BALLADE DE L'ACTEUR
Quant j'euz ouy ce présent mandement :
Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur, Le dessusdict, j'ay pensé fermement De moy trouver, et en prins l'adventure, Comme celuy qui, de droicte nature, Vouloit de ce faire narration, A celle fin qu'il en fust mention, A ung chascun, pour le temps advenir.
Qui s'attendent et ont intention Que les repeues les viendront secourir,
Mais ce secours est d'anciennement De tous repas le chief, et par droicture; Pourquo}', aulcuns, qui ont entendement, Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure, Et ne cerchent tant que l'argent leur dure, Mais font du leur si grant destruction, Qu'ilz en entrent en la subjection De faire aux dens l'arquemie^ sans faillir. En attendant, pour toute production, Que les repeues les viendront secourir.
J'en ay congneu, qui souvent largement Donnoyent à tous repeues outre mesure; Qui depuis ont continuellement Scrvy le Pont-à-Billon^, par droicture, Dont la façon a este à maint dure,
1. C'est-à-dire : épargner sur sa nourriture, jeûner par économie.
2. Ont toujours été dans la misère. Voyez oi-dessui, p. 243. vers ?,
En leur grant dueil et tribulation ; Mais lors n'avoyent nulle remission, Combien que ce leur fist le cueur frémir, Hz n'attendoyent aultre succession, Que les repeues les viendront secourir.
ENVOI
Prince, pour ce que ne me puis tenir Que de telz faitz ne face mention.
Puisque à mon temps les ay veu avenir. J'en vueil faire quelque narration. Et escripre, soubz la correction.
Des escoutans, afïin d'en souvenir, La présente nouvelle invention, Que les repeues les viendront secourir.