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Le fauteuil de M. Ancelot et celui de M. Baour-Lorniian

xxu PONSARD,

lopinion publique qui, malgré les efforts d'une presse malveillante, restait fidèle au souvenir de Lucrèce : Ponsard fut appelé au fauteuil laissé vacant par la mort de M. Baour-, Lormian.

C'était une récompense méritée ; c'était comme une exhortation aussi à reprendre la suite, trop longtemps interrompue, de ses travaux et de ses succès, a qui pourraient », lui disait M, Nisard, — séance du h décembre 1856 — n'élrc que le gage de succès plus grands.

Toutefois, cette exhortation publique ne suffit pas à tirer Ponsard de son existence dissipée. Ses (( années errantes », Wanderjahre, pour parler avec l'auteur de WiUiebn Mciskr, n'étaient pas près de finir.

11 y fallut l'exhortation intime d'une affection digne des meilleurs jours et des plus hautes pensées de sa jeunesse.

Lorsque Ponsard, entré dans sa quarante-sixième année, épousait, le 18 juillet de l'année 18G3, mademoiselle Marie Dormoy, sa conscience et son talent s'éclairaient soudain, ensemble, d'un jour nouveau. Ranimé par une voix persuasive, toujours ferme et droite en ses conseils, le cœur tout épanoui aux doux rayons du foyer où bientôt le berceau du nouveau-né ramenait la paix et l'espérance, le poëte ému, rougissant, osait maintenant tout bas appeler la Muse. Elle se tenait h. l'écart ; mais elle n'était pas loin. Au premier appel, elle reparut généreuse comme au temps oîi elle dictait au jeune poëte Lucrèce et Charlolle Corday ; elle fit soudain revivre dans sa mémoire obscurcie deux moments grandioses de l'histoire; elle le ravit en esprit sur le théâtre des deux révolutions les plus profondes de la pensée moderne : la révolution scientifique du XVI" siècle, qui le ramenait à son Galilée longtemps oublié ; la révolution politique du xvnr siècle, qui prit dans

SA VIE ET SON ŒUVRE. xxui

son imagination le nom et le geste du conventionnel Ilumbei't.

Ces deux conceptions si vastes occupèrent entièrement l'esprit du poëte. Il pijisa dans le désir de les réaliser une énergie toute nouvelle. La vitalité de son talent parut refleurir ; elle lit illusion à lui-même et à ses amis sur la vitalité de sa constitution, déjà trop atteinte. Le jour même de son mariage, Ponsard, n-mpli d"espoir, partait avec sa jeune femme pour aller retrouver sur le mont du Salut, dans la u maisonnette maternelle », le silence et le travail. « Nous n'en avons pas bougé de toute Tannée, m'écrivait-il le 10 septembre 18()5, et nous y avons vu successivement la neige, les primevères, les cerisiers en fleur, les foins, la moisson, les pêches et les vendanges. Ma femme est trèscourageuse et accepte résolument cette vie de retraite. J'ai travaillé, moins que je ne l'aurais fait si je n'avais pas été malade, mais enfin j'ai raisonnablement travaillé. J'ai en portefeuille un Galilée en trois actes, en vers, que je ferai passer après la pièce destinée au Théâtre-Français; et, quant à celle-ci, que je nomme provisoirement le Lion amoureux, elle est en cinq actes, en vers, et tout achevée. La scène se passe après le 9 thermidor, au moment où les salons et les plaisirs renaissent. Mon héros est un conventionnel amoureux d'une ci-devant. J'ai eu beaucoup de mal à faire cette pièce, dont le sujet, simple et peu fertile, ne se prêtait pas à des combinaisons très-dramatiques. J'ai eu souvent des dégoûts et des découragements, et vingt fois j'ai, été tenté de tout laisser là. Mais il fallait faire quelque chose, et montrer au moins de la bonne volonté. Je suis donc arrivé jusqu'au bout; mais ce n'est pas venu comme je l'aurais voulu ; je ne suis pas très-content, et je crains bien que vous ne soyez fort désenchantée des illusions que se fait votre amitié. Je crois

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