Voyez plus haut, p
55o LETTRES A PEIRESC.
colère de la prise de Bourrelon et de la hardiesse des huguenots d'avoir arrêté ses paquets. Je ne pensois pas que il y eût plus rien au Poitou pour ces gens-là. Si M. de la Rochefoucauld est dans le pays, c'est de la besogne pour lui : je prie Dieu qu'il nous délivre pour une bonne fois de tous ces persécuteurs. Si cette occasion s'en perdoit, je ne pense pas qu'elle se pût jamais recouvrer.
J'oubliois à vous dire qu'il y a à une lieue d'ici une abbaye où l'on m'a dit qu'il y a une bibliothèque de deux cents pas de long; celui de qui je le tiens n'est pas homme de lettres, mais l'abbé est de mes amis : quand il sera de retour de Rouen et de Paris, où il est à cette heure, je Tirai voir pour apprendre ce qui en est. Ils ont aussi force Chartres anciennes, dont les copies ont été produites en un procès qu'il a contre ses religieux; je crois qu'il ne me les refusera pas : si cela est, je les vous envoyerai tout aussitôt pour en faire part à M. du Chesne et autrement en* disposer comme il vous plaira. J'ai reçu celles que vous m'avez envoyées , et les ai déjà rendues, afin de rendre ces messieurs-là plus prompts ou moins difficiles à nous faire voir le reste , comme certainement je les y vois de fort bonne volonté.
Monsieur, je me recommande de tout mon cœur à vos bonnes grâces, et prie Dieu qu'il vous ait en sa trèssainte garde.
Votre plus humble et plus afîectionné serviteur.
8. Malherbe avait d'abord écrit ; « et autrement disposer, etc. ; » puis il a ajouté en dans l'interligne.
LETTRES A PEIRESC. 55i
ao8. — A Caen, ce 17* d'août'.
Monsieur, je vous crie merci de vous avoir écrit sans date : ce n'est pas ma coutume ; une autre fois je serai plus considéré*. Je suis fort satisfait des raisons que vous m'avez apportées sur la difficulté que je vous avois faite. Aussitôt que je serai hors de la besogne que j'ai entreprise, j'y mettrai la main sans intermission : je le vous ai promis, je le vous promets encore. Depuis ma dernière lettre, ces religieux de Saint-Etienne m'ont baillé une bulle du pape Honorius, que je vous envoyé: vous jugerez SI c'est chose qui vaille, j'ai bien peur que non-, mais de quoi reconnoîtrois-je tant de peine que je vous donne ordinairement? L'abbé dont je vous avois parlé est de retour de Paris; je me suis informé de la bibliothèque de son abbaye, dont un malhabile homme m'avoit tant fait de cas; mais il m'a dit que ce n'est du tout rien, que il n'y a pas un seul manuscrit, et que ce sont tous livres achetés depuis quinze ou vingt ans. Je vous remercie très-humblement de vos nouvelles. Je dînai hier au château, où je les fis voir à M. le marquis de Mauny, qui en étoit aussi affamé que moi. Je crus aisément, et lui aussi, celle du nouveau superintendant des finances ' ; l'emploi que l'on avoit fait de M. le comte de Schomberg* me l' avoit fait soupçonner il y a longtemps. Mais pour une autre que l'on nous a dite, et qui a été écrite de Paris à une dame de ce pays, qui est que M. de Monts,
Lettre 208. — i. Voyez p. 544 j ^ote i, et p. $47, note i, a. Considéré, attentif.
3. Jean Bochart de Champlgny, premier président du parlement de Paris, fut appelé à la surintendance des finances en i6ai. Je ne sais si c'est de lui que Malherbe veut parler.
4. Henri de Schomberg, maréchal de France (i625), avait été fait surintendant des finances en 1619, mais en 162 1 il exerçait un commandement important dans l'armée du Boi.
i6ai «•oaseiller en votre parlement, étoit garde des sceaux, je ne la crois pas si aisément; c'est une charge où la probité ne suffit pas; et d'ailleurs j'estime ce bonhomme si peu touché des vanités, qu'on lui feroit déplaisir de le tirer du repos où il est pour l'attacher aux tumultes de la cour. Le passager et le pilote sont tous deux en même vaisseau, mais ce n'est pas pourtant une même chose. Adieu, Monsieur : je ne sais plus que vous dire, sinon vous prier de m'aimer toujours, et me tenir pour votre très-humble et très-affectionné serviteur,
Malherbe.
J'espère être dans quinze jours ou trois semaines à Paris, où, suivant la disposition où j'y treuverai les affaires, je pourrai bien me résoudre à vous accompagner en Provence.
Hnyrf erprhrahee trarenya qre prfgrfx hxyyra me dit l'autre jour en bonne compagnie que zbaafxrhep qra exrmaS lui avoit dit que habhffx craXfxrm? avoir fbae rh|j.^rfp:pura, mais que ahbhfe hbahf gebzcxrme bien, et se tournant vers [jiazbla zre qxfga xy anxzrea threrfay^ zbaefxarhe qr crxerfdad * .
5. Peiresc n'a pas traduit ce paragraphe, mais nous arons pu le déchiffrer, au moyen de la clef donnée plus haut (p. SaS, note 6). Les lettres grecques intercalées ne comptent pas ; elles marquent pour la plupart des fins de mots ou au moins de syllabes. Voici le sens des cmq lignes : Vales reccueur général de ceste ville me dit l'autre jour en bonne compagnie que Monsieur de Riez (voyez p. 4 19, note 9) lui avoit dit que vous pensiez avoir son euesché, mais que vous vous trompiez bien, et se tournant vers moy me dist : « // n'aime guères Monsieur de Peiresq. » — Devant les deux derniers de ces mots chiffrés, Malherbe avait d'abord écrit, puis il a effacé, les lettres que voici : a de pealeXXrfdaXs ; j c'est le nom de Pejresq, écrit en chiffre, et mêlé de ettres grecques insignifiantes, à partir de yresq.
*o9- — [A Caen,] ce i" d'octobre.
Monsieur, ^devant la réception de votre lettre du 22^ du passé, nous avions la malheureuse nouvelle de la mort de M. du Maine*, mais on diiféroit de la croire, jusques à ce que vous l'eussiez écrite. Pour moi *, qui voyois tous les sujets du monde de l'appréhender, pour les hasards où il se précipitoit, il faut que je dise inconsidérément, je la crus tout aussitôt qu'elle me fut dite. Voici certes une très-mauvaise année : Dieu veuille que celle qui vient nous soit meilleure! Si M. d'Angoulême a le gouvernement de Guienne, je crois que votre vertu ne treuvera pas moins de recommandation envers lui qu'envers M. du Maine. L'intendant de sa maison, nommé M. de Crosille, est parent d'un gentilhomme qui est le mien, et peut-être seroit-il le mien lui-même si j'avois fouillé bien avant dans nos généalogies : les prières qui lui seront faites de cette part-là pourront encore ajouter quelque chose à la faveur que votre mérite aura de lui-même.
Je plains le pauvre M. Barclay *, et encore plus que lui le siècle qui a perdu un si galant homme. Nous ne manquons point d'exemples de la fragilité humaine; mais je ne mets pas cettui-ci entre les ordinaires : tant y a que nous sommes tous mortels; ce qui échappe cette année est réservé pour quelqu'une de celles qui viennent après. Il faut, tant que nous pouvons, détacher nos affections du monde, pour avoir moins de regret d'en partir quand nous serons appelés ; je n'y vois point d'autre remède. Je pensois* être à Paris dans huit ou dix jours ; mais je
Lettre 10g. — i. Henri, duc de Mayenne et d'Aiguillon, avait été tué au siège de Montauban le 17 septembre 1621.
a. Moi est écrit dans l'interligne, au-dessus de le moins, effacé. Devant voyais, l'autographe porte les mots crains tous, également effacés.