CAÏN. — NOTES
Aucun ouvrage de lord Byron n'a peut-être excité autant d'admîratiun sous le rappori de la capacité déployée par l'auteur; aucun ne l'a exposé à autant d'altaqnes et de récriminations.
Non seulement Caïn fut l'objet des critiques les plus sévères dans les journaux de l'époque, mais il donna naissance à un cent spécial intitulé Remontrances à M. Alurray sur une publication récente, par un Oxoiiion.
En apprenant que son éditeur était menacé de poursuites sérieuses par suite de la publication du mystère, lord Byron écrivit à M. Murray :
u Pise,S féirier 1822. Je devais m'atiendre à des attaques; mais je lis dans les journaux que l'on vous attaque également Cumment et de quelle façon pouvoz-vous être responsable de ce que j'écris ? C'est ce que je suis encore à ni'expliquer.
« Si Gain est un ouvrage blasphématoire, le Paradis perdu l'est également, et les expressions du gentleman d'Oxford ( dans l'ouvrage cité); «Mal, sois mon bien, »sont précisément tirées de ce poëme. Lucifer ne dit rien de plus dais mon mystère.
« Gain n'est point une thèse de théologie, mais un drame, et rien que cela. Si Lucifer et Caïn parlent comme l'on peut supposer qu'ont dû parler le premier meurtrier et le premier rebelle, pourquoi les autres personnages ne parleraient-ils pas selon leurs caractères? On n'a jamais refusé au drame le droit de faire agir les passions les plus violentes.
« J'ai iriême évité de faire intervenir la Divinité, comme elle paraît dans /Écriture et clir'z Miiton (mais à tort, selon moi ,); je l'ai remplacée par un ange, de peur de choquer certaines susceptibilités en donnant une idée imparfaite de ce que doit se figurer l'homme le plus prosaïque du langage de Jehovah; les anciens mystères le mettaient déjà en scène très fréquemment, j'ai évité cela dans celui de Gain. La tentative d'intimidation qu'ils essaient sur vous, parce qu'ils savent bien qu'elle ne réussirait pas avec moi, me parait une des lâchetés les plus odieuses qui puissent deshonorer une époque. Quoi! lorsque les éditeurs de Gibbon, Uume, Priestley. jirummond, ont été laissés en paix depuis soixante-dix ans, vous seriez altacjué pour un ouvrage de fiction! 11 doit y avoir quelque chose au fond de tout ceci, quelque inimitié personnelle; autrement ce serait incroyable.
« Je ne puis que dire : Me adsum qui feci. Renvoyez-moi, je vous en prie, toutes les attaques dirigées contre vous; je veux et je dois les snbir toutes. Que si vous avez perdu de l'argent dans celte publication, je vous rendrai l'équivalent de votre déficit, ou la totalité du prix du manuscrit; je désire que vous disiez que vous étiez, ainsi que M. Gifford et .M. Hobhouse, opposé à la publication de ce mystère, que moi seul je l'ai voulue, et que moi seul dois en supporter la responsabilité légale, ou de toute autre sorte, que l'on voudra m'rraposer. Si ces poursuites se continuaient, je viendrais en Angleterre, afin qu'on sût à qui s'adresser ; tenez- moi au courant; je ne permettrai jamais que vous éprouviez aucun dommage à
cause de moi. Faites de cette lettre l'usage que vous voudrex, Btroîi. u P. S. Je vous écris, à propos de cette ébullition de passions mauvaises et d'absurdiics, sur les bords de l'Arno, par une lune d'été (car ici notre hiver est plus clair que votre été) qui se reflète dans les eaux du fleuve, sur les ponts, sur les palais. Comme tout cela est calme et limpide! quels atomes nous sommes devant la moindre de ces étoiles ! »
* Sir Walter Scott annonça à M. Murray qu'il acceptait cette dédicace.
8 Annales du Théâtre, de M. Payne Collier. Histoire du Théâtre fran-çais, t. II, p. 55.
* On lit ici dans le manuscrit: «Je m'attends à être accusé de manichéisme ou de toute autre hérésie finissant en isme,W tout faisant une formidable figure aux yeux, sonnant d'une façon terrible aux oreilles de ceux qui seraient aus?i embarrassés de donner la définition de ces mots que les pieux et impartiaux inventeurs de ces ^ithètes. Je puis d'ailleurs me justifier de ces accusations : je puis même les rétorquer.»
5 Les Mémoires d'Alfieri ont été traduits en français.
* n La prière, >> dit lord Byron, à Céphalonie, « ne doit pas consister dans l'action de s'agenouiller ou de répéter certains mots d'une manière solenrelle ; la dévotion est une affection du coeur, et je la ressens quand je regarde les merveilles de la création; je m'incline devant la majesté du ciel, et, lorsque je savoure les jouissances de la vie, la santé et le bonheur, j'éprouve de la reconnaissance pour Dieu, à qui je les dois.» —«Tout cela est bien,» dis-je; «mais pour être chrétien, il faut aller plus loin.» — «J'ai plus lu la Bible que vous ne le croyez, » me dit-il ; «j'ai une Bible que ma sœur, qui est une excellente femme, m'a donnée, et je la lis très souvent.» 11 alla dans sa chambre à coucher, et revint en apportant une Biblo de poche bien reliée, qu'il me montra.
Conversations du docteur Kennedy avec lord Byron, p. 135.
"> 11 n'y a rien dans Gain, dit lord Byron, contre l'immortaiiie de l'àme,
que je me souvienne; ce ne sont point ià mes opinions; mais dans un
drame, le premier ange révolté et ie premier meurtrier doivent parler
selon leur caractère. B.
* Les quatre rivières qui coulaient autour de l'Éden, et cooséquemmcnt les seuls fleuves que Caïo conuût sur la terre.
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