‹ Œuvres complètesChapitre 52 sur 66 · EXPLICATION DU ONZIÈME ARTICLE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU ONZIÈME ARTICLE

La résurrection de la chair.

Il s'est trouvé des esprits téméraires qui ont douté de cet article, et d'autres qui l'ont nié tout à fait. C'était détruire le fondement de notre espérance et nous priver de la consolation que nous avons dans les peines que nous soujBfrons en notre corps : car, comme dit saint Paul (I. Cor. 15. 14.), " si les morts " ne doivent point ressusciter, il faut dire que Jésus-Christ n'est " pas ressuscité, et par conséquent que notre prédication est " vaine et que votre foi sera sans récompense. Mais il n'en est " pas ainsi, Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts, comme ** les prémices de ceux qui dorment en Notre-Seigneur ; car, •' comme la mort est entrée dans le monde par un homme, de " même la résurrection des morts se fera par un autre homme ; " et comme tous les liommes sont morts dans Adam, de même " ils seront tous vivifiés en Jésus-Christ."

Iâi résurrection.

Outre le passage de saint Paul que je viens de rapporter, il y en a un grand nombre d'autres dans l'Ecriture qui prouvent la vérité de cet article. Le saint homme Job, pour se consoler dans ses extrêmes douleurs, disait (19. 25.) : " Je crois que mon " Rédempteur vivra, c'est-à-dire ressuscitera, et que je verrai " mon Dieu dans ma chair; je le verrai, dis-je, moi-même, et ** non un autre, et je le considérerai de mes propres yeux." Ces paroles nous apprennent que non seulement nous ressusciterons.

mais que nous ressusciterons avec la même chair que nous avons à présent et non avec une autre : car c'est encore là un point qu'il faut croire en cet article.

Le prophète Daniel (12. 2.) a prédit la vérité de la résurrection : *' Plusieurs, dit-il, de ceux qui se reposent dans la pous- " sière de la terre, se relèveront, les uns pour la vie éternelle. *' et les autres pour se voir à jamais dans l'opprobre." Ce sont quasi les mêmes paroles de Notre-Seigneur rapportées par saint Jean (Joan. 5.) : " Ceux qui auront bien vécu sortiront de leurs *' tombeaux pour ressusciter à la vie ; et ceux qui auront mal ** vécu en sortiront pour ressusciter aux supplices où ils seront " condamnés."

Quand le prophète Daniel dit que plusieune ressusciteront, par ce mot plusieurs, il faut entendre tous : car comme dit saint Paul (Hsebr. 9. 27.) : " C'est un arrêt donné que tous les hommes " mourront une fois." S'ils doivent tous mourir, ils doivent tous par conséquent ressusciter. Et le même le dit en termes clairs (I. Cor. 15. 22.) : " Tous meurent dans Adam, et tous ♦' vivront en Jésus-Christ." Par ces paroles, l'apôtre nous apprend que comme nul ne sera exempt de la mort, nul aussi ne sera exclu de la résurrection.

Saint Paul prouve encore au même lieu (1. Cor. 15. 35.) ce grand mystère en disant : '* Quelqu'un me demandera : En " quelle manière les morts ressusciteront-ils, et quel sera le "corps avec lequel ils ressusciteront? O insensés que vous *' êtes ! ce que vous semez en terre reprend-il la vie s'il ne " meurt auparavant ? Et quand vous semez, ce n'est pas le " corps de la plante que vous jetez en terre, mais seulement la " graine, comme du blé ou de quelqu'autre chose. Mais Dieu " lui donne un corps tel qu'il lui plaît. Il en sera de même dans " la résurrection des morts. Le corps comme une semence est " maintenant mis en terre pour être corrompu, et il ressuscitera " incorruptible ; il est mis en terre tout défiguré, et il ressus- " citera tout glorieux ; il est mis en terre privé de mouvement, " et il ressuscitera plein de force et de vigueur; il est mis en " terre comme le corps d'un animal, et il ressuscitera spirituel." Le même apôtre dit, écrivant aux Thessalonicreus (I. ïhess. 4. 12.) : " Nous ne voulons pas, mes frères, que vous ignoriez •* ce qui doit arriver à ceux qui meurent, afin que vous ne vous

" en attristiez point comme font tous ceux qui n'ont point " d'espérance ; car si nous croyons que Jésus est mort et res- " suscité, nous devons croire aussi que Dieu amènera avec " Jésus ceux qui seront morts en lui, c'est-à-dire, dans sa " grâce. Car aussitôt que le signal aura été donné par la voix " de l'archange, et par le son de la trompette de Dieu, le Sei- " gneur descendra lui-même du ciel, et ceux qui seront morts " en Jésus-Christ ressusciteront les premiers."

De la chair.

Par cet article, nous ne disons pas que nous croyons la résurrection de l'homme, mais la résurrection de la chair, parce que l'homme est composé de deux parties ; savoir, d'un corps qui est sujet à la mort, et d'une âme qui est immortelle. Comme le corps doit mourir, il doit aussi ressusciter; c'est pourquoi nous croyons la résurrection de la chair ; mais l'âme étant immortelle, elle ne peut mourir ni par conséquent ressusciter, mais seulement se rejoindre au corps quand il sera disposé à la recevoir. Au reste, l'Ecriture nous apprend en plusieurs endroits que l'âme est immortelle, mais surtout nous en avons une autorité bien claire dans la Sagesse, où nous lisons (2. 23.) que " Dieu a tellement bien fait l'homme, qu'il ne peut périr ni *' être exterminé."

Encore que la résurrection des corps soit admirable, elle est néanmoins très conforme à la raison. Parce que, comme nous venons de dire, l'homme est composé de deux parties, savoir d'un corps et d'une âme qui ont naturellement du rapport l'un à l'autre; dans ce rapport, l'âme étant séparée du corps, a toujours une propension et une inclination naturelle à se réunir à lui. Si donc elle ne devait jamais s'y réunir, elle serait toujours dans un état violent, et cette séparation serait si contraire à sa nature, qu'en quelque état qu'elle fût, elle ne serait jamais parfaitement heureuse. Il est donc convenable qu'elle soit un jour réunie au corps pour avoir son repos ; c'est ce qui se fera au jour de la résurrection.

En second lieu, l'homme pour être parfait doit être composé de chair et d'esprit ; il est donc nécessaire que ces deux parties soient réunies un jour, car si, l'âme subsistant toujours, le corps

demeurait dans la poussière, l'homme ne serait homme qu'» demi, ou pour mieux dire il ne serait plus un honnne véritable. En troisième lieu, l'âme et le corps ayant concouru au bien et au mal que l'homme a fait durant sa vie, il est de la justice de Dieu de leur donner la récompense, ou de leur imposer le châtiment qui leur est convenable. Il est vrai que l'on peut dire que les méchants sont suffisamment punis en leur corps par leur anéantissement; mais ce serait une injustice au regard des bons, s'ils n'étaient récompensés dans leurs corps, et s'ils étaient traités de la même manière que les méchants. C'est la doctrine de saint Paul, qui, sans parler de l'âme, nous apprend (II. Cor. 5. 10.) que " nous devons tous ressusciter, afin que chacun reçoive " en son corps selon le bien, ou selon le mal qu'il aura fait en " cette vie."

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