XLI CLÉMENT M A ROT AUX LECTEURS
Monstrent plus que les commen3 En sens moral de Aristote.
Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en astre grandement corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux vieilles impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant comment il a esté r'abillé, et en jugez gratieusement :
Or est vray qu'après plaincts et pleura Et angoisseux gemissemens.
Après tristesses et douleurs, Labeurs et griefz cheminemens.
Travail mes lubres sentements Aguysa (ronds comme pelote), Me raonstrant plus que les commenta Sur le sens moral d'Aristote.
Voylà comment il me semble que l'auteur l'entendoit; et vous sufiS.se ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que puys avoir amendé en mille autres passaiges, dont les aucuns me ont esté aisez et les autres très difi&ciles. Toutesfoys, partie avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons vieillards qui en sçavent par cueur, et partie par deviner avecques jugement naturel, a esté réduict nostre Villon en meilleure et plus entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages, et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler, à sa façon de rimer, à ses meslées et longues parenthèses, à la quantité de ses sillabes, ne à ses couppes, tant féminines que mascuUnes; esquelles choses il n'a suffisamment observé les vrayes reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que en cela les jeunes Poètes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz ceuillent ses sentences comme belles fleurs, qu'ilz contemplent l'esprit qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, et qu'ilz contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses Ballades, qui est vrayment beUe et héroïque, et ne fay doubte qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier devant tous les Poètes de son temps, s'il eust esté nourry en la Court des Roys et des Princes, là où les jugemens se amendent et les langaiges se polUssent. Quand à l'industrie des lays qu'il feit en ses Testamens, pour sufi&samment la congnoistre et entendre il fauldroit avoir esté de son
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temps à Paris, et avoir congneu les lieux, les choses et les hommes dont il parle : la mémoire dcsquclz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icclic industrie de ses lays dictz. Pour ccste cause qui vouldra faire une œuvre de longue durée ne prcigne son soubjcct sur telles choses basses et particulières. Le reste des Œuvres de nostre Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le tems, qui tout efface, jusques icy ne l'a sçeu effacer; et moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes escriptures françoises sont et seront mieulx congneues et recueillies que jamais.
Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché à son antique façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avecques les annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant le reste à voz promptes intelligences, comme ly Roys pour le Roy, homs pour homme, eompaing pour compaignon : aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres incongruitez dont estoit plain le langaige mal lymé d'iccUuy temps.
Après, quand il s'est trouvé faulte de vers entiers, j'ay prins peine de les refaire au plus près (selon mon possible) de l'intention de l'authcur, et les trouverez expressément marquez de cette marque f , afin que ceulx qui les sçauront en la sorte que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux vieulx.
Oultre plus, les termes et les vers qui estoient interposez, trouverez reduictz en leuis places; les lignes trop courtes, allongées; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys; les ad joutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.
Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a semblé plus raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament, d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre.
Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et du crocq.
Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons dès maintenant que, s'il estoit autant navré en sa personne comme j'ay trouvé Villon blessé en ses Œuvres, il n'y a si expert chirurgien qui le sceust panser sans apparence de cicatrice;
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et me sufi&ra que le labeur qu'en ce j'ay employé soit agréable au Roy mon souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de l'exécution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et par très bon jugement estimer plusieurs passages des Œuvres qui s'en^uyvent.