‹ Œuvres complètesChapitre 20 sur 237 · DISCOURS DE 31. D E S 1 R K N[SARD · texte numérisé non relu

DISCOURS DE 31. D E S 1 R K N[SARD

parce que, mettant plus d'esprit et plus de science de la vie au service de leurs passions, ils nous instruisent mieux de ce que la passion emploie d'adresse pour persuader qu'elle est la raison; c'est entin parce que, parlant de plus haut, leurs paroles })or(ent plus loin et vont à plus d'oreilles.

Vous avez donné raison à notre lioût, IMonsieur, par la façon dont vous l'avez contenté. Des caractères ({ui s'analysent tout en agissant , des personnages pleins de leur passion, des causes plaidées avec éloquence et gagnées, des tirades qu'on ne trouve pas trop longues, de beau\ vers oii l'éci'ivain contient le poète sans l'éteindre, des noms historiques, présents à toutes les mémoires, voilà ce qui vous a concpiis le genre de popularité le phis en\ial)le. la popularité moins la mode.

Pour ne parler ni de Lucrèce, qui est restée une date littéraire, ni (X xignès de Mévmiie, pour qui les promesses de Lucrèce nous ont rendus trop difficiles , n'est- il pas ii votre gloire que la meilleure de vos tragédies, Charlotte Corday , soit celle dont le sujet se prêtait le moins à toutes ces convenances? Que de difficultés s'y ajoutaient à la difficulté de faire une tragédie? Ces gens-là vivaient hier; nous savons des vieillards ({ui les ont vus, et qui en ont gardé comme une sorte de tremblement : il fallait les placer dans un lointain favorable ii Tilhision du tliéàtre. Ils ont tenu dans la langue de tout le monde des discoui'S que l'histoire a recueillis : il fallait les faire parler en vers avec une vérité qui cachât l'invraisemblance. Ils avaient à paraître devant des spectateurs qui les ont déjà jugés dans leui-

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cœur : il f;ilhii( ramoner doucement ces juires pn'venuN il rim[)a!'tialite (le l'arl. Enfin, pour condition première. \o.s personnaiies étaient tenus de remplir Itnite leur I ('nommée.

Bonne on iiuiuxaisc tons lonf remj)Iie. Ce sont liien là ces irii'ondins. si ti'inéraires connue parti. >1 aimables comme hommes, pour lesquels il se fera toujours, dans la justice de notre pays, comme une compensation (Ir l('ur> illii-inii- |i;ir liMii> MHS i^énëreuses . de leurs faute-» \n\v l;i iHMiitc' de leur nioil. \ n\\< lesavez peints dans un moment où vous risquiez de nous les rendre trop cliers : c'est le moment suprême où . exaltés par l'approche de la catastrophe, ils insultent n l'échafaud dont ils n'ont pas su se défendre. Vous avez réussi à ne les rem lie (ju' intéressants. Vous axez voulu (|ue renseiii:nement de leur vie fût le même dans votre drame que dans l'histoire, et quils y parussent, tels qu'ils ont été. victimes de leurs propres evem[)les. et plus vaincus par leurs fautes que par leurs ennemis. Vos vers nous ont ivndn les fleurs de leui' brillante parole. J'y louerais même celles qui peuvent paraître de^ trop : cest un trait de vérité locale.

On pense auv maîtres et au\ plus ii^rands. en lisant l'admirable scène où Danton. Robespierre et 3Iarat . réunis dans la chambre de ce dernier, délibèrent sur cr ([u'ils feront de la IvepiiliHipie tombée entre leurs mains. Nous êtes historien et i)o.'te fpiand vous faites parler ces trois honnnes qui . à peine vainc[iieurs de leurs ennemis conmums. se sont insupportables l'un à 1 autre, et qui, venus en ap|)arence pour se mettre d'accord, ne

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font que se mesurer du regard pour la lut le à ujort ;i laquelle ils sont préparés. 11 y a du saui»; dans toutes leurs paroles. Danton en a eoiunie le cœur soulevé; Marat en a soif comme d'un calmant pour la fièxrequi le consume ; Robespieri'c ne veut pas ilire encore combien il lui en faudra. 31ais, dans la répulsion qu'ils inspirent tous les trois, il est des degrés que vous avez marqués avec la fidélité de l'histoire. ]Marat cause presque plus de stupeur que d'aversion; on veut le croire fou. ptjur n'avoir pas à lui porter plus de haine que n'en contient le cœur humain. Danton, par son retour à la générosité, excite une secrète sympathie dont on a honte. Pour Robespierre, il nous fait sentir quelque chose de cette ci-ainte inouïe que connurent nos pries et (|ui s'appela la Terreur, crainte d'un pi'iil hypocrite et inconnu, où le mépris se mêlait à l'angoisse, et qui lit. plus d'une fois, envier les morts par les sui'\ivants.

11 vous a été bon d'être plein du grand (Corneille, quand vous avez eu à tracer le caractère de celle qui ne fut pas moins une tille de son esprit (pi'unc héroïne de son sang. Tous les traits de cette peinture sont dignes de cette viei'ge si terrible et si charmante. Tout ce qui, dans l'acte sanglant où elle crut avoir pour complice la conscience même de la France, nous touchera et nous troublera toujours, admiration j)our son courage , attendrissement sur son sacrifice , quelque chose de moins que l'horreui' pour le meurtre, quelque chose de plus que la pitié pour le meurtrier, vous l'avez exprimé avec une vérité poignante. Vos vers ont commencé , pour Charlotte Corday , la popularité de la

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léiiondc. et. si son cararlère était de ceux qui peuvent i^randir avec le temps, je dirais qu'elle a grandi depuis que vous lui avez mis au IVont l'auréole de la poésie durable.

Une image brillante de la haute comédie a lait l'immense succès de l'I/uimeur et rArr/enf. Là, connue dans vos tragédies, on applaudit d'heureuses études morales, des personnages qui plaident élociuemment leur cause, de belles situations et. parmi de bons vers, les meilleurs (le tous, ceu\ qui. par un côté, sont des \érites de situation, et, par l'autre, des vérités de cœur humain, le mot du moment et le mot de tous les temps. Je sais que la criticiue fait des réserves. Elle voudrait (jue les situations fussent plus souvent l'effet nécessaire de caractères plus réels. Ces réserves , oii l'on \ ous conseille ce qu'on espèi'e de aous. méritent que vous les preniez en considération. Dieu me garde de vous donner des scrupules sur vos habitudes de retraite studieuse au foyer maternel! Mais, en fait de comédies, les types en seront toujours au plus épais de la mêlée p:unsienne. Les héros de la tragédie peuvent venir d'euv- mêmes visiter le poëte dans sa })rovince; témoin Cinna, les Horaces, Polyeucte, qui apparurent au grand Corneille dans sa petite maison de Rouen. JMais les héros de la comédie ne sont pas si conmiotles. 11 faut les aller chercher de sa personne au milieu du monde , et à Paris . oii se trouvent les plus illustres. ^lolière ne s'y prenait pas autrement, quand il avisait certains de ses personnages parmi les courtisans qui tourbillonnaient autour de Louis XIV. On l'appelait le contemplateur, parce

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