QUATRE-VINGTS ANS
Oh ! que la solitude est immense, effrayante,
Autour de ce vieillard à la démarche lente !
Il chancelle à tout pas ; car ses pieds sont blessés
Par les débris des croix, des tombeaux renversés.
Il voudrait reculer, retourner en arrière ;
Mais la mort lui dit : Marche, et creuse son ornière.
Au lieu de cris de joie et d'acclamations,
Le silence de mort, même des passions.
A quoi sert le trésor de son expérience ?
Son corps n'a plus de nerf, son âme d'espérance.
Mais soudain resplendit une clarté du ciel.
Sur ses traits décharnés un espoir immortel.
D'un messager divin la forme éblonissaute,
Plus pure que l'aurore et plus qu'elle riante,
D'un pied touchant la terre, et le front dans les cieux, Une crois à la main, apparaît à ses yeux : " Suis mes pas, ô mon fils ! car je suis la lumièro, " La force qui soutient tout homme sur la terre. " Mon amour autrefois veilla sur ton berœau ; "Je reviens aujourd'hui t' endormir au lumbeau.
*' Calmé par ma prière,
" Et bercé par mes chants, " liepose entre les bras de l'Église, ta mère,
" U vieillard de quatre-vingts ano 1"
Plus rare que l'épi laissé dans le sillon, Quand l'avare glaneuse a cueilli sa niu.sson, Ou que la grappe mûre au cep abandonnée Lorsque les vendangeurs ont Uni leur journée; Pèlerin du passé, le vieillard de cent ans Est un hôte oublié sur la barque du temps. De tous ses compagnons, victimes du naufrage, Pour dire leur trépas lui seul encor surnage. Sa vie est une époque et plus qu'un monumt^nt: Son nom de siècle en siècle est transmis à l'eniaut. Dans Athènes ravi, c'est le divin Homère ; Aveugle et mendiant, c'est le grand Bélisaire; Dans les bras de Joseph, c'est Jacob expiran!. Et l'étranger distrait, passant au cimetière, Sur une tombe lit avec étonnemeut :
" Ci-gît un centenaire."
6 aont ISG9.