Près de Condé-sur-Noireau (Orne
8. Malherbe avait d'abord écrit : « qui fut apporté ici et inhximé. »
au matin. Au pied de la montée il se treuva un vieil gen- • tilhommequi* tira un coup de pistolet à Montchrestien, et le tua ; il y eut aussi un valet de Montchrestien blessé d'un coup de carabine au genou, dont il tomba et fut fait prisonnier : les autres cinq échappèrent par une fenêtre. On dit que Ton en a treuvé un mort à une lieue de là. Montchrestien a été ou sera mis sur la roue, tout mort qu'il est*". Le mal de tout ceci est que celui qui avoit ses mémoires, nommé Rochefontaine, qui avoit été gendarme du comte Maurice, s'est sauvé, et n'a-t-on treuvé sur. Montchrestien autre chose qu'un billet, qui étoit dans son cordon , où il y avoit seulement écrit en chiffre sept mille sept cent soixante et dix-neuf ; mais de savoir ce que cela vouloit dire, il n'y a moyen : son valet même ne le sait pas, ou ne l'a pas voulu dire. Voilà la fin de Montchrestien. Vous le pouvez avoir vu à la suite du conseil , il y a , ce me semble, deux ou trois ans. Il a fait un livre de tragédies en vers françois ; je crois que c'étoit ce qui lui avoit donné sujet de me venir voir deux ou trois fois. Il étoit homme d'esprit et de courage, dont il avoit fait preuve en d'autres occasions qu'en celle-ci. Je me trompe ou il donna en ce même temps-là un livre in-4° de sa façon**, assez gros, à Monsieur le garde des sceaux, et me semble que le sujet de son livre étoit du commerce, ou de quelque chose pareille**. Il étoit fils d'un apothicaire de Falaise, et dit-on que le nom de sa maison étoit Mauchrétien; mais que pource*' qu'il ne lui plaisoit pas, il l'avoit changé en Montchrestien. Les Tou-
g. Après qui, il y a lui, biffé.
10. Son cadavre fut apporté à Rouen et brûlé. Voyez le Mercure^ p. 8i3.
11. De sa façon a été ajouté dans l'interligne. 11. Voyez plus haut, p. 556, note fi.
i3. Entre pour et ce, l'autographe porte le mot éviter, effacé.
jg^ j railles" s'appelle en son surnom Turgot^ et est des ordinaires du Roi , neveu d'un maître des requêtes, que vous pouvez avoir vu, nommé Saint-Clair. Voilà l'histoire de Montchrestien, que je vous ai dite assez au long, pource que je me doute bien que, selon la coutume, on vous aura conté des chimères là-dessus : tant y a que par sa mort nous croyons être en repos en Normandie. De toutes les apparences de brouillerie , la plus forte est, à mon avis, le déménagement de Madame la Princesse; mais je vois si peu de circonstances pour fortifier le soupçon que l'on peut avoir de ce côté-là, que j'aime mieux croire que Monsieur le Prince, voyant que le Roi est pour ne revenir pas de cet hiver à Paris, et n'y voulant pas demeurer en son absence**, a mandé Madame sa femme et ses enfants, pour vivre, ou à Châteauroux", ou ailleurs, en bon père de famille. Pour le retour de M. de Guise en Provence, je n'en sais que dire ; et ce qui me trouble le plus, c'est qu'il me semble que l'on ne parle plus de l'armée navale, dont il devoit avoir la charge. Dieu donne aux bonnes intentions du Roi de bons événements ! Montauban pris, je ne crois pas que nous ayons plus rien à craindre. Bonsoir, Monsieur ; c'est trop d'importunité : excusez-m'en, s'il vous plaît, et me tenez pour votre très-humble et très-ajQectionné serviteur,
Malherbe.
Si M. de Saint-Clair, maître des requêtes, me tient
14. C'esl-à-dire le seigneur de» Tourailles. Le ministre Turgot appartenait à cette famille.
15. Au lieu de demeurer en son absence, Malherbe avait d'abord mis: ce venir en l'absence du Boi. » Deux lignes plus loin, il a ajouté bon devant père, au-dessus de la ligne.
16. Nous avons dit plus haut, lettre 190, p. 607, note 2, qu'il avait acheté en i6i3 le comté de Châteauroux.
LETTRES A PEIRESC. SSg
promesse, j'espère que je vous porterai quatre médailles fort antiques. Mais j'ai peur que ne s'y connoissant non plus que moi, il n'estime beaucoup ce qui ne vaut guère.
an. — A Caen, ce a* de novembre.
Monsieur, il n'est pas de nos messagers comme de ceux des autres universités, qui ont leurs journées réglées : les nôtres n'ont ni gages ni privilèges, et par conséquent ils font leurs voyages quand bon leur semble ; mais pour cela ils ne laissent pas d'être souvent à Paris , et sans un malheur extraordinaire il est malaisé qu'on aille au Fer à cheval^ ^ sans y en treuver quelqu'un. Je suis très-marri de la peine que cela vous a donnée, comme je vous suis très-obligé du soin que vous y avez apporté. Je n'ai rien à vous dire en revanche de vos nouvelles, sinon que lundi aS* du passé furent amenés' en cette ville sept des camerades' de Montchrestien, desquels son valet étoit l'un ; le principal de tous étoit un nommé les Ventes, que l'on dit avoir eu quelque part en ses conseils ; les autres étoient gens de peu, et presque tous parents de Montchrestien. Le lendemain* ils furent menés par le prévôt à Rouen, où, si les fêtes ne leur ont allongé la vie , je crois qu'ils sont déjà pendus. On leur a treuvé, à ce que l'on dit, quelques commissions pour lever des hommes. Je vous en envoyé une copie, que je crois que vous serez bien aise de voir, sinon que vous l'ayez déjà vue. Les médailles
Lettre an. — i. Hôtellerie, située dans la rue Auhry-le-Boucher. — Malherbe avait d'abord écrit : « il est malaisé que le Fer à cheval se treuve sans quelqu'un. »
a. Furent amenés a été substitué à passèrent.