‹ Œuvres complètesChapitre 16 sur 237 · A L'ACADÉMIE F K ANC AI SE · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE F K ANC AI SE

J'ai prononré plusieurs fois le mot de trap:étlie. Ai-je évo({ué une ombre? Sonuiies-nous encore, à la suite d'Ossian. dans le pays des fantômes? La tiagédie estelle un genre mort . connue nous l'entendons sans cesse répéter ?

Messieurs, on m'accordera bien qu'un genre ne peut pas mourir, s'il répond à un besoin constant et général de l'esprit humain. Or, n'est-il pas vrai que certaines figures historiques excitent particulièrement notre intél'ét? Nous aimons à voir revivre les personnages qui dominent le niveau commun, les législateurs, les conquérants, les souverains, les tribuns, les grands hommes de toute sorte, tous ceux qui résument en eux une civilisation, tous ceux, enfin, héros ou philosoplies . qui ont inllué sur la fortune des peuples et sur la marche des idées. Assurément, leurs discours et leurs actes, auxquels se rattachent de vastes destinées et de profonds enseignements, nous frappent plus que les actions privées d'un simple citoyen; l'historien les peint, mais à grands traits ; il ne saisit que leur vie publique dans ses relations avec l'ensemble de l'histoire; le poète di'amatique leur rend la parole; il nous dévoile leur vie intime, et nous foit assister à leurs combats secrets, à leurs incertitudes , à leurs résolutions , doii dépend l'avenir du monde. Je conviens que les malheurs d'un négociant peuvent me tirer des larmes ; mais on conviendra que la délibération d'Auguste en présence de . Maxime et de Ginna , ou l'entretien d'Agrippine et de Néron , remue quelque chose d'un ordre plus élevé dans l'àme des spectateurs.

Outre l'atlenlioii que provoquent les noms fameux , nous avons le sentiment et l'amour de la beauté. Si l'on nous pi'ésente sur le théâtre des aventures compliquées, préparées avec adresse , se nouant et se dénouant par des accidents inattendus, on pourra nous étonner, nous émouvoir, et tenir notre curiosité en haleine; cette liabileté d'intrigue exige , d'ailleui's , beaucoup de talent et une grande expérience scénique; mais le sentiment du beau ne s'éveillera pas en nous; il s'exaltera, au contraire, devant des caractères vigoureusement tracés, des sentiments bien développés, devant l'observation profonde du cœur humain et la lutte ties passions parlant leur viai langage. Les événements n'ont ici qu'une importance accessoire, tandis que tout leur est sacrilié dans le premier système : les péripéties naissent, ici, du contraste des caractères , là , de circonstances purement fortuites. Le poëte, (jui poursuit ses développements , n'a ni la volonté ni le loisir de croiser les mille fils d'un ind)roglio ; mais quel spectateur oserait avouer qu'il i)réfère le coup de théâtre le plus surprenant à la fermeté du vieil IJorace, à l'emportement de Phèdre et au désespoir d'Hermione! Ce n'est pas amusant, dit-on; comme si le but de l'art était d'amuser! non; c'est autre chose : c'est beau, et cela satisfait une faculté et un besoin de l'âme, qui est l'admiration.

Je viens de définir le mélodrame et la tragédie; laissons au mélodrame son effet sur la curiosité et la sensibilité vulgaires ; laissons a la tragédie son action sur l'intelligence et le goût. Si le mélodrame a sa raison d'être, la tragédie a la sienne; elle existera tant qu'on

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se j)]aira aux leçons de l'Iiisloire et à la peinture fidèle des passions.

J'ai opposé le mélodrame à la tia.mlie; c'est que je vois elairement ee (pii les distingue; je n'ai j)as |)ailé du drame, parce que ce mot ne m'offre pas un sens déterminé. Ou le drame ne s'occupe que des simples particuliers et ne s'attache qu'à une accumulation matérielle de faits bizarres, d'accidents romanesques et de situations imprévues : et c'est le mélodrame ; ou tantôt il s'empare des personnages illustres qui personnifient d'une façon éclatante les mœurs et l'esprit d'une époque, tantôt il cherche a dessiner des caractères et à développer des idées , des sentiments et des passions : et c'est la tragédie.

Serait-ce que le propre de la tragédie est de ressusciter les temps passés , et que le drame ne puise ses sujets que dans les temps modernes?

3Iais on appelle drames le Jules César et le Con'olan de Shakespeare, et Bajazet était contemporain de Racine. Et puis, qu'est-ce que les temps modernes? Oîi commencent -ils? César, Pompée, Auguste, Cicéron. n'ont-ils pas plus de rapports avec notre civilisation et notre état politique qu'un baron de la féodalité ?

Que si on attribue au drame la naïveté auprès de la grandeur, le comique à côté du terrible, cette variété d'éléments n'est pas étrangère à la tragédie. On n"a qu'à feuilleter Sophocle , on y verra toutes les hardiesses du théâtre moderne.

Enlin, appelle-t-on di'ame la tragédie alTranchie de quelques entraves et débarrassée de quelques formes

convenues ? Soit ; mais ce n'étaient que des parties accessoires sur lesquelles on ne peut établir une distinction fondamentale.

En somme, cette classification me parait vaine, et, s'il m'est permis de le dire , pédanfesque. Il faut se méfier du pédantisme; il appartient à toutes les écoles. Une traiiédie, sans les trois unités, était un monstre pour le pédant d'hier; le titre seul de tragédie met hors de lui le néo-pédant. Ainsi va le monde. Les révolutions littéraires se font au nom de la vérité et de la nature, comme les l'évolutions })oliliques au nom de l'ordre et de la liberté; mais, une fois victorieuses, les unes et les autres aboutissent souvent à l'arbitraire et à l'intolérance.

Je ne sais qu'une distinction rationnelle : on doit distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est naturel de ce qui est alTecté, ce qui est humain de ce ([ui est accidentel ; l'un est bon , qu'on l'appelle tragédie ou drame; l'autre est mauvais, qu'on l'appelle drame ou tragédie.

La tragédie existe donc ; elle fait plus : elle démontre son existence par des œuvres vivaces. Elle a produit Sophocle, le plus grand génie dramaticjue des temps .anciens et motlernes ; chez nous, elle a produit Corneille et Racine. Certes, leurs ouvrages ne sont pas morts, ni près de moui'ir; ils ont le caractère de la beauté éternelle, c'est-à-dire la force de survivre aux réactions; après des éclipses momentanées, qui sont plutôt les éclipses du goût public, ils reparaissent aussi jeunes que jamais; vienne ïalma ou mademoiselle Racliel, et l'on

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ist surpris de ti'ouver ces clicrs-d'œuvre . à.^c's de deux, siècles, plus n()u\eau\ (pie des nouveautés tlëti'ies par (juekpies années. Comment le genre sérail -il mort, ({uand ses productions sont pleines de vie? Conunent le tronc n'aurait-il plus de sève, quand les rameaux sont si robustes et si frais? Il est vrai que Corneille et Racine n'ont pas eu de successeurs; ce qui prouve que, si les hommes de talent sont nombreux:, le génie est rare, mais ce cpii ne prouve l'ieii contre le geiu'e lui-même. Dira-t-on (pie la comédie est éteinte, parce que Molière n'a laissé sa succession i» })ersonne , sauf un legs à Lesage ?

Que leurs tragédies immortelles n'aient ])as un C(Mé factice et périssable, on ne })rétend point le soutenir. Au fond de l'œuvre est la vérité, à la surface sont des formes passagèi'es. Nul ne peut s'isoler entièrement du milieu où il est placé : le poëte. échauffé par la situation, se dégage de ce qui l'entoure et va droit à la nature; mais, quand les haltes de l'action le laissent plus froid, la nature ne se montre à lui qu'à travers les usages , les préjugés et le jargon du siècle.

Les sacrifices faits à la loi rigoureuse des unités de temps et de lieu, les c(5nndents, les longs récits, une noblesse toujours soutenue . qui rejette ces détails familiers, si intéressants dans les tragédies grecfiues , le même choix d'expressions chez les subalternes et chez les rois, quelques termes de galanterie en usage à la cour de Louis XIV, mais étranges dans la bouche de Pyrrhus ou de Néron , voilà ce qui appartenait au temj)s et ce qui a subi l'injure du temps.

2i DISCOURS DE RÉCEPTION

Ce sont justement ces conventions, dont l'injilation s'est emparée immédiatement après Racine ; les maîtres cherchaient la nature ; les disciples ont copié les formes des maîtres. jMais l'arbuste ne croît pas au pied d'un grand arbre; il est étouffé par l'ombre majestueuse qui lui dérobe l'air et le soleil. Cette imitation est morte; sont mortes avec elle la mauvaise élégance, la périphrase , la })auvreté d'idées vêtue de lambeaux de rhétorique, l'horreur du mot propre. Tout ce clinquant est postérieur aux deux grands tragiques. Quoi de plus franc et de plus concis que les vers de Corneille? Quoi de |)lus vrai que les vers de Racine? On peut le dire et le redire , car les banalités d'autrefois ont l'air aujourd'hui de paradoxes : Racine est simple. très-siuq)le, plus simple, plus naturel (jue Gœthe; aussi naturel que Shakespeare, quand Shakespeare est naturel. Le langage d'Oreste, celui d'Hermione, est tout ce qu'il y a de moins pompeux ; c'est le cri du cœur : ainsi s'ex- |)rimerait ii présent même tout amant rebuté , toute femme jalouse.

Laissons de côté les imitateurs; à l'égard des maîtres, passons sur certaines formes caduques, et sachons apprécier comme il faut le côté profondément humain. De quel droit serions-nous sévères? Nous avons al)oli les confidents; aime-t-on beaucoup mieux les longs monologues, ou les groupes de personnages qui viennent s'entretenir, sur la place publiciue, des affaires d'autrui, et mettent ainsi le spectateur au courant de ce qu'il doit savoir? Quant à la couleur locale, nous en avons usé et abusé, et nous savons combien est facile cet étalage

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(rénidition; ce n'tst pas qiril faille en proscrire l'emploi ; on peut en tirer d'excellents elï'ets , et Racine Ta observée avec un très-iîrand Ijonheur dans.W/(«/K'. 3Iais enfin, il n'importe pas extrêmement (jue les héroïnes de Racine parlent comme des Grecques ou comme des Fi'ancaises; ce qui importe, c'est qu'elles parlent connue des lenmies passionnées , car l'accent de la passion est le même dans tous les pays. Une faute contre le costume et la couleui- histoîique est un péché véniel; une faute contre le cœur est un vice radical. Shakesj)eare, (ju'on a opposé dans ces derniers temps à Racine, pour abattre Racine, est-il plus exempt que lui de ces anaclironismes? Tous ses pei'sonnages , Romains, Grecs, Siciliens ou Danois, n'ont-ils pas le costume anglais'.^ Si Xipharès est un seigneur français. César esl-il le César des Commentaires , quand il s'écrie : Le danf/er sait bien que je suis plus dangereux que lui. Nous sommes nés le même jour ; mais je suis rainé. Les serviteurs chez Racine s'expriment comme des princes : c'est un tort; mais la faute contraire est autrement choquante. Eh bien , la déclaration du roi Henri V à Catherine, fille du roi de France, est-elle autre chose que celle d'un matelot ivre? Les propos de Catherine sont encore plus extraordinaii'es. Ces taches em pèchentelles qu'on n'admire Shakespeare? Pourquoi donc être si indulgent en\ers lui et si rigoureux envers Racine? Disons plutôt qu'ils sont du même ordre; que ni l'un ni l'autre n'ont échappé à rintluence de leur siècle, et que l'un et l'autre vivront , parce que , sous la dignité trop polie, comme sous la brutalité trop grossière ,

on voit, on entend, on touelie la nature et la vérité. Il fut un temps oii nous étions si jalouv des gloires de notre pays, que nous leur immolions, comme barbares, toutes les célébrités étrangères : c'était du pati'iotisnie, mais un patriotisme étroit; maintenant, nous prenons jjlaisir à humilier nos propres chefs-d'œuvre au\ pieds des poètes anglais et même allemands. Au siècle dernier, on eût e\cité le rire en comparant Shakespeare à Molière; il n'y a pas bien longtemps qu'on était traité de petit esprit en comparant Molière à Shakespeare. Et, pourtant, qui peut être au-dessus de 3Iolière? La mode a proclamé que les drames du divin William embrassaient l'humanité sur toutes ses faces, tandis que nos classiques ne représentaient (pie des individus. Gœthe a trouvé dans Hamlet mille choses aux- (pielles Shakes[)eare, heureusement pour lui. n'avait jamais pensé ; on a tout adoré en lui . jusqu'à ses enflures et ses grossièretés ; on a copié ses procédés comme on avait copié ceu\ de Racine. Ce fanatisme s'est un peu calmé; il en est resté une admiration juste et réfléchie. On reconnaît que Shakespeare est un trèsgrand génie, de la famille d'Homère, de Dante, de Corneille et de 3Iolière; qu'il est éloquent, pathétique et passionné, mais c'est alors qu'il est simple et vrai; qu'il a des traits sidjlimes entourés d'emphases et de bouffissures; des observations profondes à coté de bavardages puéi'ils; qu'il abonde en tableaux, gracieuv , mais aussi en obscénités ; que ses drames , sou\ eut terribles , sont pleirs de force et de grandeur, mais pleins , en même temps , d'evtravagances , si ])ien (ju'ils n'ont

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jamais pu ôtre jcHies , tels (ju'ils sont, devant un pu!)Iic français. On avoue qu'il n'avait pas la verve coniitpic et que ses plaisanteries sont plus l)ou(ronnes que franchement gaies; on ne ferme plus les yeu\ sui' ses défauts, mais on les accepte sans inq)atience, [)arce (ju'ils sont naïfs et tiennent à son p:iys et à son temps, jjai'ce qu'ils ne trahissent pas le parti pris, parce que Shakespeare est lui-même, spontané et original, sans le savoir et sans le vouloir, ce ipii est la seule manière d'être original.

Pour moi . j'ai peine à croire (pie ceux qui admirent ses folies et les transforment en |)rofondeurs com[)rennent ses véritables beautés; je doute que ceux qui ne savent pas aimer Racine sachent aimer Shakespeare.

Messieurs, je parlais de la mode; supposons que, depuis deux cents ans. Shakespeare soit en possession de notre théâtre et de notre vénéi'ation; supposons que son règne soit incontesté , (ju'il ait eu de nombreux imitateurs qui, depuis deux siècles, auraient reproduit invariablement ce qu'il est facile d'imiter, et la seule chose qu'on imite toujours, à savoir ce qui est mauvais; supposons que tous les cours de littérature, toutes les leçons de nos professeurs nous aient enseigné , jusqu'à satiété, le respect de ses bizarreries qu'on érigerait en règles, et dont on nous imposerait la despotique autorité; imaginez alors Racine apparaissant comme un novateur, a\ec son langage toujours {jur. harmonieux, noble sans enflure, naturel sans trivialité, avec la majesté sévère de ses tragédies oii se déroule régulièrement l'action une, logique, claire et vraisemblable.

Quelle surprise ! quelle nouveauté ! quel enthousiasme |jour le révolutionnaire Racine ! Quelle pitié pour cet arriéré , ce vieux , ce bonhomme Shakespeare !

J'ai terminé cette dissertation trop longue, et pourtant bien incomplète. On m'accusera peut-être de réaction ; mais j'ai dit sincèrement ma pensée, et, si je suis dans le vrai . je suis avec ceux qui marchent, et non avec ceux qui rétrogradent. On voudra liien considérer, d'ailleurs, (|ue je suis un auteur tragique succédant à un auteur tragique , et très-classiiiue , si l'on en juge par la satire qu'il a publiée, en 1825, contre le romantisme. Ces qualifications surannées retentissaient alors violemment ; ces guerres éteintes étaient ardentes; c'était le bon temps, le temps oii l'on se passionnait pour les idées, et non pour les intérêts matériels. Je n'ai pas ressenti, quant k moi. les indignations de mon prédécesseur; j'avouerai même que le romantisme eut mes premiers enthousiasmes; aujourd'hui encore, j'y vois la liberté d'examen, que j'aime partout. J.es illustres chefs de cette école ont laissé leur empreinte ineffaçable à tout ce qu'ils ont touché : k la poésie lyrique, au roman, au théâtre. Puissent leurs disciples se garder de l'imitation qui a engendré la décadence classique ! Puissent le lyrisme mal placé et la fantaisie, ennemie de toute vraisemblance, ne pas succéder k l'élégance pâle et énervée ! Les jeunes gens cherchent volontiers l'exagération, l'esprit maniéré, et l'emploi excessif de la couleur et de l'image. La lecture assidue de 31 obère, de Corneille et de Racine, leur fera sentir que la force n'est pas Ik; elle consiste k prêter aux personnages un langage si

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JLisli'. (jui' cliiKjue spt'ctateui' SI' dise en lui-iiièiiic : <( C'est bien ainsi qu'ils ont dû parler; » la force n'est pas dans les fj.^ures and)itieuses, mais dans les pensées solides, énoncées en ternies propres . vifs et j)récis.

Un dernier mot. Messieurs, sur 31. Baour-Lormian, et je laisse la parole ii celui qui a rendu si pieusement au bon vieillard que vous rci^rettez un suprême et touchant lioniniaiïe; c'est ii lui qui! sird d'honorer encore une fois cette mémoire respectable, ii lui (jui possède la science, le soùt et le style; à lui. l'un des maîtres de cette critique dont j'ai balbutié quelques rudiments, et l'un des premiers et des plus valeureux champions de nos classiques, dans un temps oii leur grandeui' ('tait méconnue.

Messieui's. riionime (jui . deux fois, a fait vibrer la corde poétique au cœur de tous ses contemporains, qui a popularisé la mélancolie d'Ossian et fait applaudir la candeur de Benjamin, n'est pas un homme médiocre: il a sa place marquée dans l'histoire littéraire, et il la gardera. Parmi les titi*es honorables de 31. Baour-Loimian, et je n'ai pas pu les parcourir tous, il en est un que je ne veux pas passer sous silence : son souffle harmonieux est allé à l'àme d'un jeune lionmie; il y a éveillé le génie. C'est en lisant Y Imitation d'Ossian que l'auteur des Méditations s'est écrié : « Je suis poëte ! » C'est dans les brises du Nord qu'il a senti passer l'enthousiasme ; c'est dans les bruyères d'Ecosse qu'il aspirait ces parfums de la solitude dont il a composé son divin miel. Bien longtemps après, ces deux destinées, si différentes, qui n'avaient eu que ce point de contact,

se sont rencontrées, encore un instant, sur un autre point. M. Baour-Lormian, triste, oublié, parvenu au\ confins de la vie, aveugle comme Ossian, pauvre comme Job. vivait d'une pension que lui avait assignée l'Empereur, et que tous les gouvernements lui avaient conservée; en 1847, quelques membres de la Chambre des dépulés, ignorant, sans doute, les infirmités et les besoins du vieillard applaudi par une génération éteinte, discutèrent cette pension. Alors se leva le grand poëte, devenu un grantl oi'ateui"; du haut de sa gloire, il se souvint des émotions de sa jeunesse; il plaida avec un respect filial la cause du bai'de aveugle , de l' Ossian français; sa parole émue et chaleureuse produisit son eiïet accoutumé, et, grâce l\ lui, le poëte indigent garda le pain de ses vieux jours. Ainsi , ])ar une noble réciprocité, Ennius a inspiré Yij'gile, Viî'gile a protégé la vieillesse d'Ennius.

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