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FRANÇOIS VILLON XXXVIII

chaleureuses contre tous ceux qui veulent du mal au royaume de l-rance. Là où il n^est que peintre, et parfois peintre de rudes et grossiers tableaux, on admire la vîpucuf de" la touche, la force de l'expression.

Le néant des choses et des êtres l'inspire souvent et toujours avec bonheur. Une tristesse railleuse relève chez Villon cet étemel lieu commun et lui donne une saveur inattendue.

Enfin hsez, dans des genres différents, la Ballade des dames du temps jadis (p. 37), les Regrets de la belle Heaulmière (p. 46), l'Oraison pour l'iimc de maistre Jehan Cotard (p. 91), la Ballade des Coulredicts de Fra)ic-Gontier (p. loG), celle des l'cmmcs de Paris (p. 109), la Ballade de bonne doctrine (p. 120), les Huitains CXLVIII à CLI, et même la Ballade de la Grosse Margot (p. 114), au point de vue de la forme, et vous serez convaincus que nous n'avons rien de plus net, de plus ferme, de mieux tourne dans la langue française.

Ajoutez-y la fameuse Ballade pour lui et ses amis qui s'attendaient à être pendus (p. 143), et vous avez tout Villon, l'impérissable Villon.

Après le Grand Testament, maître François disparaît complètement à nos yeux. Il y a dans Rabelais deux anecdotes dont il est le héros, mais ces anecdotes sont évidemment altérées par la tradition, et il est impossible de déterminer dans quelle mesure elles doivent être admises par les biographes.

La première, celle de la conversation de notre auteur avec un roi d'Angleterre, qui serait, en tous cas, Edouard IV et non Edouard V (comme le dit Rabelais), est une facétie réchaufïée. Le prince lui montrait les armes de France peintes dans le lieu le plus secret de son palais : « Vous êtes très sage, répondit Villon, et très curieu.x de votre santé et de sa conservation, puisque cet objet formidable agit sur vous, lorsque vous êtes constipé, aussi efficacement que cinquante purgations ».

La réplique attribuée à Villon existe déjà dans un manuscrit latin de la Bibliothèque de Tours, du xiii^ siècle, mise sur le compte d'un autre écolier. M. Léopold Delisle* la

X. Bibliothèque de l'École des Chartes, tome XXIX, p. 604 605, et tome XXX, p. 332 333.

XXXIX FRANÇOIS VILLON

rapporte ainsi : " Idevi (Httg'i} mavevs cum rege Anglie (Johanne) duxit eum cum Iwnme ad caméras. Rex auiem fecerat depùigi in hostio camerarnm intus rcgem Philippiim monoculum , et ait rex : « Vide, Hugo, quomodo fedavi regem tuum. — Vere, dixit, sapiens estis. — Quare, inquit, hoc dicisl — Quia fecisti depingi eum. — Et quare. ^ — Quia est admirabile quod quando videtis eum que vous ne vous effouriez tous. »

L'autre anecdote, celle du tour sinistre qu'aurait joué Villon, à Saint-Maixent, en Poitou, à un sacristain des CordcUers, peut avoir été recueillie dans le pays par l'auteur du Pantagruel. Afin de se venger de ce sacristai i nommé Etienne Tappecoue, qui avait refusé de leur prêter une chap-^ et une étole pour costumer Dieu le père dans une représentation du mystère de la Passion, \'illon et ses compagnons se déguisent en diables et font une telle peur à frère Tappecoue qui revenait de la quête, monté sur sa jument, que le pauvre moine lâche la bride, tombe le pied dans l'étrier et est traîné a à escorchc-cul « jusqu'au couvent où l'on ne ramasse que les.lambeaux de son cadavre. Qu'y a-t-il de vrai dans cette anerdote qui nous montre Villon à la fin de ses jours trop fidèle à lui-même [sibi constans)?... Rabelais a-t-il « agrémenté » son récit? Toutes questions auxquelles on n'a rien à répondre. On ne peut que signaler ces anecdotes à la curiosité du lecteur.

A quelle époque et en quelles circonstances Villon mourut-il? C'est ce qu'on ignore entièrement.

Ses poésies, conservées probablement dans la mémoire des écoUers parisiens, furent imprimées vers la fin du siècle (la première édition datée est de 14S9) et n'ont plus cessé d'être fréquemment réimprimées jusqu'à nos jours.

Louis M0L.\N'D

CLÉMENT MAROT DE CAHORS Varlet de chambre du Roy

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