I. Nom breton de la ville de Tréguier
Et in'cscripvcz, à ung jiaraphe.
Sur moy ce petit epitaphe :
Cy gisi Pernei le Franc Archier, Qui cy tnoitrui sans desmarcher, Car de fuyr n'eut onc espace, Lequel Dieu, par sa saincle grâce, Mette es cieulx, avecqnes les âmes Des francs arcJiiers et des gens d'armes, Arrière des arhalestriers...
Je les hay tous : ce sont meurdricrsl Je les congnois bien de picça.
Et mourut l'an qu'il trespassa.
Velà tout; les mots sont très beaux.
Or, vous me lairrcz mes houscaulx.
Car, se j'alloye en paradis A cheval, comme fist jadis Sainct Martin, et aussi sainct George, J'en seroye bien plus prest... Or je Vous laisse gantelet et dague :
Car, au surplus, je n'ay plus bague De quoy je me puisse deffendre.
(A l'espoventail.)
Attendez ! me voulez-vous prendre En desaroy? Je me confesse A Dieu, tandis qu'il n'y a presse, A la Vierge et à tous sainctz.
(A part.)
Or meurs-je les membres tous sains Et tout en bon point, ce me semble.
Je n'ay mal, sinon que je tremble
De paour et de malle froidure.
Et de mes cinq sens de nature...
Cinq cens ! Où prins, qui ne les emble^?
Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,
Par ma foy ! n'en or, n'en monnoye.
Pour néant m'en confessero3'e :
Oncques ensemble n'en veiz deux.
Et de mes sept péchez morteux
Il £ault bien que m'en supportez :
Sur moy je les ay trop portez;
Je les metz jus, avec mon Jacques.
J'eusse attendu jusques à Pasques,
Mais vecy ung advancement.
Et du premier commendement
De la Loy, qui dit qu'on doibt croire
(Non pas l'escot quand on va boire^
Cela s'entend) en ung seul Dieu,
Jamais ne me trouvay en lieu
Où i^y creusse mieulx qu'à ceste heure.
Mais qu'à ce besoing me sequcure.
(A l'espoventail.)
Ne desbendez? Je ne me fuys !
(A part.)
Hélas ! je suis mort où je suis.
Je suis aussi simple, aussi coy Comme une pucelle; car, quoy Dit le second commendement?
Qu'on ne jure Dieu vainement.
1. Le franc archer répétant ce met « cinq sens », s'imagine qu'on lui demande cinq cents écus de rançon. « Où les prendre, quand on ne les vole pas, etc. »
2. Autre jeu de mots sur croire, avoir foi, et croire, faire crédit.
Non ay-je en vain, mais fort et ferme, Ainsi que fait ung bon genderme, Car il n'est rien craint, s'il ne jure. Le tiers nous enjoingt et procure.
Et advcrtist et admoneste, Que l'en doit bien garder la feste.
Autant en liyver qu'en esté :
J'ay tousjours voulentiers festé, De ce ne mentiray-je point; Et le quatricsme nous enjoint Qu'on doit honorer père et mère :
J'ay tousjours honoré mon père.
En moy congnoissant gentilhoraine De son costé, combien qu'en somme Sois villain et de villenaille.
(A l'cspoventai!.)
Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille Jusques amen; miséricorde !
Relevez ung peu vostre corde; Ferez? que le traict ne me blesse.
(A part.)
Item, morbieu ! je me confesse Du cinquiesme, sequentement :
Deffend-il pas expressément Que nul home ne soit meurtrier?
(A respoventail.) Las ! Monseigneur l'arbalestrier.
Gardez bien ce commandement; Quant est à moy, par mon serment, Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.
(A part.) L'aultre commendement nous baille
Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque, Car en lieu n'en place quelconque Je n'euz loysir de rien embler, J'ay assez à qui ressembler En ce point; je n'ay point meffait, Car, se l'en m'eust pris sur le fait, Dieu scet comme il me fust meschcu !
Cy laisse tomber à terre V espoventail celluy qui le tient
(A respoventr.il.)
Las ! monseigneur ! vous estes cheu !... Jésus ! et qui vous a bouté. Dictes? Ce n'ay-je pas esté, Vrayment, ou le diable m'emporte.
Au cas, dictes, je m'en rapporte A tous ceulx qui sont cy, beau sire, Afi&n que ne vueillez pas dire Que c'est demain ou pour demain.
Au fort, baillez-moy vostre main, Je vous ayderay à lever.
Mais ne me vueillez pas grever :
J'ai pitié de vostre fortune.
Cy apperçoit le Franc Archier, de V espoventail, que ce n'est pas ung homme.
Par le coips bieu ! j'en ay pour une ! Il n'a pié ne main; il ne hobe^;