DU SOUFFRETEUX
« Où pris argent, qui n'en a point?
Remède est vivre d'avantaige.
Qui n'a ne robbe ne pourpoint, Que pourroit-il laisser pour gaige?
Toutesfoys, qui aurait l'usaige De dire quelque chansonnette Qui p;ust deûrayer le passaige, Le payement ne seroit qu'honneste. »
1,'acteur
Ainsi parloit le Souffreteux^, Qui estoit fin de sa nature; Moytié triste, moytié joyeux.
Du Palays partit, bonne alleure, En disant : « Qui ne s'adventure.
Il ne fera jamais beau fait », Pour pourchasser sa nourriture, Car il estoit de faim deffaict.
Pour trouver quelque tromperie.
Le gallant se voulust haster :
En la meilleure hostellerie Ou taverne s'alla bouter, Et commença à demander S'on avoit rien pour luy de bon; Car il vouloit léans disner, Et faire chère de façon.
Lors on demanda quelle viande Il falloit à ce pèlerin.
I. Souffreteux, pauvre diable. Au commencement dju Dialogue de Mallepaye et de Baillevent, il est question du joly souffreteux. On avait peut-être imaginé sous ce nom un personnage de sotie ou de farce.
Il rcspondit : « Je ne demande Qu'une perdrix ou un poussin, Avec une pinte de vin De Beaulne, qui soit frais tirée. Et puis apr^, pour faire fin, Le cotteret et la bonrrée ».
Tout ce qui lu\- fut convenable
Le varlet luy alla quérir
Le gallant s'en va mettre à table,
Affin de mieulx se resjoujT,
Et disna là, tout à loisir,
^Lischant le sens', trenchant du saige;
Mais il fallut, ains que partir,
Avoir ung morceau de formaige.
Adonc dit le clerc : « Mon amy.
Il fault compter, car vous devez, Tout par tout, septz solz et demy.
Et convient que me les payez.
— Je ne sçay comment les aurez, Dist le gallant, car, par sainct Gillc ! Je veulx bien que vous le saichiez.
Je ne soustiens ne croix ne pille.
— Qui n'a argent si laisse gaige; Ce n'est que le faict droicturier.
Vous voulez vivre d'avantaige.
Et n'avez maille ne denier !
Estcs-vous laiTon ou meurtrier?
t Voyez page 238, note 2.
Par Dieu, ains que d'icy je hobe.
Vous me payerez, pour abréger.
Ou vous y laisserez la robbe.
— Quant est d'argent, je n'en ay point, Affin de le dire tout hault.
Comment ! m'en iray-je en pourpoint.
Et desnué comme ung marault?
Dieu mercy ! je n'ay pas trop chault; Mais, s'il vous plaisoit m'employer.
Je vous serviray, sans deffault, Jusques à mon escot payer.
— Et comment? Que sçavez-vous faire?
Dites-le moy tout plainement,
— Quoy? toute chose nécessaire.
Point ne fault demander comment; Je gaige que, tout maintenant,
Je vous chanteray ung couplet, Si hault et si cler, je me vant, Que vous direz : « Cela me plaist ! »