‹ Œuvres complètesChapitre 15 sur 237 · A L' ACADEMIE FRANÇAISE. M · texte numérisé non relu

A L' ACADEMIE FRANÇAISE. M

initiative lsI cl un puëte; mais, au lieu de remplir la scène par des oppositions de mœurs et des péripéties tirées des enti^ailles de la matièi'e, il a été contraint d'imairiner une froide conspiration et un amoui' \)\u< froid encore : Siinéon est le rival de son frère Jose[>li . et complote contre lui. Quant au style , c'est celui de l'époque, avec les mérites particuliers de M. Baour-Loimian : trop majestueux, quelquefois cependant naturel, et toujours musical.

Messieurs, je ne ciois pas dénaturer cet éloiïe en y mêlant des criti(|ues; il m'a semblé que des l(juani^^es banales ne seraient pas un hommaije sérieux . et que je devais cette preuve de considération à mon prédécesseur, (rexaminer la valeur de ses ouvra,ues en euxmêmes et dans leurs rapports avec le goût contemporain. 3Iais. s'il est vrai que la tragédie (ÏOmasis porte en soi sa date; si le dialogue n'est pas toujours assez franc, si le lecteur moderne y peut remarquer des scènes languissantes, des procédés usés, et quelques déclamations, car cinquante ans ne passent guère sur une œuvre dramatique sans lui laisser quelques rides; si, en un mot, M. Baour-Lormian a payé son tribut à une convention dont nous nous sommes éloignés , peut-être pour tomber dans une autre , quand il entre dans la situation vive, il se dégage de l'amplification et de la formule; il est poète, car il peint; il est auteur dramatique, car il touche. Une émotion réelle anime les scènes de Joseph et de Benjamin . de Joseph et de Jacol) ; on y respire, de temps en temps, un souille racinien, c'est-a-dire quelque chose de pur, de doux et de

sim[)le. Le public tout end'er sentait la jjoésie lui couleijusqu'au fond du cœur, en écoutant ces vers :

Jacob et ses enfants perdront-ils la luniirie Sans revoir de Béthel la 2:rotte hospilalière. La plaine de Séir et les champs fortunés Qu'aux neveux d'Isaac le Seii^neur a donnés !

et ceux-ci, non moins suaves et plus touchants encore :

J'étais bien jeune alors et ne pouvais comprendre D'où naissaient tous les pleurs que je voyais répandre: i\Iais, quand l'âge eut enfin éclairé ma raison. Je partageai le deuil de toute ma maison ;

et cette exclamation si comme :

La tombe de Joseph est-elle en ces climats?

et cette parole de Benjamin à Jacob, qui a relrouvé

Joseph :

Tu ne pleureras ]ihis!

et ce cri de Siméon, à l'approche de son père :

Ouand j'étais innocent, j'aimais à le revoir.

Et bien d'autres vers que j'aurais tant de plaisir à vous rappeler, certain de vous faire [partager njon plaisir, si les bornes de ce discours n'arrêtaient mon entraînement.

Ces citations sufiîsent pour faire apprécier le mérite incontestable (ÏOmasis. Votre goût éclairé confirme, après un demi-siècle, le succès de celte tragédie, et vous applaudissez aux conclusions du rapport qui la proposa pour un des prix décennaux.

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