NOTICE PAR M. BAZIN
chagrin chez un vieillard qui, même dans un temps meilleur, n'écrivait jamais qu'à contre-cœur, ce dont, pour notre part, nous sommes loin de lui faire un reproche*.
Il n'est pas sans intérêt, en ouvrant ce volume de lettres, de savoir quelle était, à l'époque où commence la correspondance, la condition de celui qui écrit et de celui à qui les lettres s'adressent :
1° François de Malherbe, âgé de cinquante ans, avait quitté depuis six mois la Provence, où il laissait sa femme et son fils, pour venir chercher fortune de poète et de courtisan à Paris.
2° Nicolas- Claude Fabri de Peiresc, âgé de vingt-six ans, fils d'un conseiller à la Chambre des comptes d'Aix et neveu d'un conseiller au parlement de cette ville , reçu depuis deux ans docteur en droit, achevait, en attendant une charge*, son éducation scientifique et littéraire par des voyages dans toutes les parties de l'Europe et parla fréquentation des hommes doctes.
La différence d'âge entre l'un et l'autre rend plus remarquable le ton de déférence et de respect que le plus vieux, assez peu complaisant de sa nature, conserve toujours avec le plus jeune.
Au commencement de 1606, Peiresc est à Paris « fort occupé, » comme il le dit dans une lettre à Joseph Scaliger, du 1 5 février, « d'un fâcheux procès où il s'agit, pour sa famille, de cinquante et tant de mille francs qu'on lui demande, » ce qui n'ôte rien du reste à son active curiosité.
Bazin.
I. La France littéraire de M. Quérard dit que M. de Fortia possédait un recueil manuscrit de lettres inédites de Malherbe à Peiresc. Nous avons appris, à nos dépens, que cela n'est pas. Le manuscrit de M. de Fortia, qui est en notre possession, ne contient que les lettres imprimées en 1622. Seulement il a été fait, sans aucun doute, avant l'impression de ces lettres : on y trouve la plupart des passages omis par l'éditeur, quelques lettres même qui manquent maintenant au recueil autographe. 11 peut, jusqu'à ui, certain point, remplacer celui-ci, et ne deviendrait complètement inutile que s'il se faisait une édition exacte de ces précieux documents, ce qui n'est pas à espérer. {Note de M. Bazin.)
a. Voyez la note i de la p. 43. (Lud. L.)