‹ Œuvres complètesChapitre 19 sur 237 · DISCOURS DE M. DÉSIRÉ NISARD · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. DÉSIRÉ NISARD

fois pour l'Honneur et V Argent , ont caractérisé votre succès. Le tliéàtre n'en a i^uère vu qui aient été plus éclatants, en faisant moins de bruit.

Il y en a des causes particulières (jue je voudrais bien indiquer. Vous protestiez tout ii l'heure . au nom dc<: anciennes gloires du théâtre, contre ceu\ qui veulent que la tragédie soit morte. Non. elle n'est pas morte, ni près de mourii*. Elle vit, non -seulement dans les chefs-d'œuvre des maîtres et dans les belles scènes de leurs disci[)les; elle vit dans nos esprits comme im genre national, comme une des formes supérieures de l'idée française. Ce n'est pas la tragédie de tout le monde, c'est la nôtre. Nous ne dédaignons pas celle (jui va chercher ses exemples chez nos voisins, et qui tient à se rapprocher du drame, au risque de glisser dans le mélodrame. Nous avons même cru un moment ([ue c'était la bonne. ]Mais, après une courte infidélité, nous en sommes revenus à la première, et nous commencions à la redemander (piand vous êtes venu nous la rendre.

Notre éducation nous y a prépaies. Ce n'est pas impunément qu'on nous l'a lait a|)prendre dans Corneille et Racine. Corneille et Racine y étaient i)répàrés euxmêmes par le goût de la nation.

Ce goût, que nous portons tous au théâtre, c'est celui des peintures morales, des analyses de caractères, de tout ce qui fait voir le fond des cœurs. Notre nation y excelle par- dessus toutes les autres. Nous voulons que le poète dramatique soit observateur et moraliste. Sans doute, la pcifection, c'est de joindre à l'intérêt

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(le ces jjeintures nioniles rintérèl de raclion; mais, s'il nous fallait ehoisii' entre les deu\, nos })i'éréren{*es seraient pour le |)reniier.

De plus, nous voulons que ces études du cœur luuuain se personnilient sous les traits d'iionniies qui plaident la cause de leur p;:ssion, non })as en avocats, ce serait trop long, mais en gens qui e!i savent mieuv que personne le foit et le faible, et qui ne négligent rien pour la gagner. De là, la lirade. La tirade est le plaidoyer en vers. Vainement les mauvaises nous ont gâté les bonnes ; nous ne nous accommodons pas volontiers d'une tragédie sans tirades.

Ce n'est pas tout , nous y voulons encore, non pas toute espèce de bons vei*s, mais les bons vers qui ne montrent pas le poëte dans le personnage. C'est assez qu'on l'y entrevoie. Le vers lyrique, le luxe des images, sont d'un homme (jui tient plus à être écouté qu'il gagner sa cause. Le vers (pic nous voulons, c'est ce vers précis, nerveux, raisonneur, qui a plus de traits que d'images, poétique pourtant, s'il est convenu qu'un poëte doit être d'abord un bon écrixain en vers.

Entin , les personnages de cette tragédie ('oivent être historiques, et plutôt empruntés à l'iiistoire connue* de tout le monde, qu'aux anecdotes qui ne le sont que des savants. Nous les voulons, comme vous le dites, au-dessus du niveau commun. Est-ce seulement \n\v cette curiosité banale, qui nous lait tourner des yeux ébahis vers tout ce qui s'élève au-dessus de nos tètes ? Nullement : c'est parce que nous attendons de ces personnages plus de révélations sur le cœur hunjain; c'est

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