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I. A. Longnon, page 42, note 2, in fin

XXIII FRANÇOIS VILLON

font supposer une correction d'un tout autre genre que celle que Philippe Cherraoie lui voulait infliger. On pourrait même croire qu'il s'agit d'une correction publique comme la jvistice en infligeait alors « au eu de la charrette ». (Voyez passim la Chronique scandaleuse.) En tout cas, c'est d'une bastonnade vigoureuse que Villon veut parler. Voilà ce que lui valut Katherine de Vauselles.

Katherine a maintes rivales : notamment une nommée Denise qui porta plainte contre Villon (p. 90).

Il en est une autre, que le poète appelle « ma chère Rose » (p. 72) et à quelques vers de là (p. 73) :

Ma damoiselle au nez tortu,

et qu'il conseille d'aborder avec ces mots injurieux :

Orde paillarde, d'où viens-tu?

sans parler de la belle Gantière qui fut son écolière (p. 50), 2t de la grosse Margot qu'il faut beaucoup de bonne volonté pour prendre tout simplement pour une enseigne de cabaret, quoiqu'il existât, en effet, un cabaret à l'enseigne de la Grosse Margot. La ballade de Margot, le dirai-je, paraît même offrir un caractère de sincéi^ité bien plus grand que les plaintes répandues çà et là par Villon sur son amoureux martyre qui sont dans la convention poétique de son temps et de tous les temps. Aussi, termme-t-ilpresque toujours ces plaintes par quelque boutade brutale, comme s'il était las de la fiction et si la véiité l'emportait :

Orde paillarde, d'où viens-tu?

Villon, selon toute apparence, ji/a j)oint conaÊn:é aji. cœur, dans sa vie agit£e-et4;4H^bulente, uûeL43as£ioiLJunique et malheureuse qu'on cherche à retrouver depuis les preriuers vers du Petit Testaiiieni (p, .2) jusqu'à la Ballade pour servir de conclusion au Grand Testament (p. 139). Il est bien plus probable que ses amours furent très variées et très passagères. Il fest certain qu'elles lui attirèrent plus d'une méchante aventure, celle du cloître Saint- Benoît est sans doute la pr::mière en date. C'est tout ce que nous pouvons dire avec quelque assurance.

Les lettres de rémission donnent à François des Loges,

FRANÇOIS VILLON XXIV

autrement dit Villon, un certificat de bonne vie et mœurs.

M Attendu que, en autres choses, il s'est bien et honorablement gouverné sans jamais avoir esté attaint, reprins ne convaincu d'aucun autre vilain cas, blasme ou reprouche. » Cela équivalait à une attestation qu'il n'avait pas encore eu affaire à la police, voilà tout. Prétendre que Villon avait été jusqu'alors studieux et rangé, et que ce fut cette affaire du cloître Saint-Benoît qui le jeta dans le désordre, dans une vie nomade et criminelle et dans la fréquentation de vauriens qui le conduisirent avec eux jusqu'au pied de la potence, c'est contredire les aveux du poète, c'est se mettre aussi en désaccord avec l'idée que va nous donner du monde où vivait l'écolier la première composition que nous connaissons de lui, et qui est datée de la fin de cette année 1456.

Vers la Noël, Villon, revenu à Paris en vertu des lettres de rémission octroyées onze mois auparavant, se préparc à quitter de nouveau Paris. Il habite encore, selon toute apparence, au cloître Saint-Benoît; chez son protecteur, puisque de sa chambre il entend sonner l'Angeliis à la Sorbonne. 11 s'avise, avant de partir, d'écrire ses lais ou ses legs, qu'on nomma par la suite le Petil Testament. (Voy. p. 6j.)

C'était une forme poétique qu'il n'inventait pas. Plusieurs poètes avaient pris avaiit lui ce cadre commode pour enchâsser leurs vers. Mais Villon en fait une sorte de contrefaçon railleuse, une manière de plaisanterie cynique qui distingue totalement son œuvre de celle de ses prédécesseurs.

Les legs qu'il fait sont des legs imaginaires, ironiques, pleins de sous-entcndus et d'équivoques aujourd'hui inexplicables. Ce sont des énigmes pour nous. Tout le sel en est évaporé. Essayez de traduire le Petit Testament en langage moderne, vous verrez ce qu'il en restera. Mais ce qu'on y aperçoit très bien, c'est que Villon était lancé à plein collier dans la gueuserie de Paris. A coup sûr, ce n'avait pas été l'affaire de quelques mois de se créer ces relations avec les mauvais sujets de l'époque, et il est probable que Villon était depuis longtemps initié aux mystères de la bohème d'alors, auprès de laquelle les bohèmes qu'on a vues de nos jours étaient des miracles d'innocence.

Cette époque du xv« siècle est singulièrement sombre

et féroce. Les mœurs y sont corrompues et brutales, les crimes sans nombre. Les longues guerres, l'occupation anglaise avaient contribué sans doute à remuer le vieux fond de barbarie. L'Université de Paris, avec ses privilège? qui en faisaient un état dans l'État, avec sa population accourue de toute l'Europe et souvent dénuée de ressources, recelait les plus dangereux malfaiteurs, ceux à qui une certaine culture d'esprit donnait à la fois plus de moyens de nuire et plus de moyens de se dérober aux poursuites de la justice. Chaque fois qu'un assassin ou un voleur se qualifiant écolier était arrêté, c'était un conflit entre l'autorité ecclésiastique, qui prétendait le juger comme clerc, et la juridiction royale. L'autorité ecclésiastique acquittait presque toujours les coupables. Il fallait pour que le lieutenant criminel du prévôt pût ressaisir ceux-ci, qu'il y eût récidive sur récidive, qu'ils fussent considérés comme déchus du privilège clérical et tombés in profunditm malorum : c'était l'expression consacrée.

Une situation si favorisée appelait dans l'Université une quantité de vauriens, de fils de famille ruinés et débauchés, à qui il suffisait, pour avoir la qualité d'écolier, de se faire inscrire aux leçons d'un maître. Il s'y développait de véritables associations de bandits, larrons, pipeurs et crocheteurs, et c'étaient ces enfants perdus des écoles qui donnaient le plus de peine à la poUce parisienne.

Dès 1455,1e Petit Testament nous donne une idée des compagnies que fréquentait l'auteur; il nous le montre en relations avec Régnier de Montigny (p. 8), un de ces fils de famille tombés in profundiim maloriim, et que les privilèges de cléricature n'empêchèrent pas d'être pendu, et cela probablement dès l'année suivante; avec Perrenet de la Barre, pipeur de dés (p. 83) et vivant de l'amoureux mestier (p. 11) ; avec Jehan le Loup et ChoUet, voleur de poullailles (p. 11), et beaucoup d'autres personnages peu rccommandables, car ce serait se faire trop d'illusion que de prendre ces pau\'Tes orphelins, ces enfants tout nus (p. 12), qu'il nous présentera par la suite avec les chapperons rabattus sur les yeux et les pouces sous la ceinture et disant : Hen'> quoi? Il n'en est rient (p. 95), de les prendre, disons-nous, pour de studieux élèves instruits par Villon dans les belles-lettres et les bonnes disciplines, quoi*

FRANÇOIS VILLON XXVI

que l'un d'eux fût, dit-on*, le fils d'un notaire au Châtelct. Et puis quelle connaissance spéciale des tavernes, cabarets, lieux de rendez-vous nocturnes, l'Abreuvoir Popin, la Tour de Nigcon, Bicêtrc (p. 9) ! quels rapports familiers avec les gens de la police et les sergents à verge (p. 10) ! quelle prévoyance avisée lui fait réclamer à l'avance le meilleur cachot du Châtclet, s'il va en prison (p. 11)! Certes, nous n'avons point affaire à un novice et, comme on disait alors, à un béjaune. De plus en plus, nous allons nous en convaincre.

Je m'en vais à Angers,

dit-il dans le Pelit Testament (p. 3).

Était-ce, comme il le prétend, pour échapper aux rigueur, d'une maîtresse inhumaine? — Avant de répondre, il nous faut résumer ici une curieuse information judiciaire exhumée des Archives par M. A. Longnon.

Une série de vols considérables eut Ucu vers cette époque. On avait volé en plein jour cinq ou six cents écus dans la chamlre d'un religieux augustin de Paris, nommé frère Guillaume Coifïicr.Un autre vol avait été commis la nuit dans le collège de Navarre. Cinq cent écus d'or y furent dérobés dans le rcvcstiaire ou sacristie de la chapelle du collège, malgré les quatre serrures d'un grand coffre et les trois serrures d'un petit coffre où cette somme était renfermée. Le principal et les maîtres du collège s'aperçurent du vol commis avec effraction dans leur sacristie le 9 mars 1456 (vieux style, 1457 nouveau style). Dès sept heures du matin, ils prévinrent deux examinateurs au Châtelet de Paris, Jean Mautaint* et Jean du Four, qui accoururent. Ceux-ci trouvèrent assemblés maître Guillaume de Châteaufort. principal du collège, maître Guillaume Éverard, maître Pierre Caros et maître Alain Olivier, docteurs en théologie, plus Laurent Pousterel, grand bedeau de la Faculté, qui les prièrent de constater le vol. On fit fermer toutes les portes du collège; on se rendit dans la sacristie,

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