INSTRUCTION XII
CONTINUATION DU MÊME ARTICLE
Il est assis à la droite de Dieii le Père tout -puissant.
Le prophète David l'avait déclaré en ces termes: " Le 8ei- " gneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite." Et il le répète un peu après: "Le Seigneur est à votre droite ; il " brisera les rois au jour de sa colère (Psal. 109. 14.).*'
n est assis.
Par ce mot, assis, il ne faut pas entendre une situation ou disposition de corps semblable à celle que nous avons quand nous sommes assis; mais il le faut prendre pour une ferme et inébranlable possession de son royaume céleste.
A la droite de Dieu.
Et quand l'on ajoute qu'il est assis à la droite de Dieu, il ne faut pas s'imaginer qu'il y ait en Dieu une gauche et une droite, parce qu'étant un être très simple, il n'a point de parties qni le divisent. Mais quand on dit qu'il est assis à la droite de Dieu, c'est-à-dire qu'il est élevé à une égalité de puissance, de gloire, d'autorité comme témoigne saint Paul (Ephes. 1. 20.) : " Il a res- '• suscité Jésus-Christ des morts, et l'a fait asseoir à sa droite " dans le ciel au-dessus de toutes les principautés, de toutes les " puissances, de toutes les vertus, de toutes les dominations, et " de toutes les créatures, quelque nom qu'on lenr donne, et qni " peuvent être non seulement dans le temps présent, mais encore " dans les siècles à venir. Il a mis toutes choses sous ses pieds."
De ce passage et de celui que je vais rapporter, il faut inférer que la gloire de Jésus-Christ dans le ciel lui est tellement propre qu'elle ne peut être communiquée à aucune créature : car auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit: "Asseyez-vous à nui droite, " jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à vous servir de mar- " chepied? Tous les anges ne sont-ils pas des esprits qui tiennent " lieu de serviteurs? Mais Jésus-Christ est le maître et le Sei- " gneur. Et Dieu dit lui-mén)o de ce divin Sauveur: Je serai " son père, et il sera mon Fils (Hœbr. 1. 5. 13.)."
Que si l'Ecriture «lit quelquefois que Dieu l'a rendu inférieur aux anges, c'est qu'elle le considère dansi sa nature humaine, car il est vrai que le dernier de tous les anges étant tout esprit, est plus grand en sa nature que le plus grand de tous les hommes qui est composé d'esprit et de corps. Mais si on le considère dans l'union de ces deux natures, les an^es l'adorent, et confessent qu'ils ne sont rien en sa présence (Ps. 96. 7.). C'est pourquoi le Prophète, après avoir dit, parlant de sa nature humaine, qu'il est inférieur aux anges, ajoute aussitôt (Ps. 8. 6.), parlant de lui comme il est dans l'union des deux natures, qu'il est infiniment élevé au-dessus d'eux : " Vous l'ave/ rendu, dit-il, un " peu inférieur aux anges ; mais vous l'avez couronné d'honneur " et de gloire, et l'avez élevé sur tous les ouvrages de vos mains." Il est vrai que ces paroles sont dites, selon la lettre, de l'homme dans la gloire de sa création : mais saint Paul les applique à ISIotre-Seigneur dans l'état de gloire qu'il s'est acquis par les humiliations de sa Passion (Hscbr. 2. 8.) : *' Vous l'avez élevé " sur tous les ouvrages de vos mains, et vous avez mis toutes " choses sous ses pieds. Quand il dit qu'il lui a assujetti toutes " choses, il n'excepte rien, et il n'a rien laissé qu'il ne lui ait " assujetti. Cependant nous ne voyons pas encore que tout lui *' soit soumis: mais nous voyons que celui qui avait été un peu " inférieur aux anges, nous voyons, dis-je, que Jésus a été cou- *' ronnédegloireet d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte.'*
Ce que les chrétiens sont obligés de croire en cet article, est: 1. Que Jésus-Christ est monté au ciel en corps et en âme. 2. Qu'il y est monté par sa propre vertu. 3. Qu'il y est monté comme homme par les qualités de son corps glorifié. 4. Qu'il y est monté comme Dieu par sa propre puissance. 5. Que Dieu précisément comme Dieu ne peut monter ni descendre, étant essentiellement partout. G. Qu'il est assis à la droite de son Père, c'est-à-dire, qu'il est élevé à une égalité de gloire, de puissance et de majesté. 7. Que ce royaume de l'Homme-Dieu est éternel et qu'il n'aura jamais de- lin.