels, et ne se trouvant point encore à cette heure, Ton croit qu'il a été appelé. Le gentilhomme de M. de LongueviUe a été ce matin mené par M. du Maine au Roi et à la Reine, et leur a juré qu'il n'a fait aucun appel , d'où il se rapporte à ce qu'en dira M. le maréchal d'Ancre. Toute la cour a été à cheval de grand matin à le chercher; mais on ne Ta point trouvé, tellement que tout le monde est revenu.
La Reine a envoyé M. de Veutadour vers Monsieur le Prince à Saint-Maur, pour lui conter cette affaire. Il s'est retiré là, pource que la Reine devoit se faire saigner et prendre médecine, à quoi il faudra trois ou quatre jours. Ce matin elle a été saignée, qui est cause que l'on ne l'a pu voir. M. de Valavez vous a écrit la venue de Monsieur le Prince, je n'y ajouterai rien, sinon qu'il y a une chose où il y a diverse leçon. L'on a dit à M. de Valavex que lorsque Monsieur le Prince entra au carrosse du Roi**, MM. de Courtenvaux et de la Roche-Guyon, qui y étoient auparavant, montèrent à cheval sans rentrer en carrosse, et laissèrent Monsieur le Prince seul à la portière. Le valet de pied qui baissa la portière et la haussa dit que M. de Courtenvaux rentra au carrosse, et demeura près de Monsieur le Prince. Le Roi étoit au devant du carrosse, et avoit M. d'Elbeuf d'un côté , et M. de Verneuil de l'autre. J'avois hier commencé à en demandei- des nouvelles à M. de Souvray; mais le Roi l'appela, tellement que je n'en pus rien apprendre. Comme Monsieur le Prince eut salué la Reine, c'est-à-dire baisé le bas de la robe, ce qui fut au pied du grand degré, la Reine monta soutenue par ses écuyers. Monsieur le Prince allant de-
II. Le prince de Condé, en revenant en poste à Paris le ag septembre, à cinq heures du soir, avait rencontré, rue de ia Tixeranderie, le Roi, qui l'avait fait entrer dans son carrosse.
vant, elle lui disoit quelque chose de fois à autre. Etant en haut dans la salle, et ayant ouï que Madame étoit derrière lui, il se retouraa et lui alla baiser aussi la robe, puis s'en revint à Mme la princesse de Conty, qu'il baisa, et lui dit qu'il iroit lui rendre cet honneur chez elle ; de là il s'adressa à Mme la comtesse de Soissons, et l'ayant baisée, lui dit qu'il s'en iroit souper avec elle, ce qu'il fitc De là ils entrèrent au cabinet du conseil, où ayant trouvé Mmes de Guise, d'Elbeuf, et de Montmorency, il les salua, en commençant, ou fortuitement ou exprès, par Mme de Montmorency. Un peu après entrèrent MM. de Guise, de Joinville, et de Raiz, qui se saluèrent avec bonne mine de côté et d'autre. L'on a remarqué qu'allant au cabinet de la Reine, Monsieur le Prince dit au Roi qu'il le trouvoit extrêmement crû. Le Roi lui répondit qu'il étoit crû de corps et encore plus de courage. M. de Vendôme se guérit de sa petite vérole; elle est fort appréhendée par nos dames. Le jour devant la majorité, M. de Vendôme écrivit à la Reine; elle ne voulut pas prendre la lettre, et commanda qu'on la baillât à M. Phely peaux, son secrétaire.
Lundi on fit un conte à la Reine à son dîner, que Monsieur avoit demandé quand on le déclareroit majeur. Le sieur de Marillac, à qui il faisoit cette demande, lui répondit que l'on ne faisoit cela qu'aux rois. Lors il demanda s'il y avoit point d'autre royaume que la France; on lui répondit qu'oui, mais qu'il y avoit des rois partout. Il demanda s'il y avoit pas un royaume de Turcs ; on lui dit qu'oui; et alors il dit : « C'est bien; mais que je sois grand, je vous eu rendrai bon compte. »