‹ Œuvres complètesChapitre 9 sur 233 · AUX LECTEURS · texte numérisé non relu

AUX LECTEURS

Entre tous les bons livres imprimez de la langue françoise ne s'en veoit un,? si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy de Villon, et m'esbaliy (veu que c'est le meilleur Poète parisien qui se trouve) comment les imprim,curs de Paris et les enfans de la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement, et en recompense de ce que je puys avoir aprins de li»y en lisant ses Œuvres, j'ai faict à i celles ce que je vouldroys estre faict aux miennes, si elles estoient tombées en semblable inconvénient. Tant y ay trouvé de broillcrie en l'ordre des coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en la raison, que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de l'œuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de ceux qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me sujrs advisé (Lecteurs) de vous mettre icy ung des coupletz incorrcctz du mal imprimé Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand nombre d'autres autant broillez et gastcz que luy, lequel est tel :

Or est vray qu'après plainctz et pleurs Et aiigoisseux gemissemens, Après tristesses et douleurs Labeurs et gricfz cheinineinens Travaille mes lubres sentemens Aguysez ronds, comme une prlote

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