‹ Œuvres complètesChapitre 51 sur 66 · EXPLICATION DU DIXIEME ARTICLE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU DIXIEME ARTICLE

La rémission des péchés.

Cet article, outre les mystères qu'il contient, est un point des plus consolants pour les pécheurs que nous ayons dans la religion chrétienne, puisqu'ils apprennent que leurs péchés leur peuvent être remis, et que cela est si assuré, qu'ils sont même obligés de le croire. Les seules paroles de l'article les en doivent rendre certains. Néanmoins afin de fortifier leur créance, il fait apporter quelque témoignage de l'Ecriture pour le prouver. L'autorité de Notre-Seigneur rapportée par saint Luc (24. 45.), sufiSra : " Etant sur le point de quitter ses disciples, il " leur ouvrit l'esprit afin qu'ils entendissent les Ecritures, et il '* leur dit: 11 fallait, selon qu'il est écrit, que le Christ souflfrît " et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour, et " qu'on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des '' péchés dans toutes les nations, en commençant par Jéru- *' salem." Le prophète Isaïe avait prédit que Dieu donnerait cette grâce à son Eglise, disant: "Le jieuple qui y habitera, " aura grâce, et ses péchés lui seront ôtés."

Si les péchés des fidèles leur peuvent être remis, cela suppose qu'il y a dans l'Eglise une véritable puissance pour les remettre. Saint Jean nous l'apprend dans son Evangile (20, 21.), en rapportant ainsi les paroles de Notro-Seigneur: "Comme mon '* Père m'a envoyé, je vous envoie." Ayant dit ces paroles, il souflSa sur eux, et leur dit: "Recevez le Saint-Esprit; les " péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils '* seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez." Ces paroles nous apprennent qu'il y a dans l'Eizliso dos ministres à qui Notro-Seigneur a donné la iiuissiin'o do lomcltre les péchés, et qui les remettent, en efiet, (piand ils usent de leur pouvoir selon les rendes qu'il a établies.

Les péchés sont roniis en deux manières. Pretniè»ement, par le baptême dans lequel d'enfants d'Adam nous devenons enfants de l'Eglise, et faisons profession de croire tout ce qu'elle

enseigne. Le prince des apôtres nous apprend cette vérité, quand il dit (Act. 2. 38.) : " Faites pénitence, et que chacun de " vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Clirist pour obtenir " la rémission de ses péchés."

Or, par le baptême, toutes sortes de péchés sont remis ; savoir, le péché originel, que nous avons contracté par notre naissance comme enfants d'Adam ; et les actuels, que nous avons commis par notre volonté et par notre propre malice. Et tous ces péchés sont entièrement remis et pardonnes, non seulement quant à la coulpe, c'est-à-dire quant à cette tache et laideur qui nous rend désagréables à Dieu, mais encore quant à la peine : c'est-à-dire que le baptême nous décharge de l'obligation où nous sommes d'être punis comme coupables.

Il ne faut pas croire néanmoins que le péché originel étant eflfacé par Jes eaux du baptême, nous soyons entièrement affranchis des infirmités et des misères qui l'accompagnent. Dieu nous les laisse pour nous donner matière de combat et de victoire, et afin qu'ayant bien combattu, nous soyons glorieusement couronnés.

Ces infirmités sont si universelles dans les enfants d'Adam, que pour fidèles qu'ils soient et quelque attention qu'ils aient sur eux-mêmes, à peine s'en trouve-t-il qui n'en ressentent les attaques. Saint Paul s'en plaignait avec gémissement, lorsqu'il disait (Rom. 7. 18.) : " Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, " c'est-à-dire, dans ma chair, parce que, encore que je remarque " en moi la volonté de faire le bien, je ne trouve pas néanmoins '< le moyen de l'accomplir, car je ne fais pas le bien que je veux, " mais je fais le mal que je ne veux pas. Que si je fais ce que " je ne veux pas, ce n'est pas moi qui le fais, c'est le péché qui " est en moi. Ainsi, quand je veux faire le bien, je trouve en *' moi une loi qui s'y oppose, savoir le mal (de la concupiscence) " qui réside en moi : car j'aime la loi de Dieu selon l'homme " intérieur; mais je sens dans mes membres une autre loi qui " combat contre la loi de mon esprit, et qui me rend captif soua " cette loi de péché qui est dans les membres de mon corps. " Malheureux que je suis î qui me délivrera de ce corps de " mort? Ce sera la grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Sei- " gneur. Ainsi je suis moi-même soumis tout ensemble à la loi " de Dieu selon l'esprit; et à la loi du péché selon la chair."

Ces paroles qui nous servent tout ensemble d'exemple et d'autorité, nous apprennent qu'encore que la coulpe originelle nous soit remise par la vertu du baptême, la cupidité néanmoins ne nous est pas ôtée, Dieu permettant qu'elle nous demeure en cette vie pour exercer notre vertu et accroître notre mérite.

Il y a encore dans l'Eglise une autre manière de remettre le» péchés, savoir, l'autorité que Jésus-Christ lui a donnée et que l'on appelle la puissance des clefs, qui consiste à pardonner aux pécheurs tous leurs péchés au nom et de la part de Jésus-Christ, quand ils font pénitence et qu'ils demandent pardon à Dieu avec des dispositions convenables. Saint Matthieu (16. 19 ) nous apprend que ce divin Sauveur a laissé cette puissance à ses ministres, rapportant ces paroles qu'il adressa à saint Pierre: " Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce " que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce *' que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel." Cette même piomesse est répétée en mêmes termes au dix-huitième chapitre du même saint Matthieu (v. 18.), atin que cette vérité consolante nous demeure plus fortement imprimée dans l'esprit. Et dans saint Jean (20. 22.) nous lisons que Notre-Seigneur donnant son Saint-Esprit à ses apôtres, leur dit : " Recevez le Saint- " Esprit : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remet- " trez, et ils seroJit retenus à ceux à qui vous les retiendrez."

Il ne faut pas penser que cette puissance soit limitée à quelque nombre ou à quelqiie esixice do péchés. Il n'y en a point, peur nombreux et détestables qu'ils soient, que l'Eglise n'ait la puissance de les remettre. Il n'y a ix)int de personnes privilégiées à qui cette grâce soit réservée, il sutiit d'être homme et pécheur pénitent pour y avoir part. Il n'y a point de lieu ni de temps auquel la griice de la rémission soit attachée, l'Eglise est toujours dans le pouvoir de la faire, et elle la fait en efîet en tout temps et en tout lieu quand il est nécessaire, et que le pécheur est disposé à la recevoir.

J'ai dit que la gnlce de la miséricorde n'est point bornée à un certain nombre de i^échés; car quand un homme aurait commis tous les crimes qui ont été faits depuis le commencement du monde, et qui se feront jusqu'à la consommation des siècles, ils lui seront tous pardonnes, s'il fait une véritable pénitence. Dieu même nous en a assurés par la bouche d'un prophète (E/.ech.

18. 21.) : " Si le pécheur, dit-il, fait pénitence de tous les péchés '* qu'il a commis, s'il rentre dans la voie de mes commande- '' ments, s'il garde mes volontés et mes justices, il vivra et ne " mourra pas, et je mettrai en oubli toutes ses iniquités." C'est pourquoi saint Pierre ayant demandé à Notre-Seigneur jusqu'à quel nombre de péchés il fallait étendre la miséricorde, et s'il suffisait de pardonner sept fois, ce divin Maître lui dit (Matth. 18. 21.) qu'il ne suffisait pas de pardonner sept fois, mais qu'il fallait pardonner sept fois septante fois, c'est-à-dire qu'il faut pardonner sans limites et sans restriction.

Il en est de même de l'énormité des péchés ; aucun, pou'grand qu'il soit, n'est sans espérance de pardon dans l'Eglise : car, comme Notre-Seigneur nous apprend par un prophète (Isaïe 1. 18.) : " Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront "blancs comme la neige; et s'ils sont rouges comme le ver- '* millon, ils seront blanchis comme la laine." Et en effet, peuton commettre des crimes plus énormes que celui des Juifs qui crucifièrent Notre-Seigneur ? Et néanmoins l'Evangile nous apprend qu'après avoir fait cette exécrable exécution, plusieurs s'en retournèrent du Calvaire en leurs maisons en frappant leur poitrine et confessant leur péché. Et l'on dit même que le centenier, qui ouvrit le côté de Notre-Seigneur, est devenu avec le temps un grand saint dans l'Eglise.

Quant aux personnes, il n'y a point acception auprès de Dieu, " car il est le Dieu de tous (Rom. 10. 12.), riche en misé- " ricorde envers tous, et quiconque invoquera le nom du Sei- *' gneur, sera sauvé." Et ailleurs (Apoc. 5. 9.) : " Vous nous *' avez rachetés. Seigneur, au prix de votre sang en nous pre- '* nant de toutes les tribus, de toutes les langues, de tous les ** peuples, et de toutes les nations du monde, et vous nous avez ** donnés à Dieu pour être son royaume."

Mais ce qui est à remarquer est, qu'encore que cette puissance de remettre les péchés soit dans l'Eglise, il n'y a néanmoins que les prêtres qui aient le pouvoir et l'autorité d'en faire l'application, en prononçant les paroles convenables, sans lesquelles les péchés ne seraient pas remis. D'où il s'ensuit que tant les prêtres que les sacrements ne sont que comme des instruments dont Jésus-Christ se sert comme véritable cause de la grâce et du salut, pour pardonner les j^échés.

Nous apprenons de là combien est grande la grâce que Dieu a faite à son Eglise de pouvoir guérir les pécheurs en leur pardonnant leurs péchés, puisque cela ne se peut faire que par la toute-puissance de Dieu. D'où vient que les saints Pères nons enseignent que c'est un plus grand ouvrage à Dieu de convertir un pécheur, et d'impie de le rendre juste, que d'avoir créé de rien le ciel et la terre (Aug. tract. 72. in Joan.).

Il n'y a donc que Dieu qui puisse remettre les péchés par sa propre autorité ; et si l'Eglise les remet, c'est par l'autorité de Dieu qui lui est communiquée. C'est moi, dit le Seigneur, qui remets les iniquités. Et nous lisons dans saint Marc (2.7.): " Qui est-ce qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ? Le- *' quel est le plus facile de dire : Vos péchés vous sont remis, ou *' de dire : Portez votre lit et marchez ? Or, afin que vous sachiez ** que le Fils de l'homme a la puissance en terre de pardonner ** les péchés (il dit au paralytique), je vous commande de vous *' lever ; portez votre lit, et vous en allez à votre maison." Enfin c'est à Dieu que Notre-Seigneur nous renvoie pour lui demander le pardon de nos péchés, par ces paroles qu'il nous met dans la bouche (Matth. 6. 12.) : " Pardonnez-nous nos offenses, " comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés." Et cela est fort raisonnable, car il n'y a proprement que celui qui est offensé ou celui à qui il en donne le pouvoir, qui puisse pardonner l'offense qui lui est faite ; comme il n'y a que le créancier, ou celui à qui il en donne la commission, qui puisse remettre la dette qui lui appartient.

Il faut inférer de tout ce que nous avons dit, que Dieu ne pouvait rien faire dans l'Eglise de plus salutaire pour lesp<'ilieui.-> que de lui donner le pouvoir de les absoudre. Par le péché, les hommes perdent la grâce de Dieu et la part qu'ils avaient aux mérites de la Passion de Jésus-Christ, et sans cet ineffable bienfait, ils seraient perdus p)our jamais : mais par la rémission des péchés que l'Eglise leur accorde de la part de Dieu, ils rentrent dans leurs droits et dans leur premier état, dans lequel s'ils persévèrent jusqu'à la mort, ils seront éternellement bienheureux.

La foi nous oblige de croire en cet article : 1. Qu'il y a dans l'Eglise une puissance véritable et légitime de remettre les péchés. 2. Qu'elle les remet en deux manières, par le baptême ft par la pénitence. 3. Qu'encore que le péché originel et les

péchés actuels soient pardonnes au baptême quant à la coulpe et quant à la peine, la concupiscence ne laisse pas de demeurer pour exercer la vertu des justes. 4. Que la puissance de remettre les péchés par la pénitence est seulement donnée aux prêtres. 5. Qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse pardonner les péchés d'autorité; et que les prêtres ne les' remettent que comme ministres et par l'autorité de Dieu qui leur est communiquée.

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