‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 36 sur 64 · AIRVAULT · texte numérisé non relu

AIRVAULT

Essuyer en secret quelques pleurs de ses yeux, Presser la main d'amis dans les derniers adieux, Puis s'acheminer seul et triste sous la voûte De ces vieux marronniers qui protègent la route.

Suivant son dur sillon par delà l'Océan,

Je le vis, sur ies bords de notre Saint-Laurent,

De sa cognée ouvrir la forêt primitive,

Et bâtir, plein d'espoir, sa hutte sur la rive.

Aux angles des rochers, aux ronces du désert.

Chaque jour, de lui-même il laisse quelque chose;

Mais son regard ardent vers le ciel est ouvert.

Pendant trente ans, son bras jamais ne se repuse.

Puis vient le dernier jour du pionnier des bois :

Il meurt aux bras du prêtre, en embrassant la croix.

Ses fils voient s'accomplir en \env race nombreuse D'Abraham, de Jrcob la promesse fameuse; Et la postérité de l'exilé d'Airvault A poussé comme l'herbe en ce monde nouveau. Leurs greniers ^nt fléchi sous le poids de leurs gerbes, Et leurs champs sont foulés par des troupeaux superbes. Vous les avez comblés de paix et de bonheur, Parce qu'ils ont marché dans vos sentiers, Seigneur. Ah ! puissent leurs enfants croître en vertus austères, Et suivre tous les jours les traces de leurs pères 1

How few twenties there are in life ?

Twenty and twentyare forty. and twtuty are sixty : how few see the fourtli twenty ! Wbo sees the fifth ?

G. P. R. James, The castie of Ehrenstein.

VINGT AXS

Le regard inspiré, le cœur encor séduit Par les enchantements de l'enfance qui fuit, Marcher, en folâtrant, dans un sentier de roses En effleurant des mains et du cœur toutes choses, Comme le papillon qui va de fleur en fleur ; D'un front brûlant d'amour frappant la sainte dalle. Verser le nard exquis d'une âme virginale

Sur les pieds du Seigneur ; Eêver avec l'oiseau de la mélancolie; Dire adieu sans remords au passé qu'on oublie ; Se bercer, sans soucis, au roulis du présent ; Imaginer et voir un Eden enivrant Dans l'avenir ; prêter une oreille attentive Et donner une larme à toute âme plaintive ; Frémir au souffle ardent de l'inspiration ; Sour i;n regard aimé trembler d'émotion ; Faire de tout son être une harpe éolienne Qui vibre à tout soupir de la brise aérienne ; Se penclier sur l'abîme et braver en riant Les vaui'os nn furie et le goufTie béant;

Savourer des plaisirs la coupe d'ambroisie, Et rêver danses, bals, musique et poésie ; Aspirer dans les bois l'ivresse du printemps, Kt mordre à belles dents au fruit mûr de l'automne En écoutant des flots la plainte monotone : C'est la vie à vingt ans.

QUARANTE AXS

Le soleil des beaux jours a bruni sa paupière ;

Son œil mâle est pensif; il est homme ; il est père.

Celle qui sur son bras s'apijuie avec fierté

Brille par sa vertu plus que par sa beauté.

De leurs jours enlacés la tige épanouie

Fait renaître à leurs yeux l'eniance évanouie.

Ce groupe aux blonds cheveux, c'est leur sang, c'est leur chair

Ils seront leur printemps quand viendra leur hiver.

Du versant de la vie il redescend les cimes ; Son âme est tout entière à des peiisers sublimes. Elle scrute la terre, interroge les cieux, Et plonge en elle-même un œil mystérieux.

Il sillonne les mers sur des ailes de flamme. Au fluide électrique il communique une âme. La main sur la charrue, ou l'œil sur le compas, L'hermine sur l'épaule, ou le fusil au bras.

De lui relève tout empire.

A lui l'art, le progrès, les gloii'es de son temps, L'esirit pour inventer, la plume pour le dire : C'est l'homme à quarante ans.

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