Acte III, scène m
SA VIE ET SON ŒUVHE. xv
La critique le dérouta. Il s'effraya de Shakspeare, vers lequel il allait, se rejeta vers Racine, et jamais il ne retrouva plus, même après declatanis retours do lopinion et son talent mûri, l'essor libre et l'originalité de sa verve première'.
Le mouvement réformiste des années 18Zi7 et 18/|8, auquel, par ses opinions libérales et par son amitié pour Lamartine, Ponsard se trouvait naturellement associé , l'arracha à ses incertitudes littéraires. La lecture de V Histoire des Girondins, qui passionnait alors la Franco, le ramena à ses premières pensées touchant les sujets dramatiques qui se présentaient en foule dans l'histoire de notre révolution ; elle fit surgir dans son imagination la figure républicaine de Charlotte Corday. D'une verve toute ravivée, il écrivit les premiers actes de cette belle tragédie, qui n'a pu rester au répertoire ^ mais qui reste dans notre mémoire à tous, précisément par les fiers accents qui lont fait bannir du théâtre, et comme un modèle parfait du grand dialogue politique.
Pondant que le poète travaillait à sa tragédie, ses amis proclamaient la république. Les institutions nouvelles lui donnaient, comme à toute la jeunesse d'alors, le désir et l'espoir de la vie publique. Ponsard demanda à ses concitoyens leur suffrage pour prendre place à l'Assemblée constituante. Il s'en fallut d'un très-petit nombre de voix que sa candidature ne réussît.
Reprise après ce mécompte personnel, la tragédie de Charlolle Corday s'acheva sur le déclin de la République, au milieu
1. Il est curieux de suivre, d'édition en édition, les changements faits par Ponsard à sa tragédie de Lucrèce. Toutes ces retouches sont dans le sens de l'atténuation, de la correction timorée, de la clarté prosaïque, substituées aux hardiesses poétiques.
2. On parle aujourd'hui de la reprendre. Après un intervalle de quinze années, elle aurait pour un auditoire tout nouveau un grand attrait de