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X PONSARD

Dans CCS trois tragédies aussi, et c'est encore là un trait saillant, la figure principale étant une femme, la fatalité historique est tempérée par la douceur de l'héroïsme féminin, qui répand sur le sombre tissu du drame je ne sais quel charme attendrissant, dont l'héroïsme viril n'a pas le secret.

Dès la première scène de Lucrèce, ce charme agit sur nous. Un tableau plein de grâce en sa sévérité nous montre l'épouse romaine, assise à son foyer, au milieu de ses femmes, présidant à leurs travaux, dans l'attente de son époux; c/est l'idéal féminin, tel que l'avait conçu le génie antique. Un tableau du même genre, la lecture du roman de Lancdol, faite à la reine, dans l'intérieur du palais, par sa fidèle iMarguerite assise à ses pieds, ouvre semblablement le drame d'Agnès de Mcranie, et nous donne, comme la quenouille de Lucrèce, une image de la vie féminine, transportée dans le moyen âge. Les faneuses dans la prairie, le salon de madame de Brctteville, où Charlotte entre à pas moclcsles, au doux bruit de la louange et comme au murmure de sa bonne renommie', qu'est-ce encore, sinon, sous son aspect le plus moderne, la touchante intimité du cœur féminin, la poésie pénétrante de ses horizons rapprochés ?

On n'a pas, ce me semble, assez remarqué cette note dominante dans le théâtre de Ponsard. Elle eût, mieux que tout le reste, aidé la critique à déterminer la part du romantisme dans ces tragédies classiques. Du moment que la femme, citoyenne ou reine, il est vrai, mais épouse, fille, amante ou mère, y occupait la première place, il s'ensuivait pour un artiste tel que Ponsard, chez qui le rhythme et l'image concordent toujours avec la pensée, l'abondance et

i. D. Wsurd, Réponse au discours de réception de M. Ponsard à l'Académie française.

SA VIE ET SON ŒUVRE. xi

l'importance des scc^nes domestiques : la maison, le foyer, la famille, tout un monde circonscrit, étranger à l'abstraction, inaccessible à la rhétorique, plein de détails pittoresques, vivants et charmants, en dehors duquel la femme, même héroïque, n"a jamais pu être imaginée dans aucun temps par un vrai poëte.

Par la politique virile, avec son langage ferme et précis, Ponsard s'apparentait à Corneille; par le sentiment lyrique et idyllique de la vie féminine, il semblait un frère d'André Chénier, et prenait sa part d'héritage dans les plus pures richesses de l'art moderne,

La tragédie de Lucrèce était le produit heureux de cette double inspiration, à laquelle un talent très-vrai, mais inexpérimenté encore, ne commandait pas entièrement. On y sentait un peu trop la présence des maîtres, le proche souvenir des fortes études, et, jusque dans les hardiesses, une sorte de timidité respectueuse. Cependant le souffle de la nouveauté romantique se jouait, dans cette œuvre juvénile, des disciplines de notre vieux goût classique. Les imites sacramentelles n'y étaient observées que d'une manière très-large, et sans vaine superstition. Le pastiche du songe de Lucrèce était plus que racheté par l'invention des personnages de Sextus et de Tullie; par l'apparition fatidique, et comme inutile à l'action, de la sibylle de Cumcs; et surtout par ces scènes, inouïes au Théâtre-Français, qui suivent la mort de Lucrèce, et qui, détournant de son corps inanimé l'attention du spectateur, ouvrent soudain, au cri de la vengeance populaire, les lointains enflammés de la liberté romaine.

Jean-Jacques, dans ses Confessions^, parle du plan d'une tragédie en prose de Lucrèce oh il se proposait, dit-il, d'alleircr

\. Partie II, livre viii.

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