‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 28 sur 44 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

be centenaire de Notre-Dame de Tontr»-^» ■'>''« — Tq dpn\-ii>nio ceuteuaire de ia fondation de i'Hôtei-uiuu — Uonciusiou.

Lorsque la communauté fut rentrée dans sa régularité et sa quiétude ordinaire, elle ne vit plus dans cet incident qu'un nouveau motif d'actions de grâces envers la divine Providence dont les attentions et la libéralité allaient croissant d'année en année. L'existence tranquille et prospère de l'Hôtel-Dieu ressemble, en effet, depuis ce temps à l'un de ces beaux jours d'été durant lesquels le ciel sourit à la terre et la terre au ciel; où il n'y a que calme et parfums daias les airs, concerts et gazouillements dans les prés, rayonnement et fécondité partout. Ici tous les parfums sont l'encens de la prière, les concerts sont les saintes psalmodies du chœur, le rayonnement et la fécondité sont l'éclat des bonnes œuvres sous la féconde observance des règles. C'est une solitude semblable, close à tous les bruits du monde, qui faisait diie à l'auteur de ^^/vvitution: " L'air y est plus pur, l'âme plus libre,

le ciel plus proche et Dieu plus familier." On aimerait y vivre toujours, si l'on pouvait oublier la patrie céleste.

Témoins et objets de ces bénédictions journalières de leur divin Epoux, les Hospitalières pouvaient à peine contenir les sentiments de gratitude qui débordaient de leurs âmes. Aussi était-ce avec une sainte impatience qu'elles voyaient approcher le jour du deux centième anniversaire de la fondation, où elles allaient pouvoir laisser éclater leur joie et égaler, s'il était possible, leur reconnaissance aux bienfaits. Cette grande solennité fut précédée, comme au siècle dernier, par une fête préparatoire qui fait époque dans les fastes du monastère. Ce fut la célébration du centième anniversaire de la réception de la statue de Notre-Dame de Ïoute-Grâce. La sainte image fut restaurée pour la circonstance par les religieuses de l'Hôpital-Général. * Elle fut placée au-de-^sus de l'autel de l'église conventuelle, sur un trône richement paré, entouré de candélabres et de bouquets de fleurs, parmi lesquels étaient disposées des cassolettes où brûlaient des parfums.

Le premier jour de la fête (12 septembre 1838) fut chantée une messe solennelle qui fut suivie dans l'après-midi d'une instruction et de la bénédiction du

* Elles n'osùrent pas retoucher les figures de la Vierge et de l'Enfant- Jésus, quoiqu'elles eussent parfaitement réussi jiour le lebte. Ce soin fut coulié à un peiuUc Ju (juOboc qui n'eut pas un grand succès.

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saint Sacrement. Le surlendemain, quatorze, furent cunimcncés les exercices d'une neuvaine en l'honneur delà sainte Vierge, qui se termina le 23 par une procession extraordinaire à travers le monastère. Les dift'érents oratoires de la maison étaient revêtus do leurs plus belles parures. " Dans la grande apothicairerie où devait avoir lieu la première station, rapportent les annales, on avait placé entre deux fenêtres une crédence entourée de damas blanc broché en or et en soie de couleur ; et sur cette crédence une petite estrade pour recevoir la statue de la sainte Vierge. De chaque côté étaient placés deux vases de porcelaine avec des fleurs en brillant faites exprès pour ce jour. Au-dessus était suspendu un dais d'un goût simple mais élégant. Deux grands rideaux de damas rouge émaillé de fleurs imitant l'argent retombaient dans l'embrasure des deux fenêtres. Enfin, sur le tapis qui couvrait presque toute la chambre, douzo chandeliers argentés, avec des souches pour élever les oierges, étaient disposés en ligne oblique de chaque côté de la crédence ; et entre ces chandeliers, de grands vases avec de belles fleurs artificielles et d'autres naturelles.

" La procession partit du chœur en chantant les litanies de la sainte Vierge. La statue de Notrc-Danie de de Toute-Grâce, portée par une religieuse, fermait la marche. En arrivant à l'apothicairerio, toute la procession s'agenouilla pour laisser j asscr la sainte image, qui fut posée sur l'estrade. On entonna ensuite l'hymne

0 gloriosa virginum qui fut suivie du motet 0 sanctissima. Après quoi M. Loranger, notre chapelain, fit une courte mais touchante exhortation à la petite grille de la chambre des niuiocins. A la suite de cette exhortation le Magnificat fut chanté en deux chœurs ; puis la procession se remit en marche en reprenant les litanies Nous passâiue:; p.ir les dortoirs où toutes les portes, des cellules ttnieiit ouvertes. Cela avait quelque chose d'imposant et qui allait au cœur. Il semblait que chacune des religieuses invitait Marie, notre aimable souveraine, à entrer dans son petit logis pour bénir cette charmante solitude de l'âme religieuse, où seule avec Jésus son divin Epoux, elle l'adore et l'invoque sans cesse, sans oublier sa sainte Mère qui est aussi la nôtre. Nous nous arrêtâmes à l'oratoire du Calvaire où l'on chanta la prose Inviolata. Enfin la procession se termina au chœur d'où nous étions parties à midi et demi et où nous n'arrivâmes qu'après une heure et demie.

" Le lendemain 24, nous envoyâmes notre bénie statue de Notre Dame de Toute-Grâce à nos chères sœurs de THôpital-Général, qui souhaitaient lui rendre leurs homniMges comme avaient fait leurs devancières un siècle auparavant."

Telles furent ces fêtes du premier centenaire de Notre-Dame de Toute-Grâce dont le souvenir est encore vivant dans la mémoire dos anciennes qui en ont été les heureux témoins. Tout<'f()is, si radieuses et si émouvantes qu'eussent été ces solennités, elles n'étaient que le prélude, et comme l'aurore du grand

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jubilé qui s'ouvrit à l'IIôtel-Dieu le 31 juillet de l'année suivante (1839). Jamais pareilles manifestations religieuses ne s'étaient vues dans le monastère da Précieux-Sang depuis sa fondation. Aucun des préparatifs qui peuvent rendre splendide une solennité de ce genre, n'avait été omis. Toute la communauté, qui se composait alors de quarante-trois religieuses, vingtcinq professes de chœur, neuf professes converses et neuf novices, sous la supériorité de la mère de Saint- Antoine, s'employa avec ardeur pendant une partie de l'année. L'extérieur comme l'intérieur du monastère avait ses décorations. Le portail de l'église qui émit resté jusque-là inachevé, fut terminé et on y îijouta le portique qui s'y voit encore aujourd'hui. Tout le second étage du cloître était orné de verdure prise dans les bois et qui répandait dans les appartements des parfums légers et délicats. De jeunes plants d'arbres forestiers, placés dans des vases remplis d'eau destinée à conserver leur feuillage dans sa fraîcheur, formaient des arcades et des aven'; es verdoyantes qui produisaient le plus gracieux effet sur les murailles toutes blanches du cloître.

Les salles des malades, de ces cners patients, autres "sus-Christ, pour lesquels avaient été faits tant de liracles de charité, de sacrifices et de persévérance depuis deux cents ans, les salles des malades étaient revêtues de leur plus belle toilette. D'une proi)rctc ■olus exquise que d'ordinaire, les lits étaient garnis de rideaux «l'une éclatante blancheur; et les malade.'^

eux-mêmes étaient vêtus de blanc. Dans une des salles, mieux décorée que les autres, et au lieu le plus apparent, était suspendu le portrait de la duchesse d'Aiguillon, dont le cadre rehaussé de draperies et surmonté des armoiries delà duchesse, était couronné de guirlandes. Pendant ces neuf jours de fête, la vénérable fondatrice sembla ainsi revivre et habiter au milieu de sa chère famille de pauvres dont elle était la providence depuis deux siècles.

Les plus belles décorations avaient été naturellement réservées pour l'église. C'est là que s'était déployé tout ce que le goût ingénieux et la patience proverbiale des religieuses avaient pu inventer de plus exquis et de plus somptueux. Les trois autels resplendissaient comme des écrins sous les reflets de l'or, de l'argent et des bouquets de fleurs naturelles et artificielles de toutes variétés et de toutes nuances. Fn face de la chaire était dressé le trône pontifical suimonté d'un superbe dais " d'où tombaient de chaque côté des rideaux de satin cramoisi parsemé de roset blanches. Tout le fond était tendu de velours pourpre, avec une belle Vierge au milieu, peinte à l'huile et encadrée d'une riche bordure : le tout garni de galon et de frange d'argent." A chacune des fenêtres étaient suspendus des rideaux qui ne laissaient pénétrer dans l'enceinte sacrée que cette lumière tempérée et discrète si favorable au recueillement et à la prière.

La communauté avait obtenu le privilège de l'exposition du saint Sacrement pendant trois jours, à par-

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tir du six d'août, avec indulgence plénière pour les religieuses et les fidèles. Les solennités s'ouvrirent le dernier jour de juillet par les exercices d'une neuvaine pour remercier Dieu des faveurs signalées qu'il avait accordées à l'institut pendant les deux cents ans de son existence.

Le lendemain, premier août, on renouvela à travers le cloître et les salUes, la niagnifique procession de la statue de Notre-Dame de Toute-Grâce avec encore plus d'appareil et d'éclat qu'au jour du premier centenaire. Le six, après l'exposition du saint Sacrement qui eut lieu dès quatre heures et demie dumatin, Sa Grandeur Monseigneur Signay, évêque de Québec, vint dire la messe conventuelle. Pendant ces jours de fête, la communauté de l'Hôtel- Dieu vécut plus dans le ciel que sur la terre. Le clergé et la population catholique de Québec, toujours si profondément religieux, se joignirent avec empressement à ces démonstrations do reconnaissance que favorisait merveilleusement la sérénité de ce beau mois d'août durant lequel le soleil qui se hâte de mûrir les moissons, monte et descend dans un dôme d'azur presque toujours sans nuage. Cette harmonie de la nature et des âmes n'était pas le moindre charme de ces solennités ; et nul n'y était plus sensible que les Hospitalières. Au milieu des célestes délices dont elles étaient inondées, il leur semblait à certains moments que le sommet sur lequel s'élève leur monastère était devenu comme un autre Thabor où leur divin Maître allait se manifester à elles ;

et elles étaient tentées de s'écrier avec les apôtres : '' Qu'il fait bon demeurir ici ! " En efifet les disciples s'étaient-ils sentis plus près du ciel, et leur cœur plus embrasé de divines ardeurs ? Les plaines qui s'étendaient au pied de la sainte montagne étaient-elles plus belles et plus riches que celles qu'on voyait d'ici? Les horizons étaient-ils plus purs et plus sereins? Le Carmel avait-il des cimes plus ravissantes, le Jourdain, des eaux plus limpides et des rivages plus vermeils ? Les yeux et l'âme remplis de toutes ces ivresses, lorsque les Hospitalières entraient au chœur pour réciter l'office divin, et qu'elles arrivaient au passage des saints Livres où les enfants d'Israël invitent toute la nature à bénir le Créateur, elles laissaient éclater les transports de leur allégresse. " Cieux et terre, s'écriaient-elles, bénissez le Seigneur ; étoiles du firmament, lumière et ténèbres, bénissez le Seigneur; montagnes et vallées, fontaines et rivières, bénissez le Seigneur; rosées du matin, ardeurs du midi, fraîcheurs du soir, bénissez le Seigneur. Que tout ce qui germe dans les champs, ce qui pal]nte dans les airs, ce qui nage dans les eaux bénisse le Seigneur. Soyez béni, ô mon Dieu ! jusqu'au plus haut des cieux ; soyez glorifié, loué et exalté éternellement."

Le dernier jour d'actions de grâces (8 d'août) qui fut le plus solennel, Mgr de Sidynie, coadjuteur de l'évêque de Québec, ofilcia pontificalement à la grand'messe et aux vêpres, au milieu d'un concours

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de peuple si considérable qu'il débordait hors de l'enceinte, dans Tavenue qui précède l'église et jusque dans la rue. Le chant et la musique sacrée furent exécutés par un chœur de citoyens de Québec dirigé par l'organiste de la cathédrale. Le sanctuaire rempli par le clergé en surplis blancs, agenouillé devant les trois autels étincelants de lumières et d'où s'exhalaient des nuages d'encens et de parfums, offrait ce coup d'œil ravissant qui f;iisait dire jadis au roi des Francs : N'est-ce pas là l'entrée du paradis ?

L'assistance déjà profondément émue fut visiblement attendrie lorsque parut dans la chaire, au moment du sermon, un des vénérables prêtres du Séminaire de Québec, M l'abbé Aubry, Elle comprit du coup tout ce qu'il y avait de touchant dans cette rencontre, à pareille heure, de ces deux antiques maisons dont l'amitié avaii toujours été grandissant depuis tantôt deux siècles.

Le prédicateur fit à grands traits l'histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec. Il n'eut pour être éloquent qu'à laisser parler les souvenirs qui s'éveillaient aux noms de Dieppe, de Bayeux, de la duchesse d'Aiguillon, des mères de Saint-Ignace, de Saint-Bernard, de Saint-Bonaventure, de Saint-Augustin. Il fit voir la main de Dieu étendant visiblement sa protection sur l'institut à travers tous les âges, tous les dangers, toutes les contradictions, toutes les adversités, toutes les révolutions. Un coup d'œil jeté autour de soi, l'aspect du monastère actuel et de la ville de Québec, les

sentinelles d'une autre nation veillant aux remparts, un nouveau drapeau flottant sur la citadelle, disaient assez les vicissitudes et les changements survenus pendant la longue chaîne d'années qui relient la date de 1639 à celle de 1839. Le prédicateur mit fin à son di^^cours par une chaleureuse exhortation â la persévérance dnns les vertus monastiques. S'adressant à la communauté qu'on a])ercevait à travers lii grille du cloître, rangée devant les stalles, chaque hospitalière ayant le voile baissé, et paraissant comme anéantie sous le poids de si écrasantes émotions, il donna la parole de Dieu pour gage des bénédictions qu'il leur promettait dans Tavenir, tant qu'elles marcheraient sur les traces de leurs incomparables devancières.

Lorsque le prédicateur descendit de la chaire, et que l'évéque, debout sur le trône pontifical, paré de ses ornements épiscopaux, la mitre au front, appuyé sur sa houlette d'or, étendit la main pour In'nir l'assista.ice et la communauté, une émotion indescriptible, un de ces enthousiasmes comme il ne s'i-ii rencontre que dans les assemblées chrétiennes, fit tn;-- Siiillir tous les cœurs et jaillir les larm. s de tiui.s les yeux. Des ruisseaux de pleurs inondaient les joues du ]>rélat lui-même, et léchant de la bénédiction pouvait à peine s'échapper de ses lèvres tremblant d'attendrissement. Lorsque les fronts courbés se redressèrent, un frémissemcn'. piolongé s'éleva de cette multitude sur laquelle venait de passer le suuflie de Dieu-

Le chant du Te Dexhm, entonné par le prélat et répété avec transport par toutes les voix, monta ensuite vers le ciel comme un immense cri d'amour et de reconnaissance, invitant les anges, les chérubins et les séraphins, le chœur des prophètes, des apôtres et martyrs à louer le Dieu d'infinie bonté qui avait fait ce beau jour, et à le bénir à jamais dans les siècles des siècles.

" Dieu seul, ajoute l'annaliste du temps, Dieu seul à qui nous devons toute gratitude, peut connaître les divers sentiments dont nous étions toutes pénétrées. Puisse-t-il avoir eu pour agréables les hommages que nous lui avons rendus en ce jour, et les recevoir à jamais. Hélas ! que cette journée nous parut courte ! Que seront donc les années dans l'heureuse éternité ! "

Cet anniversaire mémorable dans l'histoire de l'Hôtel-Dieu marque la transition entre le passé et le présent. En effet, s'il était permis de parcourir du regard les rangs des Hospitalières qui prennent place aujourd'hui dans les stalles du sanctuaire conventuel, on reconnaîtrait plus d'une des figures que les voiles baissés dérobaient à la vue au jour du deuxième centenaire. Plusieurs d'entre elles se trouvent mêlées aux événements qui suivent, et la mort n'ayant pas levé le sceau qui nous défend de prononcer leurs noms, il nous faut, bien qu'à regret, déi)oser ici la plume.

Cette histoire est donc terminée. Répondra-t-elle à l'attente qu'elle a fait naître et à la beauté du sujet? Nous n'osons l'espérer. Que de fois en essayant de

peindre les situations saisissantes, les traits d'héroïsme, les suaves ou sublimes figures qui passaient devant nos yeux, nous sommes resté confus en reconnaissant notre impuissance d'égaler la peinture à la réalité. Toutefois nous en avons dit assez pour l'aiie voir quels services inappréciables l'Hôtel-Dieu de Québec a rendus à notre pays, quelle dette de reconnaissance le Canada a contracté(: envers cette institution.

Aucune classe de la société n'a été à l'abri de sa bienfaisance, soit spirituelle, soit corporelle.

Depuis les gouverneurs de la colonie qui jadis venaient réclamer un dernier asile, après leur mort, à l'ombre de son cloître, jusqu'aux plus humbles paysans de nos campagnes, il n'est pas une famille un peu ancienne dans la Nouvelle-France qui ne lui soit redevable de quelques services.

Est-il une autre institution qui depuis bientôt deux siècles et demi, puisse se glorifier d'avoir soulagé plus de misères, essuyé plus de larmes, relevé plus de courages ?

Au milieu des grandes calamités qui. d'é^x^iue on époque, sont venu(?o s'abattre sur notre population, dans les temps d'épidémie ou de guerre, pendant les les sièges et les bombardements que la ville de Québec a eu à subir, au lenden.ain des batailles (jui se sont livrt'es sous ses murs et qui ont encombré les salles de THôtcl-Dieu de malades et de blesséf. nul plus que les filles de Saint-Augustin n'a prodigué de veilles,

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de fatigues et de soins pour adoucir les maux de la patrie.

Et pourtnnf, ce n'est là que la moindre partie du bien qui a dojoulé du cœur et des mains de nos Hospitalières.

Leur règle embrasse les conseils évangéliques dan?! leur plus large acception. Elles joignent sans cesse la prière à l'action, les contemplations célestes de Marie aux soins empressés de Marthe auprès du Sauveur.

Tandis qu'elles pansaient les blessures du corps, qu'elles calmaient les angoisses de l'esprit, que d'âmes indijfiférentes ou égarées leurs exhortations ont tournées vers Dieu, que d'élus auxquels leurs prières ont ouvert les portes du ciel !

Toutefois vous n'avez pas encore aperçu la plus sublime mission de l'institut, celle qui est la plus importante au point de vue général et qui est en môme temps la moins comprise dans notre siècle.

Elargissez vos pensées; étendez plus haut et plus loin vos regards. S'il est vrai, selon la parole divine, que la prière du juste pénètre le ciel, Celui-là seul qui connaît les secrets de l'éternité peut dire combien de fois les mains suppliantes de nos innocentes vierges ont fléchi la colère de Dieu et détourné les fléaux près de fondre sur notre peuple.

Quand le poids de ses iniquités faisait pencher la balance du côté de la justice, elles jetaient le contrepoids de leurs mérites et faisaient incliner le plateau du côté de la miséricorde. Si nous n'avons pas péri

après tant d'orages qui nous ont assaillis, n'allons pas chercher ailleurs 'a cause de notre salut.

Le peuple canadien 'lui a encore le sentiment de la foi, a entrevu cette vérité. Aus:^i a-t-il placé au premier rang, dans la devise qu'il s'est choisie, " nos Institutions, " comme étant la part la plus précieuse de notre héritnge national. Avec quelle filiale sollicitude, avec quelle jneuse jalousie même, il veille à la conservation de leurs libertés et de leurs privilèges ! Avec quelle vive sympathie il partage toutes leurs joies et tous leurs deuils 1 C'est qu'il sent que chacun de ces établissements est une partie essentielle de son existence. Entre toutes ces institutions, il distingue et vénère l'Hôtel-Dicu de Québec qu'aucun( autre ne surpasse en antiquité et en mérites.

Oui, il vous admire et vous bénit, dignes filles de Saint-Augustin, vous qui tenez aujourd'hui la place de cette suite de générations qui vous a précédées dans ce cloître; vous qui gardez le dépôt sacré des vertus et des traditions de vos immortelles fondatrices. Vous êtes les héritières de leur nom, soyez le aussi de leur sainteté ; c'est notre meilleur vœu, et c'est aussi le vôtre. Conservez et transmettez à celle ^ qui viendront après vous, cet esprit de pauvreté et d'obéissance, cet amour de la mortification et du dévouement qui ont élevé si haut en i)erfeetion vos devr.ncièrcs, et qui ont rendu leur vie si féconde en bonne? œuvres. Soyez fidèles à cette siiu{)licité antique qui est le caractère de votre ordre et la marque

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de son esprit primitif. Tenez-vous surtout en garde contre les tendances modernes, ce besoin d'innovation qui cherche à s'introduire même à travers les grilles du cloître. On reconnaît en vous de véritables Hospitalières, parce que vous êtes tout entières mortes au monde, attachées à la croix, dévouées au prochain et recueillies en Dieu. Tant que tous nos instituts persévéreront, comme le vôtre, dans cette régularité et cette ferveur premières, notre pays pourra marcher sans crainte à l'accomplissement de ses de«+inéc3.

»rK

Idée générale des Règles et Con.stttucioî» des

Hospitalières de la Miséricorde de Jésus, d de la

VIE d'une Hospitalière depuis son entrée

en religion jusqu^à sa mort.

Ces éclaircissements sont adressés spécialement aux personnes qui, ayant de l'attrait pour la vie religieuse, ne savent pas encore en quel ordre particulier Dieu les appelle. Ils répondront aux principales questions qu'elles peuvent se faire sur l'esprit de l'Institut, sur les obligations qu'il impose et sur la carrière qu'ont à suivre celles qui l'embrassent.

Les Hospitalières de la Miséricorde de Jésus sont érigées en religion sous la règle de Saint-Augustin. Cette règle est expliquée et commentée par des constitutions qui, comme on l'a vu, ont été rédigées au commencement du 17" siècle et approuvées par l'Eglise.

" L'esprit de notre vocation, disent les constitutions,

est l'amour de Dieu et du prochain. C'est la plus haute perfection à laquellle une âme puisse aspirer sur terre. Toutes les familles religieuses virent là, et leurs règles et leurs constitutions sont les voies et les chemins assurés par lesquels Dieu les y veut conduire ; si bien que ce n'est pas la fin qui nous distingue des autres religions, puisque nous tendons toutes au même but, mais la façon et les moyens d'y parvenir Le propre de notre vocation est de joindre Marthe et Marie : l'action et la contemplation ; de rechercher l'amour de Dieu en sa pureté et l'amour du prochain en sa perfection : servant Notre-Seigneur sans aucun intérêt, purement et simplement pour lui complaire; secourant 'e prochain en sa pauvreté et en ses maladies; exerçant en son endroit toutes les œuvres de miséricorde, cor[)orelles et spirituelles, sortables k notre sexe et condition, sans attendre autre récomp>ensede nos i)etits travaux que d'agréer à Celui qui nous a assuré qu'il tiendrait comme fait à lui-même ce que nou; ferions au moindre des siens. " Voilà ce qui nous distingue des autres familles religieuses. C'est là où nous conduisent nos règles et nos constitutions ; et celle qui les gardera plus exactement obtiendra plus tôt cette haute et sublime perfection. C'est la fin qu'on doit proposer à toutes les fillo- qui veulent embrasser notre Institut, afin qu'elles appliquent toutes leurs forces à obtenir l'esprit de notre vocation qui n'est autre que l'esprit de Jésus : esprit d'amour envers son Père céletc ; esprit de

douceur et de charité envers ses frèrfis, les assistant avec autant d'affection, de soin et de persévérance que si elles servaient Jésus-Christ même en sa propre personne." *

Les moyens d'acquérir cet esprit et de parvenir à cette haute perfection, sont étudiés pendant le noviciat, durant lequel on exerce les novices à la pratique des vœux et des règles, ainsi qu'aux vertus conformes à la vocation qu'elles se proposent d'embrasser : c'està-dire l'humilité, la douceur, la condescendance, le dévouement et l'esprit de sacrifice, qui les portent à se consumer au service des pauvres malades avec une parfaite charité et un grand zèle pour le salut de leurs âmes.

Les constitutions établissent deux classes de religieuses. Les unes, désignées sous le nom de sœurs converses, sont employées aux travaux manuels de la communauté, afin de soulager les religieuses de chœur. Elles ne sont point obligées à la récitation de l'office divin ; ne partageant les fatigues du service des malades ni le jour ni la nuit.

Les autres, ayant le titre de religievses de chœur, sont obligées à la récitation de l'office divin en commun ; chargées de l'administration des différents offices, ou journellement occupées auprès des malades. Elles doivent, autant (jue leur santé le permet,

* Conatilutions dis RdxjieuHcs IlnspiUiUlres Uc la Mhéikordc de Jéxun, traité lor, chai). ^^''■» P^ë® 1

aller au moins une fois chaque jour à l'hôpital pour rendre quelque service aux pauvres. Deux d'entre elles doivent veiller chaque nuit à leur tour dans les salles.

Toutefois, s'il y a entre ces deux classes de la société des attributions distinctes, il n'y a entre elles qu'un même esprit et qu'un même cœur. Toutes sont les enfants de la même famille monastique ; toutes sont liées par les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et de perpétuelle clôture, auxquelfl les religieuses de chœur ajoutent celui de s'employer au service des pauvres tous les jours de leur vie, le tout selon la règle et les constitutions de leur ordre.*

L'Institut est sous la dépendance de notre Saint- Père le Pape, représenté par les évêques diocésains.

Le chapitre se compose de toutes celles qui ont dix années de profession. Elles ont droit d'élire une supérieure triennale, mais dont la charge ne peut pas

* On a discuté pendant longtemps pour savoir si ces vœux sont simples ou solennels. Une déclaration du Saint-Siège adressée à Monseigneur Turgeon, archevêque de Québec, en date du vingt-six juin 1853, a fait connaître que les religieuses Ursulinesde Québec et celles de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôpital- Général de la même ville " doivent être regardées romnie professes faisant des vœux simples, perpétuels toutefois de la part du monastère et de celles qui font vœu, dont cependant dispense peut être accordée par le Siège Apostolique, s'il intervient des causes justes et graves." Habcndas esse tanquavi professais ctnn votis dmpUcibus, perpetuis quidem ex parte monasierii et voeentium, attamen justis et gravibus inttrvenitntibus caiisis ab Apostolica Sede di^pensabilibus.

être prolongée au delà de six années consécutives. De plus, elles élisent les principales ofïicières, savoir . l'assistante, la ni!iî(re.~«e des novices, l'hospitalière, la dépositaire de la coninninauté, celle des pauvres, et quatre discrètes, oxitre les trois premières ofïicières (jui le sont par leur charge. Ces dernières élections se renouvellent tous les ans. Les mêmes officières peuvent être continuées tant qu'elles ont la majorité des voix du ch:i pitre.

Quant au co>tr. me des Hospitalières, il est entièrement blanc, avec un voile noir pour les professes et un voile blanc pour les novices. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, au premier chapitre de cette histoire, ce costume est celui que portaient autrefois les chanoinessee de Saint- Augustin. Une robe avec une ceinture de cuir, un rochet, une guimpe, un bandeau et un voile en composent les différentes parties, auxquelles on ajoute une chai)e de serge noire pour les otfices du chœur.*

La jeune fille du monde qui veut entrer au monastère, et " prendre le Seigneur pour son [lurtage" jusqu'à la fin de sa vie, n'a be.soin pour être admise ni d'un beau nom, ni d'une belle fortune. Il suffit <iu'elle soit d'une famille «ans tache, d'une réputation intiicte et d'ui.c t-anté assez forte pour supporter les fatigues de l'hospitalité. On exige un esprit droit, un

* Depuis la veille de la Tous-aini jn.s(|u'à l'Aijuos, aiubi qu'aux cérémonies «le v{'tnre, de pl■t>!o^<si(ln et crinliuinutiou.

caractère doux, humble, docile et courageux, avec une humeur plus gaie que sombre. L'instruction doit être bonne, avec des dispositions pour acquérir ce qui lui manque. Mais ce qu'on requiert avant tout, on le conçoit, c'est un cœur ouvert à la charité, une âme tendre et compatissante pour les malades.

Le jour de l'entrée d'une postulante, à l'heure assignée, la communauté se rend à la porte conventuelle. Toutes les religieuses ont le voile baissé. La jeune aspirante, avertie qu'on l'attend, se présente à la porte du monastère qui lui est aussitôt ouverte. A^^ant franchi le seuil du cloître, elle se jette aux genoux de la supérieure et lui demande sa bénédiction, p\iis se relève pour recevoir le baiser de paix de tontes les religieuses présentes. Pendant cette cérémonie, la porte restée ouverte permet aux parents d'être témoins de la réception de leur enfant. Le baiser de paix donné, la supérieure confie la nouvelle TDOstulante à la maîtresse des novices ; celle-ci la conduit immédiatement au chœur pour faire à Dieu l'entière ofi"rande d'elle-même, puis ensuite au noviciat où elle la présente à ses sœurs, qui par leur affection, s'efforcent d'adoucir son sacrifice et de remplacer, le mieux possible, les êtres aimés à qui elle vient de dire adieu.

Dès lors commence le temps du postulat, qui doit durer six mois. La postulante reste revêtue de ses habits séculiers; honnétcnicnt, selon sa condition, modestement néanmoins, et sans ornements de vanité.

Pendant ce temps, elle étudie ses devoirs et en fait l'essai. Elle passe successivement quinze jours dans les différents offices, comme l'hôpital, l'apothicaircrie, la sacristie, l'infirmerie, et la dépense où, entre ses exercices du noviciat, elle aide aux officières, et cela afin de connaître, et de se laisser connaître. Connaître d'abord, c'est-à-dire examiner et approfondir ses dispositions, ses aptitudes, les devoirs qu'elle devra remplir, les obligations qu'elle aura à contracter. Se faire connaître ensuite, et pour cela ouvrir son âme comme un livre devant ses supérieures et son directeur spirituel, afin qu'ils puissent lire jusque dans ses plus intimes replis et prononcer plus tard avec une pleine certitude sur sa vocation. Enfin, et avant tout, prier, invoquer les lumières de l'Esprit-Saint, être fidèle aux moindres grâces afin d'attirer les regards et de toucher le cœur de Celui dont elle aspire à devenir l'épouse. Ces devoirs accomplis, se reposer en paix dans une sainte indifférence, en attendant la sentence qui. à la fin de son noviciat, devra décider de son avenir, se persuadant que cette sentence sera l'expression de la volonté même de Dieu.

Après six mois d'épreuves, lee supérieures jugent si la postulante est digne d'être admise à la vêture. Au jour fixé elle est remise à ses parents qui la conduisent parée des vêtements du siècle dans l'église où elle entend la messe et communie. A la suite de la messe ses parents l'amènent à la porte conventuelle où les religieuses, ayant chacune un cierge à la main,

vont la recevoir. La porte s'ouvre et la postulante vient se mettre à genoux devant la supérieure, qui lui adresse ces paroles :

— Ma fille, que demandez-vous?

— Ma révérende Mère, quoique j'en sois très indigne, je demande l'entrée de la sainte religion, vous suppliant très humblement de me l'accorder.

La supérieure lui donne alors l'eau bénite, et lui présente la croix à baiser. On entonne l'hymne 0 gloriosa virginum, et toute la communauté retourne processionnellement au chœur.

La postulante vient s'agenouiller devant la grille où l'évé(iue lui adresse la même question que la supérieure et lui représente ensuite en ces termes toute l'étendue des obligations qu'elle veut contracter:

— Ma très chère sœur, dit-il, êtes- vous résolue de persister constamment sous le doux joug de Jésus- Christ, pour son soûl amour, de mépriser et fouler aux pieds toutes les vanités, richesses et vains plaisirs de ce siècle, et d'endurer ce qui vous a été enseigné des austérités, peines et travaux qu'il convient d'embrasser pour le service de Dieu, avec une continuelle mortification de votre propre volonté et jugement en ce saint état et vocation religieuse?

— Monseigneur, répond la postulante, appuyée sur la grâce et la miséricorde de Dieu et les i rières de cette sainte communauté, j'espère le pouvoir l'aire.

L'évêqiie ajoute tout haut :

— Notre-Seigneur vous en fasse la grâce, afin que vous puissiez parvenir au royaume des cieux.

Alors l'assistante et la maîtresse des novices conduisent la postulante hors du chœur, où elles lui ôtent ses vêtements séculiers et lui mettent les habits de religion, hormis la ceinture, le rochet et la chape, qu'elle reçoit, après son retour au chœur, des mains de la Bupérieure. L'évêque lui met ensuite sur la tête le voile blanc, et la cérémonie se termine par le baiser de paix que la novice va donner à la supérieure et à toutes les religieuses rangées dans leurs stalles.

La prise d'habit lui ouvre une seconde époque d'épreuves. Elle étudie de plus en plus les obligations qu'elle désire contracter, prenant Jésus pour modèle, suivant ce que les règles lui enseignent, surtout en ce qui concerne les vœux.

" La pauvreté de Jésus, disent les constitutions, est l'idée de la forme de notre pauvreté, laquelle ne consiste pas seulement à ne rien posséder, mais encore à ne rien désirer; à n'aimer, ni à s'attacher à aucune chose d'ici-bas et à se réjouir de se voir privées des choses nécessaires, s'il arrivait qu'elles nous manquassent..."'

Tout, dans le monastère, rappelle cette pauvreté : l'apparence austère des appartements, les murailles blanchies à la chaux, les boiseries simples et sans aucun ornenient, les planchers nu.", les ameublements

* Constitutions, traité 1er, cliap. II, p. 5.

rustiques. Il n'y a de permis qu'un seul genre de luxe, celui de la propreté ; mais cette propreté est exquise. Aucune des améliorations modernes n'est adoptée dans cette maison des pauvres, à moins d'être reconnue pour son évidente utilité. L'éclairage au gaz même, quoique établi depuis longtemps à Québec, n'y est pas introduit : on n'emploie aujourd'hui, comme au temps jadis, d'autre luminaire que l'humble chandelle de suif, à laquelle on a njouté dans ces derniers temps l'usage de l'huile de charbon à cause de son prix réduit.

Au réfectoire, les anciennes écuelles d'étain sont encore en usage. Chaciue religieuse y trouve préparée d'avance à sa place la part d'aliments qui lui est assignée pour son repas. Cette nourriture est saine, substantielle, mais commune et sans apprêt qui puisse ilatter la sensualité.

Le vendredi saint, en signe de deuil et de pénitence, toute la communauté mange par terre.

Dans les cellules des sœurs, c'est le même esprit d'austérité, la même pauvreté. Ces cellules s'ouvrent de chaque côté d'un vaste corridor qui divise le troiriùme étage de deux ailes dans leur longueur. Sur la porte de chacune de ces cellules e?t inscrit le nom de l'hospitalière qui l'occupe; elles sont toutes à peu ])rès de même dimension et fort petites; l'œil ne s'y repose que sur des murailles nues, un plancher lîu. Dans un coin un lit bas et étroit, fermé de rideaux de coton gris poussière et sur lequel est jeté un matelas

avec une couverture de flanelle du pays à carreaux bleus et blancs ; à côté sur un buffet un pot et un bassin en poterie commune, une chaise en paille et un prie- Dieu sur lequel reposent quelques livres de piété et un crucifix ; voilà tout l'ameublement. En un mot pas un objet qui ne prêche la sainte pauvreté.

" La chasteté des Religieuses de la Miséricorde de Josus doit être angélique en pureté de corps et d'âme, rebutant au plus tôt avec horreur lout ce qui se présente aux sens et à l'esprit de contraire à cette belle vertu " *

L'obéissance des religieuses Hospitalir'res ne consiste pas seulement à exécuter ce qui est enjuint, mais à soumettre leur volonté et leur jugement à la volonté et au jugement de la supérieure, se persuadant que ce qu'elle commande par elle-même, ou par autre, est comme une ordonnance divine

" Il faut obéir en toutes choses faciles ou difiiciles, plaisantes ou répugnantes à la sensualité, pourvu qu'en ce qui sera commandé il n'y ait aucune vraie apparence de péché " t

L'hospitalité engnge chacune des religieuses à se sacrifier pour le service des pauvres malades. "Il faut qu'il y ait un saint combat entre les sœurs à ([ui écherront les malades qui font plus d'horreur et qui donnent plus de répugnance à la sensualité; remportant

* ConufHiition.s, tniilc' 1er, cliap. III, p. 21. t Constitutions, traité 1er, cliup. IV, p. 23.

526 APPEN DICE

sur elles-mêmes des victoires dignes de la vocation sublime d'une fille de la Miséricorde de Jésus "*

La novice étudie les règles de la clôture, vu qu'elle doit s'y engager en prononçant ses autres vœux, et l'observer d'après les prescriptions du concile de Trente, avec les modifications jugées nécessaires par l'évoque.

Après un an de nouvelles épreuves, elle est exami née par l'évêque ou son délégué, et si ellle a les qualités et les dispositions requises, elle est acceptée par le chai)itre et admise à la profession.

La célébration de ses fiançailles avec Jésus-Christ se fait avec toute la pompe religieuse que peut déployer la communauté. Les parents de la novice et le public y sont admis.

Après la me?:se, durant laquelle la novice communie immédiateincnt après la supérieure, elle prononce ses vœux et reçoit le voile noir des mains de l'évêque. C'est alors qu'a lieu l'impoi=ante crrénionie des adieux au monde. Debout au milieu du chœur des religieuses, la novice fait une inclination profonde aux (luatre coins de l'horizon pour dire un éternel adieu à la terre. Puis elle se prosterne la face ?ur le parvis. Pendant ce temps, les quatre i)1up jeunes professes s'avancent lentement tenant chacune im coin du drap mortuaire qu'elles voiit étendre sur clic, tandis qu'on chante les litanies des saints.

• Corifiilviio}!.", trait(? 4 me, chap. Ter, p. 175.

APJENDICB 527

Lorsque la novico ^e relève de ce tombeau vivant, elle est ressuscit^e à une vie nouvelle et devenue pour jamais l'épouse de Jéeus-Chri«t. Sa reconnaissance s'exprime par le chant du Te Deuvi qu'elle entonne elle-même et que toute la conununauté poursuit en chœur. La cérémonie se termine par le baiser de i)aix que la nouvelle professe reçoit de la supérieure et do toutes les religieuses, en signe d'alliance et de fraternelle réception.

En prononçant ses vœux elle se lie pour toujours à la communauté et celle-ci l'adopte pour un de ses membres. Désormais l'Eglise seule pourra ronipre le sceau de cette alliance. La jeune professe dennure encore quatre ans sous la conduite de la maîtresse des novices, et assujettie à toutes les observances et praticiues du noviciat, tout en étant en)i)loyée dans les ofKces que la supc'rieure lui assigne. A l'expiration de ces quatre années, la jeune professe dit adieu au herceau de son enfance spirituelle et va prendre place dans la communauté à côté de celles qui, ayant parcouru les différentes étapes du noviciat, sont arrivées à la maturité de leur vocation. Parvenue à ce terme tant désiré, n'est-ce pas le moment pour l'hospitalière de se reposer, de jouir en paix de ses Inbeurs? Loin d'elle une pareille pensée: ce serait la plus dangereuse des illusions, un assoupissement précurseur de la mort. Au contraire, elle doit travailler avec plus de fei-veur que iîim:ti« à l'a-uvre de sa perfection, afin de corrcs] ondre à raccroissement des grûcee, alin

d'être l'édification de la communauté et surtout le modèle des jeunes sœurs qui s'avancent à sa suite dans la carrière de la probation. A l'exemple des vierges sages de l'Evangile, elle doit toujours tenir sa lampe allumée, afin de n'être pas prise au dépourvu à l'arrivée de l'Epoux. D'ailleurs, comment pourrait-elle s'endormir dans une lâche inaction, à la vue de ses compagnes plus âgées qu'elle qui portent si vaillamment le joug du Seigneur, à la vue surtout de ces vénérables anciennes qui ont blanchi dans les saintes rigueurs de la pénitence, dans les devoirs de l'hospitalité, et qui, courbées sous le poids de leurs années et de leurs mérites, marchentd'un pas si ferme dans les sentiers du ciel? La limite de sa perfection est de n'en point avoir, comme le divin idéal qu'elle a sous les yeux, et qu'elle cherche sans cesse à reproiluireen ellemême, avec l'espérance d'en approcher toujours de plus près, avec l'humble conviction de ne l'atteindre jamais. Son ardeur est ainsi toujours tenue en éveil et à mesure qu'elle avance dans la vie, elle monte de clartés en clartés, découvrant de nouveaux horizons qui, en élargissant son âme, la font aspirer davantage vers cette complète transfiguration qui ne sera consommée que dans l'éternité.

Dans la crainte que l'épouse de Jésus se ralentisse dans ses sublimes ascensions, la règle place, à des époques rapprochées, des jours de rénovation et de retraite durant lesquels Tâme se ]-e]»lie sur elle-même, pour scruter et purifier ses moindres intentions, afin

de se dilater ensuite avec plus de gént rosit o, d'allégresse et d'amour. Car, il ne faut pas l'oublier, tout ici est marqué du sceau de l'amour; et c'est pour cela que la vraie religieuse ne marche pas, mais qu'elle vole dans la voie des conseils évangélique-, éprouvant chaque jour de plus en plus combien le joug du Seigneur est suave et son fardeau léger. Y a-t-il, en effet, dans le monde, des âmes plus gaies, des esprits plus libres, des figures plus souriantes que parmi les vierges consacrées à Dieu ?

Dans cette puissante législation du cloître, rien n'est omis, tout est prévu, tout est réglé. Les combats fie la mort ont leurs lois comme ceux de la vie.

Dès les premiers sym[>tômes de la maladie, l'hospitalière doit faire preuve de générosité, l'accueillant comme un dernier moyen qui lui est présenté pour achever de se sanctifier, " acceptant la maladie comme un don de Dieu ; ne cherchant aucun soulagement superflu, se mortifiant avec courage; embrassant la croix du Fils de Dieu avec amour ; remettant tout le soin d'elle-même en sa sainte providence et entre les mains de sa supérieure et des infirmières. " * Celles-ci, de leur côté, doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour procurer à leur sanir malade les soins propres au rétablissement de sa santé.

Dès que le médecin a prononcé que la maladie peut tourner à la mort, la supérieure se hâte de lui procu-

* Vouxtilutf.'va, traité II, cliap. II, p. 99.

rer tous les secours spirituels en son pouvoir. Autant que possible, la communauté est présente lorsqu'on lui apporte le saint Viatique et qu'on lui administre l'Extrême-Onction. Un moment avant que le prêtre lui présente la sainte Hostie, la malade demande pardon des fautes qu'elle a commises en l'observance régulière, puis renouvelle à haute voix ses vœux. Les consolations spirituelles continuent de lui être prodiguées jusqu'à son dernier moment. Toutes ses sœurs demeurent auprès d'elle pendant son agonie ; le chapelain doit s'y trouver aussi, afin de l'assister, de la consoler et de l'encourager en ce dernier combat.

En présence de ce spiritualisme si élevé, dont la religion environne la mourante, les images sinistres de la mort s'évanouissent pour ne laisser place qu'à l'idée du sacrifice suprême qui termine et couronne tous les autres. L'infirmerie devient l'antichambre du ciel, où la fiancée de Jésus-Christ est introduite au moment de consommer ses noces avec son divin Epoux. Le voici qui vient, ecce sponsus venit, elle ne meurt pas, elle s'immole et tombe entre les bras de son bien-aimé qui la conduit dans la salle du festin éternel.

Aussitôt que la malade a rendu le dernier soupir, le prêtre commence le répons Suhvenite, et toutes prient dévotement pour elle. Peu après, on la revêt de son habit religieux, pieds nus, mains jointes entre lesquelles on met un crucifix et la copie de la cédule de sa profession.

A la tête du lit sur lequel elle est exposée, on dispose une crédence portant une croix entre deux cierges allumés, et à ses pieds de l'eau bénite sur une table. Deux de ses sœurs qui se relèvent d'heure en heure, veillent auprès d'elle, récitant le psautier pour le repos de son âme.

La levée du corps se fait la veille des funérailles, avec les cérémonies prescrites par le rituel. Le corps déposé dans le cercueil, et à demi assis, est porté au chœur par quatre ou six religieuses et placé au milieu sur des tréteaux où il reste découvert jusqu'après le service

L'office des morts est récité alors en chœur.

Le lendemain ont lieu les funérailles et l'inhumation qui se font conformément au rituel romain. Le clergé entre dans le chœur des religieuses pour l'absoute, laquelle étant terminée, la supérieure avec quelques-unes de ses sœurs s'approche et couche la défunte dans son cercueil sur lequel elles étendent le drnp mortuaire.

Le porte-croix accompagné de deux acolytes sort du chœur suivi de toutes les autres religieuses ayant chacune un cierge en main et le voile baissé ; après elle vient le clergé, puis le corps porté parles religieuses. La procession fait le tour du cloître pour se ren dre au cimetière, qui se trouve à l'un des angles de la cour intérieure et entouré de murs.

Les prières terminées et le corps descendu dans la fosse, la procession se sépare : le clergé se rend à ],x

sacristie par la salle des malades et les religieuse? retournent au chœur par le même chemin qu'elles viennent de parcourir.

Comme le cimetière est fort petit et ne peut contenir qu'un nombre déterminé de tombes, les plus anciennes sont relevées d'é|)oque en épotjuc. On en recueille les ossements desséchés qui sont rangés er. ordre dans un ossuaire ouvert dans la paroi contiguë du monastère.

Quoique séparée de corps d'avec ses sœurs, la chère défunte qu'on a conduite en terre, n'est pas oubliée. Pendant les trente jours qui suivent son décès, le psaume Deprqfundis doit se dire chaque] our proche du lieu de sa sépulture. De plus la communauté est obligée de faire célébrer, outre le service anniver.Tuire, quatre services qui consistent en une grand'messe, deux l)asses et l'office des morts. Elle doit aussi faire dire trente autres messes. Chaque religieuse est obligée de réciter en son particulier trois offices des morts de neuf leçons, et trois chapelets. Une circulaire, annonçant la mort de la défunte, est adressée à toutes les communautés de l'ordre, qui se compose de dix-huit maisons en France et de deux au Canada, sans compter l'Hôtel-Dieu de Québec. Chacune de ces communautés doit faire dire trois basses messes et doit réciter un chapelet pour la défunte. Enfin, tant que l'ordre existera, elle aura part à un service solennel qui se chante dans chaque communauté tous les ans,

le 13 ou 14 novembre, pour toutes les religieuses de l'institut qui sont décédées.

On voit par ce court résumé quel est l'esprit de l'institut des Hospitalières. Ce n'est autre que celui de Jésus-Christ lui-même, esprit d'amour pour son Père céleste, esprit de charité pour le prochain. Ce sont là les deux pôles sur lesquels roule tout le système de la société. L'âme généreuse qui s'y engage, entre dans un monde nouveau, elle fait partie de son orbite, elle devient un de ses astres, qui a son aurore, son midi, et son couchant, qui croît en beauté et en lumière à mesure qu'il se laisse pénétrer davantage par les rayons de la grâce et qu'il les reflète avec plus de fidélité.

Toute la vie de l'hospitalière, depuis son entrée en religion jusqu'à sa mort, devient transformée en Dieu. Il n'y a pas jusqu'aux plus obscures fonctions, jusqu'aux actions les plus humbles, comme le sommeil, les repas, les récréations, qui, après avoir passé à travers ce moule divin, n'en ressortent toutes transfigurées. L'épouse de Dieu peut dire en toute vérité avec l'Apôtre : Mihi vivere Christus est, ma vie c'est Jésus-Christ.

A lui toutes mes pensées, mes désirs, mes mouvements, ma vie, ma mort. L'héroïsme n'est plus qu'une conséquence toute naturelle de cette puissante organisation monastique qui tend sans cesse à détruire part(mt la nature, pour ne laisser vivre et agir (^ue la grâce. Les obstacles les plus difficiles, les dangers, les fatigues, les sacrifices ne sont plus que les degrés de

l'échelle par où l'on arrive à ce sommet. Là est l 'ex plication de tant d'actes sublimes qu'on rencontre dans le cours de cette histoire. Heureuses les âmes assez élevées pour les comprendre et assez généreuses pour les imiter I

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