‹ Œuvres complètesChapitre 189 sur 233 · Catir, décamper, fuir · texte numérisé non relu

Catir, décamper, fuir

2. Cette ballade et les deux suivantes furent imprimées pour la première fois à la suite des Poésies de Villon dans l'édition de Coiistellier, 1723, avec l'avis suivant : t Ces pièces sont tirées d'un manuscrit du commencement du xvi* siècle, qui est dans une des plus magnifiques bibliothèques de Paris. Plusieurs personnes, distinguées par leur érudition et par leur bon goût, les ont trouvées si ingénieuses que nous avons cru devoir les donner au public •.

Il est tant creu, de racine et de blanche. Que son umbre, qui me porte nuysance, Fait au dessoubs toute joye seichier, Et si ne puis, pour toute ma puissance, Autre planter, ne celuy arrachier, .

De si long-temps est arrosé de plours Et de lermes tant douloureusement, Et si n'en sont les fruits de rien meilleurs : Ne je n'y truys guères d'amendement.

Je les recueiir pourtant soigneusement.

C'est de mon cueur l'amère soustenance.

Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance Que porter fruits qui le dussent blecier; Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance Autre planter, ne celuy arrachier.

S'en ce printemps, que les feuilles et flours Et arbrynceaux psrccnt nouvellement.

Amours vouloit moy faire ce secours. Que les branches qui font empeschement Il retranchast du tout entièrement.

Pour y enter ung rynceau de plaisance.

Il gecteroit bourgeons de soufi&sance ; Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier. Et ne fauldroit jà, par désespérance, Autre planter, ne celuy arrachier.

ENVOI

Ma princesse, ma première espérance.

Mon cueur vous sert en dure pénitence.

ŒUVRES DE FRANÇOIS VILLON 2o5

Faictes le mal qui l'acqueult retranchier^. Et ne souffrez en vostre souvenance Autre planter, ne celuy arracliier.

Page 1