LETTRES DE M. DU BOUILLON A PEIRESC
I — De Caen, ce 28» jour de juillet i6%i.
Monsieur, j'avois pris la hardiesse de vous écrire un mot de lettre, pour apprendre de vous quelques nouvelles de mon cousin Malherbe, parce qu'il en étoit venu ici de très-mauvaises qui m'avoient donné de très-grandes inquiétudes. Les siennes m'ont soulagé l'esprit de cette appréhension, et ont converti mon déplaisir en un excès de joie; mais ce qui me le redouble encore plus est le témoignage qu'il vous plaît me rendre de votre bienveillance : j'avoue que j'en dois le remerciement à votre bonté, car je ne l'ai jamais méritée par aucune sorte de service; mais pour l'avenir je tâcherai de l'entretenir et de la cultiver par mes très-humbles devoirs de respect et de submissions. Je regrette que je ne suis en lieu ou en assez bonne condition pour faire paroître le ressentiment que j'ai de cette obligation; mais n'osant l'espérer, vous me permettrez de le souhaiter : la sincérité de mon affection suppléera au défaut de ma mauvaise fortune. En attendant que j'aurai l'honneur de vous en donner les
I . Ces lettres se trouvent dans le tome I du manuscrit de la Bibliothèque impériale, aux numéros 124, laS, 122 et 128, et dans le tome II, au numéro afi ; elles ont été écrites à Peiresc, qui était resté à Paris pendant le voyage de Malherbe en Provence. M. du Bouillon était un cousm par alliance de Malherbe. Nous en reparlerons dans notre quatrième volume. — Notons en passant que Malherbe n'appelle jamais le duc de Bouillon autrement que du Bouillon, comme son cousin.
Sj^ APPENDICE.
assurances de bouche et en présence, celle-ci préviendra mon devoir* ; car j'espère partir vendredi de celte ville pour aller à Paris prêter le serment de trésorier de France, devant Monsieur le chancelier'^. Là je jouirai du bonheur de votre entretien. Entre temps', je vous dirai que vos bonnes nouvelles avancent le service du Roi, car les esprits étoient déjà préoccupés de cette mauvaise impression qu'avoit donnée le bruit de la venue du comte de Mansfeld. Nous avons été travaillés en cette province de Tappréhension de l'armement des Anglois : cette peur nous fut apportée si chaude, que toutes les communes se sont assemblées pour défendre leur côte. Il est venu des Anglois naturalisés qui s'étoient retirés au commencement de ces troubles , qui ont levé cette terreur panique ; ils nous ont assuré que M. de Soubise se promène à Londres comme un gentilhomme qui voyage à petits frais. M. de Longueville est venu ces jours passés visiter les villes de son gouvernement en la basse Normandie. 11 a changé le lieutenant de Cherbourg, ville maritime, pour s'être vanté d'avoir refusé cinquante mille livres de sa place ; il a craint que cette forte tentation ne l'emportât : en matière d'Etat, qui délibérant desciçerunt'' . Je regrette qu'en contréchange je ne vous puis mander autre chose; mais le pays étant petit et stérile, il ne porte pas grand fruit. Je clorai donc la présente de mes très-humbles baise-mains, et demeu-
Lettrk I. — I. Devoir a été substitué à dessein.
2. Les sceaux étaient tenus depuis le 24 décembre 1621 parMéri de Vicq, seigneur d'Ermenonville, qui mourut près de Montpellier, le 2 septembre 1622.
3. Entre temps , en attendant. Il y a entre tant dans le manu> scrit.
4. « Délibérer c'est être déjà rebelle. » (Tacite, Histoires, livre II, chapitre lxxvii.)