SCÈNE II
Un camp sous les murs de Rome.
ARNOLD et CÉSAR.
Ces. Tu es arrivé à bon port.
Arn. Oui, en passant sur des cadavres; mes yeux sont pleins de sang.
Ces. Essuie-les, et vois-y clair. Diantre! sais-tu que lu es un conquérant? Te voila le chevalier favori et le frère d'armes du brave Bourbon, ci-devant connétable de France, à la veille de devenir le maître de Rome qui fut le maître de la terre sous ses empereurs, et qui, empire hermaphrodite, changeant de sexe sans changer de sceptre, est aujourd'hui la maîtresse de l'ancien monde.
Arn. Comment, Vancien monde? y en a-t-il un nouveau?
Ces. Pour vous autres hommes. Vous connaîtrez bientôt
354 ŒUVRES DE LOHD BTRON.
son existence par ses riches productions, des maladies nouvelles et son or ; une moitié de l'univers le nommera le nouveau monde, parce que vous ne connaissez rien que sur le douteux témoignage de vos oreilles et de vos yeux.
Arn. Ce sont eux que je veux croire.
Ces. Croyez-les! Ils vous tromperont agréablement, et cela vaut mieux que l'amère vérité.
Arn, Chien!
Ces. Homme !
Arn. Démon!
Ces. Votre très obéissant et très humble serviteur.
Arn. Dis plutôt mon maître. Tu m'as entraîné jusqu'ici à travers des scènes de carnage et de débauche.
Ces. Et où voudrais-tu être?
Arn. Oh! en paix! en paix!
Ces. Et qui est en paix dans l'univers? Depuis l'étoile jusqu'au vermisseau rampant, tout ce qui a vie est en mouvement, et dans la vie la commotion est le dernier degré de la vie. La planète tourne jusqu'à ce qu'elle devienne comète, et, détruisant les étoiles sur son passage, elle disparaît. Le ver chélif rampe sur la terre, vivant de la mort d'autres êtres, et cependant il faut qu'il vive et meure, soumis à ce je ne sais quoi qui le fait vivre et mourir. Tu es tenu d'obéir à ce qui commande l'obéissance de tous, a la loi immuable de la Nécessité. La révolte contre ses décrets ne réussit pas.
Arn. Et quand elle réussit?
Ces. Ce n'est plus la révolte.
Arn. Réussira-t-elle maintenant?
Ces. Bourbon a ordonné de livrer l'assaut, et k la pointe du jour il y aura de l'ouvrage.
Arn. Hélas ! faut-il que Rome succombe! Je vois d'ici le temple gigantesque du vrai Dieu et de son saint fidèle, l'apôtre Pierre. Il élève son dôme et son divin symbole vers ce même ciel où le Christ monta par le chemin de la croix, rendu par son sang un gage de bonheur et de gloire, comme autrefois de tortures pour lui, fils de Dieu et Dieu lui-même, seul et dernier refuge de l'homme.
Ces. On y voit, et on y verra encore...
Arn. Quoi?
Ces. Le crucifix la-haut, et plus d'un autel là-bas, comme aussi des couleuvrines sur les remparts, et des arquebuses, et je ne sais quoi encore, sans compter les hommes qui doivent y mettre le feu pour tuer d'autres hommes.
Arn. Et ces arceaux superposés, ces constructions éternelles, qu'on a peine à croire l'ouvrage de l'homme; ce théâtre où les empereurs et leurs sujets (ces sujets étaient des Romains) contemplaient le combat des monarques du désert et des forêts, le lion et l'éléphant, ces enfants de la solitude, jusque-là indomptés, qu'on faisait lutter dans l'arène; — il ne leur restait plus de peuples à conquérir, et il fallait que la forêt payât son tribut de vie à leur amphithéâtre, il fallait que les guerriers de la Dacie s'égorgeassent entre eux pour amuser un moment le peuple romain; et puis l'on passait à un nouveau gladiateur; — faut-il aussi que cela soit détruit?
Ces. La ville, ou l'amphithéâtre? l'église de Saint-Pierre, ou. toutes les autres églises? car tu confonds ces choses et moi avec elles.
Arn. Demain le signal de l'assaut sera donné au premier chant du coq.
Ces. S'il se termine le soir avec le premier chant du rossignol, ce sera une nouveauté dans l'histoire des grands sièges; car après de longues fatigues, il faut bien que les hommes aient leur proie.
Abn. Le soleil se couche aussi calme, et peut-être plus beau que le jour où. Rémus franchit le premier fossé de Rome.
Ces. Je l'ai vu.
Arn. Toi?
Ces. Oui, mon cher; tu oublies que je suis, ou du moins que j'étais un esprit, jusqu'au moment où j'ai pris ta défroque, et un nom pire encore. Maintenant, je suis César et bossu. Eh bien! le premier des Césars était chauve, et, si l'on en croit l'histoire, il faisait plus de cas de ses lauriers comme perruque que comme gloire". Ainsi va le monde, mais cela ne doit pas nous empêcher d'être gais. Tout bon-
liomme que je suis, j'ai vu ton Romulus tuer son frère, ce jumeau sorti du même flanc que lui, parce qu'il avait sauté un fossé. Rome n'avait pas de murs alors ; le premier ciment de la ville éternelle fut le sang d'un frère, et si demain le sang de ses habitants coule à grands flots jusqu'à ce que le Tibre déborde et que ses eaux deviennent aussi rouges qu'elles sont jaunes, cela ne sera rien auprès du carnage dont ce peuple de brigands, cette postérité du fratricide, a rougi la terre et l'Océan, qui furent pendant tant de siècles le théâtre de ses exploits destructeurs.
Arn. Mais qu'a fait leur postérité éloignée, cette population actuelle, qui a vécu dans la paix du ciel, et s'est réchauffée au soleil de la piété?
Ces. Et qu'avaient fait ceux que les anciens Romains ont écrasés? — Écoute!
Arn. Ce sont des soldats qui chantent dans leur insouciance frivole, a la veille de tant de trépas et peut-être du leur.
Ces. Et pourquoi ne feraient-ils pas entendre le chant du cygne? Il est vrai que ce sont des cygnes noirs.
Arn. Je vois que tu es savant.
Ces. Dans la grammaire, assurément. J'ai de tout temps été élevé pour la profession de moine; j'étais autrefois très versé dans la connaissance des lettres étrusques, et si je voulais, je rendrais leurs hiéroglyphes aussi intelligibles que votre alphabet.
Arn. Et pourquoi ne le fais-tu pas?
Ces. J'aime mieux transformer l'alphabet en hiéroglyphes ; il en est de même de vos hommes d'État, de vos prophètes, pontifes, docteurs, alchimistes, philosophes, et je ne sais quoi encore; ces gens-là ont construit plus de tours de Babel sans dispersion nouvelle que la gent bégayante sortie de la vase du déluge, ces hommes primitifs qui échouèrent et se séparèrent, pourquoi? Parbleu, parce que nul ne pouvait comprendre son voisin. Les hommes sont mieux avisés maintenant; le non-sens et l'absurdité ne sont plus une raison déterminante de séparation. Tout au contraire, c'est là ce qui constitue la base fondamentale de leur société; c'est
LE DIFFORME TRANSFORMÉ. PARTIE I, SCÈNE il. 357
leur Shibbolelh, leur Koran, leur Tlialmud, leur cabale, la pierre angulaire sur laquelle ils bâtissent.
Akn. Élernel goguenard, tais-loi ! Comme le chant grossier de ces soldats s'adoucit dans le lointain et acquiert la cadence d'un hymne harmonieux! Écoutons.
Ces. Oui, j'ai entendu chanter les anges.
Arn. Et hurler les démons.
Ces. Et les hommes aussi. Écoulons : j'aime la musique. (On entend dans le lointain la voix des soldats qui chantent ce qui suit:)
« Les bandes noires ont franchi les Alpes et leurs neiges; « avec Bourbon ^^ le proscrit elles ont traversé le large « Éridan; nous avons battu tous nos ennemis; nous avons a fait prisonnier un roi; nul ne nous vil jamais tourner le « dos. Ainsi chantons ! Vive a jamais Bourbon ! Quoique nous « soyons tous sans sou ni maille , nous allons donner un « nouvel assaut à ces vieilles murailles ; avec Bourbon a « notre tête, à la pointe du jour, nous nous réunirons devant « les portes, et tous ensemble nous forcerons les murs ou « nous les franchirons. Quand chacun de nous posera sur « l'échelle un pied courageux, nous pousserons des cris de « joie, et il n'y aura de muet que la Mort. Avec Bourbon, « nous escaladerons les remparts de la vieille Rome, et « alors qui comptera les dépouilles de tous ces édilices? « Vivent, vivent les lis ! à bas les clefs de saint Pierre! Dans « la vieille Rome aux sept collines, nous prendrons à l'aise « nos ébats. Le sang coulera dans ses rues ; son Tibre en « sera rougi, et ses temples antiques résonneront du bruit « de nos pas. Vive Bourbon! vive Bourbon! vive Bourbon! a c'est le refraiu de notre chanson! En avant, en avant! « avec l'Espagne pour avant-garde, notre armée cosmopolite « s'avance ; après l'Espagnol viennent les tambours de « l'Allemagne, et les lances des Italiens sont brandies contre « leur mère; mais nous avons pour chef un enfant de la « France, en guerre avec son frère! Vive Bourbon! vive « Bourbon! sans foyer, sans patrie, nous suivrons Bourbon ^ au pillage de la vieille Rome. »
Ces. Voilà une chanson qui, ce me semble, ne doit guère être du goût des assiégés.
Arn. Oui, s'ils sont fidèles à leur refrain; mais voici le général avec ses officiers et les hommes qui ont sa conliance j un rebelle de bonne mine, ma foi !
(Arrive le connétable de BOURBON avec PHILIBERT, sa suite, etc.)
Phil. Qu'avez-vous, noble prince ? vous ne paraissez pas gai ?
BouRB. Pourquoi le serais-je ?
Phil. La plupart le seraient à la veille d'une conquête comme celle qui nous attend.
BouRB. Si j'en étais sûr!
Phil. Ne doutez pas de nos soldats. Quand les murs seraient de diamant, ils les briseraient. C'est une redoutable artillerie que la faim.
BouRB. Ils ne broncheront pas; c'est la moindre de mes inquiétudes. Comment échoueraient-ils, ayant Bourbon à leur tête et stimulés par la faim ? — Quand ces vieux remparts seraient des montagnes, et ceux qui les défendent pareils aux dieux de la fable, je compterais sur mes Titans; — mais maintenant.. .
Phil. Ce n'est, après tout, qu'a des hommes que neus avons affaire.
BouuD. C'est vrai ; mais ces murs ont vu des siècles de gloire, et il en sortit d'héroïques génies. Le passé de Borne triompliante, et son ombre actuelle, sont peuplés de ces guerriers. Il me semble les voir errer comme des ombres sur les remparts de la ville éternelle, étendre vers moi leurs mains glorieuses et sanglantes, et me faire signe de ra'éloigner.
Phil Laissez-les faire! La menace de ces ombres vous fera-t-elle reculer ?
BouRB. Elles ne me menacent point. J'aurais bravé, je crois, les menaces d'un Sylla; mais elles joignent et lèvent vers le ciel leurs mains livides et suppliantes; leurs visages maigres et leurs regards fixes fascinent le mien. Bcgarde!
Phil, Je ne vois que de hauts créneaux, et...
BouRB. Et de ce coté ?
PiiiL. Pas même une sentinelle relies se tiennent prudemment derrière le parapet, pour éviter quelques balles égarées de nos lansquenets à qui il pourrait prendre envie de s'exercer à la fraîcheur du crépuscule.
BouRB. Tu es aveugle.
PiiiL. Si c'est l'être que de ne voir que ce qui est.
BouRB. Dix siècles ont rassemblé leurs héros sur ces murs. Le dernier Caton est là qui déchire encore ses entrailles plutôt que de survivre à la liberté de cette Rome que je veux rendre esclave; et le premier César, entouré du cortège de ses victoires, marche de créneaux en créneaux.
Phil. Rangez donc sous vos lois la ville pour laquelle il a vaincu, et soyez plus grand que lui.
BouRB. Oui, il le faut, ou je périrai.
PiiiL. Cela n'est pas possible. Mourir dans une telle entreprise, ce n'est pas mourir , c'est voir se lever l'aurore d'un jour éternel. [Le comte Arnold et César s'avancent. )
Ces. Et ceux qui sont tout uniment des hommes — sontils aussi condamnés h, suer sous les rayons brûlants de cette dévorante gloire ?
BouuB. Ah ! salut au caustique bossu, ainsi qu'à son maître, le plus beau de notre armée, aussi brave que beau, aussi généreux qu'aimable! Nous vous trouverons à tous deux de l'occupation avant l'aube.
Ces. N'en déplaise à votre altesse, elle trouvera elle-même suffisamment de quoi s'occuper.
BocRB. Le cas échéant, il n'y aura pas de travailleur plus zélé que moi, bossu.
Ces. Vous pouvez me donner ce nom , car vous m'avez vu par derrière, en votre qualité dégénérai, placé à l'arrièregarde au moment de l'action ; — mais vos ennemis n'en pourraient dire autant.
BoL'RB. La réplique est bonne, car je l'ai provoquée ; — mais la poitrine de Bourbon s'est toujours présentée et se présentera toujours au danger, aussi promplemenl que la vjôtre, fiissiez-vous le diable.
CÉs..Sijerélais,j'auraispum'épargnerlapeinede venir ici.
Phil. Pourquoi cela ?
Ces. La moilié de vos bandes courageuses ira bientôt a lui de son propre mouvement , et vous y enverrez l'autre plus promptement encore et non moins sûrement.
Boup.B. Arnold, voire ami le bossu n'est pas moins serpent dans ses discours que dans ses actes.
Ces. Votre altesse se méprend beaucoup : le premier serpent était un flatteur, — je n'en suis pas un; et, quant à mes actes, je ne pique que lorsque je suis piqué.
BouRB. Vous êtes brave, et cela me suffît; vous êtes aussi prompt à la repartie qu'a l'action, — et cela vaut mieux encore. Je ne suis pas seulement un soldat, mais le camarade des soldats.
Ces. C'est une fort mauvaise compagnie, altesse, et pire encore pour leurs amis que pour leurs ennemis, en ce sens qu'avec les premiers la connaissance est de plus longue durée.
Phil. Allons! drôle, tu portes l'insolence au delà des privilèges d'un bouffon.
Ces. Vous entendez par là que je dis la vérité ; je mentirai si vous voulez, rien n'est plus facile; alors vous me louerez de vous avoir appelé un héros.
BouRB. Philibert, laisse-le; il est brave, et avec sa figure basanée et son dos protubérant , on l'a toujours vu le premier au combat ou à l'assaut, et le plus patient à supporter les privations; quant à sa langue, dans un camp on peut prendre quelques licences, et les vives reparties d'un gai vaurien sont de beaucoup préférables, solon moi, aux jugements grossiers et stupides d'un esclave grondeur, triste et affamé, à qui il faut, pour le contenter, un bon repas, du vin, du sommeil, et quelques maravédis, avec lesquels il se croit riche.
Ces. 11 serait heureux que les princes de la terre n'en demandassent pas davantage.
BoL'RB. Tais-toi.
Ces. Oui ; mais je ne resterai pas inactif. Ne soyez pas chiche de paroles, vous n'en avez pas pour longtemps.
Phil. Que prétend cet audacieux bavard?
Ces. Bavarder comme d'autres proptièles.
BouRB. Philibert, pourquoi le contrarier? N'avons-nous pas assez h penser? Arnold, demain je commanderai l'assaut.
Arn. C'est ce que j'ai appris, seigneur.
BouRB. Et vous me suivrez ?
Arn. Puisqu'il ne me sera pas permis de marcher le premier.
BouRB. Pour stimuler notre armée en proie aux plus dures privations, il faut que son chef soit le premier à mettre le pied sur le premier éclielon de l'échelle la plus avancée.
Ces. Sur le plus haut échelon, j'espère : c'est ainsi qu'il prendra le rang qui lui est dû.
BouRB. Peut-être que demain la grande capitale du monde sera en notre pouvoir. A travers tous les changements successifs, la ville aux sept collines a conservé sa domination sur les peuples; les Césars ont fait place aux Alarics, les Alarics aux pontifes; Romains, Goths ou prêtres, sont restés les maîtres du monde. Siège de la civilisation, de la barbarie ou de la religion, les murs de Romulus sont demeurés le cirque d'un empire. Eh bien ! ils ont eu leur tour, — nous aurons le nôtre; espérons que nous combattrons aussi bien, et que nous gouvernerons mieux.
Ces. Sans doute, les camps sont l'école des droits civiques. Que ferez-vous de Rome ?
BouRB. Nous la rendrons ce qu'elle était.
Ces. Au temps d'Alaric ?
BouRB. Non, eslave! au temps du premier César, dont tu portes le nom, comme plus d'un chien...
Ces. Et plus d'un roi! C'est un grand nom pour des chiens de combat.
BouRB. Il y a un démon dans celte langue de serpent à sonnettes. Ne parleras-tu jamais sérieusement?
Ces. Jamais k la veille d'une bataille : — cela ne serait pas d'un soldat. C'est au général à réfléchir; nous autres aventuriers, nous pouvons rire. De quoi nous inquiéterionsnous? notre chef est une divinité tutélaire qui prend soin de
nous. Règle générale, que les soldais pensent le moins possible! si jamais ces gens-Ia se mettent à réfléchir, il vous faudra prendre Rome à vous tout seul.
BouRB. Vous pouvez narguer; car, heureusement pour vous , vous ne vous en battez pas plus mal.
Ces. Je vous remercie de cette liberté que vous me donnez; c'est la seule solde que j'aie encore touchée au service de votre altesse.
BouRB. Eh bien! demain vous vous payerez vous-même. Voyez ces remparts, c'est la qu'est mon trésor. — Mais, Philibert, il faut nous rendre au conseil. — Arnold, nous requérons votre présence.
Arn. Prince ! disposez de moi au conseil comme sur le champ de bataille.
BouRB. En toute occasion nous apprécions vos services, et demain à la pointe du jour vous occuperez un poste de confiance.
Ces. Et moi ! quel sera mon poste ?
BouRB. De marcher à la gloire sur les pas de Bourbon. Bonne nuit!
Arn. {à César). Prépare notre armure pour l'assaut, état tends-moi dans ma tente.
(Bourbon et sa suite, Arnold et Philibert, s'éloignent.)
Ces. Dans sa tente ! penses-tu donc que je te laisse éloigné de moi, ou que ce coffre contrefait qui contenait ton principe vital soit autre chose pour moi qu'un masque ? Parbleu ! les voilà donc ces hommes, ces héros, ces guerriers, la fleur des bâtards d'Adam ! Voilà ce que c'est que de donner à la matière la faculté de penser; substance opiniàlre, ses pensées et ses actes sont un chaos, et sans cesse elle retombe dans ses premiers éléments. Eh bien! je vais m'amuser avec ces chélives marionnettes : e'est le passe-temps d'un esprit à ses heures de loisir. Quand cela m'ennuiera, j'ai de l'occupation parmi les astres que ces pauvres créatures croient faits tout exprès pour le plaisir de leurs yeux. Ce serait l'affaire d'un moment que d't n faire descendre un à présent au milieu de ces gens-là, et de mettre le feu à leur fourmi-
LE DIFFORME THANSFOnMÉ. PARTIE II, SCÈNE I. 363
licre. Comme les fourmis courraient sur le sol brûlant, cl, cessant de se déchirer les unes les autres, comme elles f»'raient entendre une oraison universelle ! lia! ha! {César s'éloiune.)