‹ Œuvres complètesChapitre 56 sur 237 · ACTE TUOISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TUOISIÈME

•Soit que Vénus, penchant sa robe dénouée,

Le verse dans le sein d'une amante enjouée.

J'aime tout ce qui plaît; — si bien qu'en vous aimant

Je me laissais aller à cet entraînement.

Mais je n'eus pas l'idée alors, qu'il m'en souvienne,

D'engager à jamais votre vie et la mienne.

Je me peignis l'amour, non pas voilé de pleurs,

Mais joyeux, souriant et couronné de fleurs.

Libre d'un joug pesant et d'une rude chaîne,

Fuyant l'éternité qui ne sied qu'cà la haine,

Poursuivant son caprice, et, toujours jeune et beau.

Fier du plaisir ancien en courant au nouveau.

— Vous-même, il me sembla qu'un premier esclavage Vous devait détourner d'un autre apprentissage,

Et que c'était assez des fers de votre hymen. Sans attacher le cœur comme le fut la main. Je le croyais ainsi , Tullie , et l'apparence Venait entretenir en moi cette assurance. Vous n'aviez pas ce front soucieux et chargé Qui décèle un esprit sourdement ravagé ; On ne vous voyait pas, dans une solitude. D'un sein tumultueux cachant l'inquiétude ; Mais, généreuse hôtesse, à tous vos conviés Accordant tour à tour vos regards enviés, Animant chaque fête, et, la face sereine. Présidant aux festins dont vous étiez la reine.

— Hier même, quand les luths, les chants et les propos D'un bruit accoutumé réveillaient vos échos.

On n'eût pas deviné...

TULLIE

Que faisais-je donc, traître, Si ce n'est t' obéir? — L'oses-tu méconnaître?

^00 LUCRECE

Pour qui tous ces repas prolongés dans la nuit?

Pour qui tous ces parfums, tous ces chants, tout ce bruit ?

Dis : était-ce pour moi? — J'en étais obsédée.

N'est-ce donc pas toi seul qui m'as persuadée?

Je t'ai trop écouté; sans toi, sans tes discours,

Je connaîtrais la paix qui fait les heureux jours ;

Je saurais quels plaisirs habitent la retraite ,

Et si l'humble existence a sa douceur secrète.

— 0 paix que j'ai perdue! ô calme que j'ai fui! Qui donc vous a fermé mon cœur? n'est-ce pas lui?

— Oui, c'est toi. Vers ton but dirigeant ma faiblesse. Tu m'as conduite au crime à travers la mollesse ;

Tes conseils corrupteurs préparaient ton pouvoir ; Tes désirs m'attendaient au sortir du devoir ; Et, par de simples mœurs me craignant vertueuse, Tu m'espérais coupable à me voir fastueuse. Ton espoir est rempli ; le bruit et la splendeur Ont chassé le travail, gardien de la pudeur. Et tu viens maintenant m'en rejeter le blâme I

— Va, j'avais déjcà lu dans le fond de ton âme;

Tu cherchais un prétexte; et tes yeux, pleins d'ennui, M'avaient su présager cet affront d'aujourd'hui.

— Comme il me déchirait! comme il m'a fait entendre, Si je doutais encor, ce que j'en dois attendre!

Ainsi, j'ai tout bravé pour lui plaire, à ce point Que l'œil d'un fou s'émeut d'en être le témoin ; Je fais rougir un fou; ma honte est son ouvrage, Et de railler encore il trouve le courage ! Quand j'écoute, attentive, il m'explique comment Je ne fus qu'un moyen de divertissement ! Soyez flétri, Sextus, pour ce langage infâme! Vous faites bassement d'outrager une femme

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