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A. Longnon, p

2. Un des légataires de Villon dans le* deux Testaments (pages 10 et 98).

avec Etienne Paquot, proviseur de la maison et plusieurs autres maîtres, et en outre trois sergents à verge du Châtelet : Michault du Four^, Jehan de Tournay et Casin Porez, qui était de plus serrurier, et là, on fit examiner à celui-ci un grand coffre barré de plusieurs barres de fer, fermant à quatre serrures, puis dans ce grand coffre un autre petit coffre de noyer fermant à trois serrures et bandes de fer, enchaîné et tenant dans le grand coffre au moyen d'une chaîne de fer. Dans ce petit coffret, on ne trouva qu'un papier contenant mention des sommes et espèces d'or qui y avaient été déposées et deux cédules constatant également des dépôts d'argent.

Après cette vérification sommaire, il fut décidé qu'on visiterait les chambres du proviseur Paquot et des maîtres Simon Germain, Guillaume de Campanes et Etienne des Guerrois qui avaient la garde des clefs de la chapelle et de la sacristie. On ne trouva rien dans cette visite qui pût éveiller aucun soupçon.

Il fut décidé que les serrures des coffres ouverts seraient examinées par neuf serruriers experts, et cela eut lieu le jour suivant, lo mars. Les serruriers prêtèrent serment, se li v'rèrent à un examen minutieux, et firent un rapport dans lequel ils constatèrent toutes les pesées, crochetages, violences dont les deux coffres portaient les traces. Ils concluaient que les auteurs du vol n'étaient pas des gens trop habiles, qu'il leur avait fallu beaucoup de temps pour opérer lesdites fractures, qu'ils devaient avoir des outils, marteaux, ciseaux, etc., et que le crime ne devait pas remonter à plus de deux ou trois mois.

Des circonstantes tout à fait fortuites mirent la poUce sur la trace des coupables.

Messire Pierre Marchant, prieur-curé de Paray au diocèse de Chartres, vint à Paris pour ses affaires la veille du dimanche de Quasimodo, 1457. Le dimanche ou le lundi, il déjeunait à la Taverne de la Chaire, au Petit-Pont, ainsi qu'un autre prêtre, et que maître Guy Tabarie, celui-là même que Villon désigne dans le Grand Testament comme le copiste ou peut-être le rédacteur d'un certain roman du

z. Autre légataire de Villon (p. 82),

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Pet-au-diable, et à qui il décerne imprudemment un certificat de véracité (p. 68).

Maître Guy Tabarie, dont la langue est intempérante, adresse la parole à Pierre Marchant et lui demande des nouvelles, et aussitôt il se met à lui en donner des siennes, et à narrer ses propres aventures qui n'étaient pourtant pas de celles dont on dût éprouver le besoin de faire confidence à tout le monde. Il raconte qu'il a été longtemps dans les prisons de Monseigneur l'Évêque de Paris, parce qu'on l'avait accusé d'être crocheteur de serrures. Pierre Marchant, ayant entendu parler du vol dont frère Guillaume Coifi&er avait été victime, interrogea maître Guy sur les crochets et la marùère de s'en servir, pour voir s'il n'obtiendrait pas ainsi quelques renseignements relatifs à l'événement dont il avait l'esprit frappé.

Il feignit, pour mieux capter la confiance de l'écolier, de vouloir se mettre de la partie et s'affilier à la bande des crochctcurs. Maître Guy lui parla des instruments en question auxquels nulle serrure, selon lui, n'était capable de résister. Il en avait en sa possession dernièrement encore, mais, dans une circonstance pressante, il les avait jetés à la Seine, de peur qu'on ne les trouvât sur lui. Il lui en ferait voir tout de même entre les mains de ses compagnons. Un de leurs principaux compUccs était un orfèvre nommé Thibaut, qui fabriquait ces crochets. C'était lui aussi qui fondait l'or et l'argent dérobés afin que les objets ne fussent pas reconnus.

Le lendemain, c'est-à-dire le lundi ou le mardi de Quasimodo 1457, le curé-prieur conduisit Guy Tabarie, avec qui il avait pris rendez-vous au cabaret de la Pomnie-de-Pin, en la rue de la Juiverie,dans la Cité. Après bjire, Guy Tabarie mena sa nouvelle recrue à l'église Notre-Dame. Là, il lui montra quatre ou cinq jeunes compagnons qui tenaient francliise en l'église, c'est-à-dire qui profitaient du droit d'asile dont elle jouissait. Ils s'étaient nouvellement évadés des prisons de l'évêque. Guy Tabarie montra parmi eux au prieur un petit jeune homme de 26 ans environ, ayan: les cheveux longs par derrière, et il le désigna comme le plus subtil et le plus habile crocheteur de toute la bande, à qui rien n'était impossible en pareil cas. Guy présenta alors Pierre Marchant aux compagnons, qui

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firent à celui-ci bon accueil. Ils parlèrent de leurs entreprises, mais en termes généraux. Après quoi, Guy et le prieur prirent congé d'eux et sortirent de l' église. Guy, montrant à son nouvel ami de plus en plus de confiance, lui parla des projets que lui et ses compUces méditaient de mettre à exécution dès que ceux-ci pourraient quitter la « franchise » de Notre-Dame. L'orfèvre Thibaut devait forger des crochets pour crocheter la chambre et les coffres de maître Robert delà Porte, en ce moment absent de Paris. Il leur fallait seulement attendre l'arrivée d'un religieux augustin, cousin de l'orfèvre Thibaut, qui leur avait promis de les cacher dans sa chambre, et là de leur fournir des habits de reUgieux, pour rendre leur expédition plus facile.

Il revint sur sa récente délivrance de la prison épiscopale et reconnut que cette délivrance avait été principalement due à l'argent de frère Guillaume Coifiier. Pierre IMarchant l'interrogeant sur cette affaire, Guy dit que, sur les cinq ou six cents écus enlevés au religieux, lui, Tabarie, en avait eu huit environ, que Thibaut lui avait apportés à la prison pour gagner le geôlier. C'était une bagatelle que ce vol, dont Pierre Marchant était si émerveillé. Ils avaient naguère fait un coup au collège de Navarre qui aurait dû leur rapporter bien davantage. Ils avaient bien enlevé d'un coffre cinq ou six cents écus, mais l'un d'eux les avait détournés et empêchés de crocheter des armoires où ils auraient trouvé quatre ou cinq mille écus. Aussi maudissaient-ils le compagnon qui leur avait donné ce mauvais conseil.

Naguère, ils avaient tenté un coup sur l'église des Math urins, mais les chiens les avaient dénoncés. C'est à la suite de cet échec qu'ils avaient détroussé frère Guillaume Coiffier. Celui-ci avait été dérobé en plein jour. Un de leurs complices était allé trouvé frère Guillaume Coiffier et l'avait conduit à l'égUse des Mathurins pour lui faire dire une messe pour lui. Pendant ce temps-là, les autres forçaient la chambre du religieux et emportaient un coffret contenant cinq à six cents écus et de la vaisselle d'argent.

Un des jours suivants, Tabarie amena au prieur un jeune compagnon, âgé de vingt-huit à trente ans, ayant la barbe noire, court- vêtu, et se faisant appeler maître Jehan. Ils donnèrent rendez-vous à Pierre Marchant dans

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l'église Saint-Germain-des-Prés, le lundi, pour concerter quelque entreprise. Thibaut y apporterait des crochets. Pierre Marchant n'y alla point. Guy vint le trouver à son hôtellerie, et lui demanda pourquoi il n'était pas venu comme il l'avait promis. L'autre s'excusa sur des affaires qu'il avait. Il offrit à déjeuner à maître Guy, toujours sensible à ces attentions. Guy lui raconta alors que lui et maître Jehan s'étaient rendus à Saint-Germain. Thibaut y avait apporté des crochets pour les montrer à mcssire Pierre. Quant au coup à faire chez maître Robert de la Porte, il était un peu éventé, il fallait le différer; par conséquent, Guy dit ensuite au prieur qu'ils avaient un autre complice nommé maître François Villon, lequel était allé à Angers en une abbaye où il avait un oncle religieux. Il y était allé pour savoir l'état d'un religieux âgé de la même abbaye, qui passait pour avoir cinq ou six cents écus. Dès qu'il serait de retour, et selon le rapport qu'il en ferait aux compagnons, ils se rendraient tous ensemble dans ce pays, et quelque matin seraient sans faute en possession du trésor. Guy Tabarie finit par un éloge de maître Jehan qui fabriquait des crochets aussi bien que l'orfèvre Thibaut, et invita le prieur à prendre patience, qu'il ne s'agissait que de trouver une bonne occasion et qu'il n'attendrait pas longtemps.

Pierre Marchant, trouvant peut-être qu'il s'était assez engagé comme cela, ou pressé de s'en retourner à Paray, alla, le mardi 17 mai, faire sa déposition devant maître Jehan du Four, examinateur au Châtelct, qui la reçut sous serment.

Il ne semble pas que ces révélations aient eu des conséquences immédiates, l'éveil ayant été donné peut-être à Tabarie et à ses complices. Ce n'est qu'après plus d'un an que maître Guy fut arrêté et emprisonné, d'abord au Châtelct. Mais, comme toujours, il fit valoir sa qualité de clerc, et fut transféré, le 26 juin 1458, dans la prison épiscopale. Il fut interrogé une première fois, le mercredi 5 juillet, en pré.'-ence de maîtres Guillaume Sohier, Jehan Rebours, Denis Lecomte, François de la Vacquerie^, Jehan Laurenz^ Jehan le Fourbeur et du notaire Truisy.

I et 2. Légataires de Villoa, dans le Grand Testament, p. 89.

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Guy Tabarie, ayant juré sur l'Évangile de dire toute la vérité, avoua ce qui suit relativement au vol du collège de Navarre. Ce vol fut commis aux environs de la Noël (dernièrement passée, dit l'interrogatoire; mais c'est une erreur évidente, il s'agit de la Noël de 1456, puisque la déposition de Pierre Marchant est de mai 1457). Un jour, il rencontra maître François Villon et CoUn de Cayeux qu'il n'avait jamais vu, sinon une seule fois avec le même François Villon. Maître François lui donna charge d'aller commander à souper pour eux à la taverne de la Mule, devant Saint-Mathurin. Avec eux, dînèrent un moine de Picardie, qu'on appelait dom Nicolas, et un nommé Petit- Jehan, inconnu de Guy. Après le souper, maître François Villon, Colin de Cayeux, dom Nicolas, adjurèrent maître Guy de ne rien dire de ce qu'il verrait ou entendrait et de venir avec eux, sinon de se retirer. Ils se rendirent enseml^le à la maison où demeurait d'ordinaire maître Robert de Saint-Simon. Ils y entrèrent l'un après l'autre, en passant par-dessus un petit mur. Là, ils se dépouillèrent de leurs vêtements de dessus (gippons) et se dirigèrent vers le collège de Navarre où ils pénétrèrent en franchissant, à l'aide d'une échelle qu'ils avaient prise chez maître Robert, un grand mur dormant sur la cour du collège. Tabarie, lui, n'y alla point, il resta pour garder les vêtements, dans la maison de Saint-Simon, jusqu'au retour des autres. Ceux-ci étaient entrés dans le collège vers dix heures de la nuit, ils en revinrent vers douze heures. Ils dirent à Guy qu'ils avaient gagné une centaine d'écus et lui montrèrent un petit sac de grosse toile dans lequel était l'or Ils lui dirent qu'ils le tueraient s'il les trahissait, et, pour mieux s'assurer son silence, ils lui donnèrent dix écus d'or qu'il accepta. Ils ajoutèrent, en le quittant, qu'il y avait encore deux bons écus pour dîner le lendemain. Guy apprit par la suite que le produit du vol avait été plus considérable qu'ils ne lui le avaient dit; ils ne lui cachèrent plus qu'ils avaient eu, en effet, chacun une centaine d'écus d'or.

Après cette déposition. Tabarie fut interrogé. On lui demanda si les serrures avaient été soulevées ou ouvertes aux crochets, il répondit qu'il n'en savait rien, qu'il ne leur avait point vu de crochets, qu'il savait seulement que Colin de Cayeux et surtout Petit-Jehan étaient d'ha-

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biles crocheté urs, quoiqu'il ignore s'ils ont commis d'autres vols que celui dont il est question.

Interrogé sur le vol dont un religieux du couvent des Augustins de Paris avait été victime, il répondit qu'il ne pavait rien de cette afiaire. Au temps où ce vol avait eu lieu, lui, Tabarie, était dans la prison épiscopale, pour s'être battu avec Casion ChoUet^.

A lui demandé s'il connaissait Pierre Marchant, il répondit que non.

— S'il ne lui avait pas dit que c'était avec l'argent volé chez frère Coiffier qu'il était sorti de la prison épiscopale ? — Il répondit que non.

— S'il n'avait pas entendu dire et répété qu'ils avaient projeté de détrousser l'église de Saint-Mathurin, mais que les chiens les avaient dénoncés? — Il répondit que non.

— S'il n'avait pas dit que maître François Villon était allé à Angers pour y observer un ecclésiastique très riche, et que selon le rapport qu'il ferait, ils iraient ensemble le dépouiller? — Il répondit que non.

— Depuis combien de temps il connaissait maître François Villon, Colin de Cayeux, Petit- Jehan? — Il répondit qu'il connaissait maître François Villon depuis longtemps, qu'il n'avait jamais vu jusqu'alors Petit-Jehan; qu'il avait vu Colin de Cayeux une autre fois avec Villon.

— S'il n'est point sorti de la prison épiscopale au moyen du vol commis au préjudice du religieux augustin? — Il avoue que Colin de Cayeux lui a dit qu'il avait donné à Petit-Thibaut quatre écus pour aider à sa délivrance, et qu'ensuite lui, Tabarie, à entendu dire que Petit-Thibaut était soupçonné d'être un des auteurs de ce vol.

Le vendredi 7 juillet, Guy Tabarie fut amené cette fois dans la salle de la question, et, en présence de vénérables et grands maîtres, Etienne de Montigny, Robert Tuleu, docteurs en décrets, Simon Chappitault, Denis Lecomte, François Ferrebouc, François de la Vacqucrie et plusieurs autres, l'interrogatoire recommença relativement à ses relations avec Pierre Marchant, et comme Guy déclarait ne pas le connaître, on lui lut la déposition du prieur. Il dut courber la tête et confesser que cette déposition contenait

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