‹ Œuvres complètesChapitre 221 sur 233 · I. Pestd, pilon, du latin pesiiUum · texte numérisé non relu

I. Pestd, pilon, du latin pesiiUum

Ce seigneur menga ung petit, Car il n'avoit guère d'argent, Commendant qu'on lust diligent D'avoir quelque chose de bon, Pour son souper : ung gras chapon ; Car il pensoit bien que,- le soir.

Il devoit avec luy souper Des gentilzhommes de la cour.

L'hostesse fut bien à son gourt, Car, quand vint à compter l'escot, Le seigneur ne dist oncqucs mot, Mais tout ce qu'elle demanda Ce gentilhomme lu}^ bailla.

Disant : « Vous comptez par raison ! » Puis il sortit de la maison, Bouta son sac soubs son esselle, Et vint raconter la nouvelle A ses compaignons, et comment Il failloit faire saigement.

Il fut dit, à peu de parolles, Pour éviter grans monopolles, Que le seigneur de Pcnessac Yroit devant louer Testât Et blasonner la suffisance De ce seigneur, car, sans doubtance.

La chose le valoit très bien, Et, pour trouver meilleur moyen, Il menroit en sa compaignie, Lamesou; et n'y faillit mye.

Si vint demander à l'hostesse S'ung seigneur remply de noblesse Estoit logé en la maison.

L'hostesse respondrt que non,

Et que vrayment il n'y avoit Qu'ung Lymousin, lequel debvoit Venir au soir souper léans.

« Ha ! dist-il, dame de céans, C'est celuy que nous demandons; Par ma foy ! c'est le grant baron, Qui est arrivé au matin.

— Je n'entens point vostre latin, Dist l'hostesse vous parlez mal :

Il n'a ne jument ne cheval; Il va à pied, par faulte d'asne. »

Lors Penessac respondit : « Dame, 11 vient icy pour ung procès; Il est appellant des excès Qu'on luy a faictz en Lymousin, Et va ainsi de pied, afïin Que son procès soit plus tost faict ». L'hostesse le creut, en effet.

Alors, le seigneur de Combraye Arrive, et Dieu sçait quelle joye Ces deux seigneurs icy lui firent; Et le genoil en bas tendirent Aussi tost comme il fut venu, Et par ce point il lut congneu Qu'il estoit seigneur honorable.

Le bon seigneur se sist à table.

En tenant bonne gravité.

Vis-à-vis, de l'autre costé, S'assit le seigneur de l'hostel.

Et eurent du vin, Dieu sçait quel !

Il ne le fault point demander.

Quant ce vint à l'escot compter L'hostesse assez hault le comploi:, Mais au seigneur il n'en challoit,

Feignant qu'il fust tout plaiii d'argent.

Lors il dist qu'on fust diligent De penser à faire les litz.

Car il vouloit en ce logis Coucher puis après, par exprès, Il print son grand sac à procès.

Et le bailla léans en garde, Disant : « Qu'on me le contregarde.

Si de l'argent voulez avoir.

Il ne faut que le demander ».

L'hostcsse ne fut pas ingrate, En disant : « Je n'en ay pas h as te. N'espargnez rien qui soit céans »,

Ces seigneurs couchèrent léans L'espace de cinq ou six moys, Sans payer argent, toutcsfoys.

Non obstant ce qu'il demandoit A l'hostesse s'elle vouloit Avoir de l'argent, bien souvent; Mais il n'cstoit point bien content De mettre souvent main en bourse.

L'hostesse n'estoit point rebourse.

Et dist : « Ne vous en soucyez; Dieu mercy ! j'ay argent assez, A vostre bon commandement ».

Ces mignons pensèrent comment Hz pourroyent retirer leur sac; Et lors monsieur de Penessac Dist à ce baron de Combraye Qu'A se boutast bientost en voye.

Jugeant qu'il fust embesongné.

Ce seigneur vint, tout renfrogné.

Vers l'hostesse, par bon moyen, Et lui dit : « Mon cas va très bien;

Mon procès est ennuyt jugé.

A coup, qu'il n'y ait plus songé, Baillez-moy mon sac, somme toute, Car j'ay paour et si fays grant double, Que les seigneurs soyent départis ».

Il print son sac : « Adieu vous dis 1 Je reviendray tout maintenant ».

Il s'en alla diligemment, Atout ses procès et son sac; Et les seigneurs de Penessac Et de Lamesou l'attendoycnt; Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent, A recueillir les torcheculz Des seigneurs qui estoyent venus Aux chambres, et bien se pensoyent Qu'à quelque chose serviroyent.

Hz ostèrent tous ces procès De ce sac, et, par motz exprès, L'emplirent de ces torcheculz; Puis, au soir, quand furent venuz A leur logis, fut mis en garde.

Et, pour mieulx mettre en sai:vegarde.

Il fut bouté, par grant humblesse.

Avec les robbes de l'hostesse, Qui sentoyent le muguelias.

Au soir, firent grand raiias; Le lendemain il fut raison De départir de la maison Pour s'en aller sans revsnir. On cuydoit qu'ilz deussent venir Lendemain soupper et disner, Pour leurs offices résiner, Maiz ilz ne vindrent oncques puis.

Ilz faillirent cinq ou six nuitz,

Dont fut l'hostesse cschec et mac.

Elle n'osoit ouvrir le sac Sans avoir le congé du juge, Auquel avoit piteux déluge; Tellement qu'il fut nécessaire Qu'on envoyast ung commissaire Pour ouvrir ce sac, somme toute.

Quand il fust là venu sans doubte, Il lava ses mains à bonne heure, De paour de gaster l'escripture.

Car à cela estoit expert.

Toutesfoys, le sac fut ouvert; Mais, quand il le vit si brcncux.

Il s'en alla tout roupicux, Cuydant que ce fust mocquerie, Car il n'entendoit raillerie.

Ainsi partirent ces seigneurs De Paris, joyeux en couraige.

De tromper furent inventeurs :

Cinq mo3's vesquirent d'avantaige; De blasonncr ilz firent raige; Leur hoste fut par eulx vaincu.

Hz ne laissèrent, pour tout gaige Qu'un sac tout plain de torchecu

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