Voyez le Mercure, tome III, p
vue, car il y a une presse aussi grande qu'à un ballet, et • n'y a pas tant de plaisir. La Reine a dit qu'elle veut payer ce que légitimement elle devra ; et que si elle ne le faisoit, elle auroit peur qu'elle ne la vînt tourmenter de nuit. Elle fait cas que les dettes n'iront qu'à* quatre cent mille livres; mais l'on tient qu'elle doit plus de deux cent mille écus. Ce matin, la chambre de la Reine étoit si pleine de ses créanciers , que l'on ne s'y pouvoit tourner. Le Roi, la Reine , Monsieur, Mesdames, et toute la cour, porteront le deuil; l'on parle du voyage de Fontainebleau; mais il n'est pas encore bien résolu. A. propos, ou hors de propos, il faut que je vous die qu'il y a sept ou huit jours que, comme l'on parloit du voyage de Bayonne, la Reine demanda à Madame ce qu'elle feroit si, lorsqu'elle sera en Espagne, le père la vouloit épouser, au lieu du fils, comme avoil fait Philippe II de Madame Elisabeth, qu'il prit pour lui, encore qu'elle eut été menée pour le prince Cliarles' ; elle répondit qu'elle ne le vouloit point, pource que ses enfants ne seroient pas rois, et qu'elle vouloit qu'ils le fussent. Voilà , Monsieur, tout ce que je vous dirai pour cette heure , qui n'est qu'un petit supplément à ce de quoi M. de Valavez ne se souviendra pas.
Votre serviteur très-humble et très-obligé.
i83. — A Paris, ce a8« d'avril.
Monsieur, M. de Montmeilan* s'en retourne, qui vous dira toutes nos nouvelles : il pourra être long sur les
8. Malherbe avait d'abord ainsi rédigé le commencement de cette phrase : « Elle fait cas qu'il n'ira qu'à quatre cent mille livres : mais l'on tient qu'elles iront à, etc. » Huit lignes plus bas, il a effacé d Espagne pour y substituer de Bayonne.
9. Don Carlos. — Après Charles, l'autographe porte son fils, biffé. Lettre i83. — i. Roland de Castellane, seigneur de Montmeyan
autres occurrences ; mais sur ce qu'ils ont fait aux états il le vous pourra dire en un mot. Je suis en peine de n'avoir point de nouvelles de ma femme, et certainement ce m'est un trouble qui me garde autant de vous écrire que nulle autre chose. Je vous fais une gazette, que vous aurez quand j'aurai l'esprit plus libre ; les nouvelles qui y seront les premières seront vieilles quand j'y mettrai les dernières, mais peut-être y aura-t-il des particularités que vous n'aurez pomt encore entendues. Hier au matin le sieur Cramoisy me vint voir, avec votre lettre, à qui je rendis les trois cent vingt-neuf livres huit sous que vous aviez baillées à ma femme, comme je crois qu'il le vous a écrit. Vous me ferez l'honneur, s'il vous plaît, de lui bailler encore cinquante écus , et je les rendrai tout de même ou au sieur Cramoisy ou à celui que vous m'ordonnerez. La principauté de Mme la princesse de Gonty s'appelle Château-Renaud % à deux lieues de Sedan, et autant de Mézières ; c'est un vieil château ruiné ', où l'on voit encore la tour de Maugis et l'étable de Bayard. Le domaine est de dix mille écus de revenu ; sa justice souveraine est à Paris, par permission du feu Roi. Pour récompenser cette courte lettre, vous aurez, Dieu aidant, au premier jour une relation que fait exprès pour moi un de mes amis qui a été en Espagne au voyage de M. le commandeur de Sillery. Adieu, Monsieur : je suis toujours votre serviteur très-humble et très-affectionné.
(et non Montmejeu, comme l'écrit le Mercure); il avait été député de la noblesse de Provence aux états généraux. Voyez ci-dessus, p. 467, note 10.